Procès des 7 journalistes: Des ajournements et une pression qui continuent

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MAATI MONJIB
Maati Monjib, a professor of political history and African studies at the University of Rabat and a writer for national and international news organisations, and his supporters participate in a demonstration near the "Moroccan Human Rights Association" (AMDH) in Rabat October 28, 2015. Monjib started a second hunger strike after authorities banned him from boarding a plane to Norway for an international conference on journalism in Lillehammer. REUTERS/Stringer | Stringer . / Reuters
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PROCÈS – Aucun rebondissement dans le procès des sept journalistes, Maâti Monjib, Hicham Mansouri, Hicham Al-Miraat, Abdessamad Ayach, Mohamed Essabeur, Rachid Tarik et Meriem Moukrim. Ce mercredi 24 mai à 15h, au tribunal de première instance de Rabat, s’est tenue une nouvelle audience qui s’est achevée au bout d’une dizaine de minutes par un report au 11 octobre prochain.

Dans cette affaire dans laquelle pèsent de lourdes accusations sur les prévenus, "Atteinte à la sécurité de l’Etat", pour les 5 premiers, et "financement étrangers illégaux" pour les deux derniers, le procès est sans cesse ajourné, depuis son ouverture en novembre 2015. "Nous savions bien avant la tenue de cette nouvelle audience qu’elle ne serait pas différentes des autres", déclare au HuffPost Maroc l’avocat de Meriem Moukrim, Omar Taib. Une fois les prévenus appelés par le juge présidant la séance, trois absences sont relevées auprès des accusés. Toujours les mêmes: Hicham Mansouri, Hicham Al-Miraat et Abdessamad Ayach, qui ont quitté le territoire marocain en quête d’asile politique à l’étranger. "Tant que les trois prévenus ne reçoivent pas leur convocation, le procès se déroule toujours de la même manière et les reports éloignent le procès de plusieurs mois", explique l’avocat.

Septième audience

Au cours de cette septième audience, le juge a toutefois été informé que l’enquête menée sur l’absence de Hicham Mansouri confirme bien qu’il a quitté le territoire. Le juge a aussi ordonné que le tribunal de Ouarzazate, lieu de naissance et de résidence connu de Abdessamad Ayach, fasse le nécessaire pour que ce dernier reçoive sa convocation. Il a également appelé le parquet à assurer sa mission pour que les absents soient convoqués. En réponse, le parquet a rétorqué qu’il remplissait sa mission dans le respect des libertés des personnes et "leurs secrets".

Pour les prévenus, c’est une audience de plus dans un procès qui n’aura que trop duré. Ils risquent de lourdes peines de prison allant d’un an à dix années de réclusion, conformément à l’article 206 du code pénal. Mais, pour Maâti Monjid, président de l'ONG "Freedom Now" et ancien président du centre Ibn Rochd, quelque soit le verdict, le procès ne pourra pas altérer "sa liberté de penser".

Maintenir la pression

"Pour moi, tout est possible quant à l’aboutissement de ce procès qui vise à exercer une pression et à la maintenir", confie au HuffPost Maroc Maâti Mounjib. Il estime que les poursuites dont il fait l’objet ainsi que ses collègues sont basées sur "un argumentaire ridicule". "Comment sur la base des séminaires de formation sur "Storymaker", peut-on construire un argumentaire nous accusant de porter atteinte à la sécurité de l’État ?" s’indigne-t-il.

Toute l’affaire est, effectivement, née pour cause de sessions de formation auprès de journalistes sur une application android appelée "Storymaker". Cette dernière permet de réaliser ses propres montages audio, de photos ou de vidéos. Lancée en 2013 par le quotidien britannique The Guardian, son objectif est de pouvoir réaliser son reportage depuis son smartphone ou sa tablette.

Le centre Ibn Rochd, qui assurait la formation en partenariat avec l'ONG néerlandaise Free Press Unlimited, a dû fermer en décembre 2014 pour raison financière. Ensuite, Maâti Monjib et les journalistes, tous membres de l'Association marocaine du journalisme d'investigation (AMJI), qui avaient encadré les formations, se sont retrouvés au coeur d’une enquête les suspectant d’"ébranlement de l’allégeance des citoyens à l’État et aux institutions".

Soutien international

Depuis le début de cette affaire, des ONG internationales, dont Human rights watch et Reporters sans frontières (RSF), soutiennent les 7 accusés et s’engagent aussi dans leur défense. "Aujourd’hui, encore, ils sont venus très nombreux assister à l’audience. Plusieurs avocats également se sont présentés à l’audience pour nous défendre et quatre observateurs étrangers étaient là", souligne Maâti Monjib.

RSF n’a pas hésité à condamner hier dans un communiqué la tenue de cette nouvelle audience, la qualifiant de "supplice moral" et a appelé à l’abandon des poursuites qui pèsent sur les 7 prévenus.

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