Al Hoceima: Les associations des droits de l'Homme proposent leur médiation pour désamorcer définitivement la crise

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AL HOCEIMA
Youssef Boudlal / Reuters
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CRISE D’AL HOCEIMA - "La semaine prochaine, nous irons à Al Hoceima, pour rencontrer les représentants du mouvement de protestation. Il est temps d’ouvrir un dialogue et d’assurer la médiation". L'ancien président de l’Organisation marocaine des droits humains (OMDH), Mohamed Nachnach, annonce au HuffPost Maroc la première mesure décidée par une dizaine d’associations nationales des droits de l’Homme dans le cadre d’une initiative qu’ils ont lancée, hier.

Son objectif: combler l’absence du dialogue qui a fini par creuser profondément un écart entre les citoyens et les autorités locales, surtout au cours de ces dernières semaines. C’est le constat, d’ailleurs, à l’origine de cette volonté collective et volontariste. "Nous agissons parce que la médiation a été absente tout au long du mouvement de protestations qu’a connu Al Hoceima. Le CNDH a proposé sa médiation, mais elle a été refusée et les associations sur place n’ont pas bougé. Les élus locaux, non plus, n’ont rien fait", s'indigne le porte-parole de l’initiative qui veut, à présent, construire le pont du dialogue.

Dialogue de sourds

Dans un communiqué publié par ces associations, pour décréter la naissance de leur initiative baptisée "Pour faire aboutir les revendications légitimes des habitants du Rif", elles décrivent, point par point, les raisons faisant du dialogue une nécessité. "Les revendications du mouvement populaire de la province sont légitimes et les protestations se sont déroulées pacifiquement. Les citoyens ont exprimé leurs droits à l’éducation, la santé et leurs conditions de vie. Mais le dialogue de sourds qui les a opposés au gouvernement n’a pas arrangé les choses", regrette M. Nachnach, précisant que le déplacement de la délégation gouvernementale à Al Hoceima n’a pas répondu à l’essentiel: "Elle n’a pas rencontré les manifestants pour ouvrir un dialogue direct avec eux. Elle l’a fait avec des associations qui étaient, en fait, absentes de ce mouvement".

Au cours de sa visite prévue dans la ville, le collectif des associations des droits de l’Homme prendra contact avec les autorités locales. "Nous voulons que le dialogue se fasse avec l’ensemble, ceux qui ont protesté et ceux qui ne l’ont pas fait. Il faut que la société civile remplisse sa mission", estime le porte-parole de l’initiative. Quant aux interlocuteurs, ils font partie du mouvement. "Nous allons rencontrer des citoyens et des représentants de la société civile. Nous ne comptons exclure personne", assure le porte-parole de l’initiative.

Le gouvernement a perdu sa crédibilité

Pour ces associations, c’est une crédibilité dont le gouvernement a le plus besoin aujourd’hui à Al Hoceima. "Les citoyens ont perdu confiance dans le gouvernement. Il leur a donné des promesses qu’il n’a pas tenu, par le passé (…) Cette fois, le gouvernement a reconnu les carences sociales et économiques dont souffre les habitants", indique M. Nachnach. Pour ce dernier, le sentiment de "marginalisation" au sein de la région ne disparaîtra que si les engagements du gouvernement se concrétisent.

Pas de répression, plus de gouvernance

Dans leur communiqué, les associations appellent aussi le chef du gouvernement à "lever l’ambiguïté sur le décret qui ferait d’Al Hoceima une zone militaire"". À ce sujet, le ministre de l’Intérieur, Abdelouafi Laftit, a rejeté, hier, les allégations au sujet de la militarisation de la province d’Al Hoceima, réaffirmant que le Dahir de 1958, qui définissait Al Hoceima comme zone militaire, a été abrogé et annulé suite à la promulgation du Dahir de 1959 relatif au découpage administratif du royaume.

Les associations revendiquent, par ailleurs, du gouvernement de traiter les problèmes des habitants "sans faire appel à aucune répression" et "de libérer tous ceux qui ont été détenus suite aux protestations et de permettre à ceux qui ont été suspendus ou renvoyés de leur travail, pour cette raison, de reprendre leurs activités".

Et face aux réformes annoncées par le gouvernement, ces associations demandent d’"accélérer leur cadence" et de ne ménager aucun effort pour les réaliser. Elles estiment urgent, pour cela, de mettre en place des "instruments de suivi, de contrôle et de bonne gouvernance" pour que le développement devienne réalité.

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