Affaire Tibhirine: certaines hypothèses émises "sont fantaisistes"

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YVES BONNET
Yves Bonnet on the set of television show 'Piques et Polémiques.' (Photo by Eric Fougère/VIP Images/Corbis via Getty Images) | Eric Fougere via Getty Images
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Plus de 21 ans après, l'affaire de l'assassinat des moines de Tibhirine soulève toujours des débats et des polémiques. Le juge qui était en chargé du dossier jusqu'à fin 2015, à savoir Marc Tredivic, n'a jamais réussi à établir la vérité. Bien au contraire, les différentes rapports des experts "fragilisaient" la version officielle attestant que la date du décès des moines ne correspondait pas à celle annoncée par le Groupe Islamique armée (GIA).

Le dossier reste cependant dans les tiroirs des magistrats chargés de la lutte contre le terrorisme en France et suscite de temps à autre de nouvelles déclarations.

Hier c'était au tour de l’ancien directeur de la Direction de la surveillance du territoire français (DST), Yves Bonnet, d' affirmer que certaines hypothèses émises dans l’affaire des moines de Tibhirine, assassinés en 1996 par le GIA, "sont fantaisistes", déplorant l’existence en France d’un lobby anti-algérien.

"Ce que je regrette, dans cette affaire, chez nos compatriotes c’est qu’il y a une certaine faction de l’opinion française qui se délecte en permanence des malheurs de l’Algérie. Il y a lobby anti-algérien, il faut le dire qu'il n’est pas très puissant mais il existe quand même", a-t-il dit sur TV5 Monde au cours d’une interview autour de son nouvel ouvrage, "La deuxième guerre d'Algérie : Les zones d'ombre de la tragédie des moines de Tibhirine enfin levées paru aux éditions VAPress.

Pour l'ancien responsable des services de renseignement français, "les médias, particulièrement français, ont joué dans cette affaire un rôle que je n’approuve pas. Je ne partage pas en particulier un certain nombre d’hypothèses qui ont été émises et qui sont d’ailleurs fantaisistes et qui visent uniquement à faire de cette tragédie une sorte de machination algérienne".

"Pour moi, il y a deux choses qui me frappent dans l’affaire des moines de Tibhérine: d’abord la coopération entre les services français et algériens a toujours été bonne, au-dessus des débats en dépit des instructions délivrées par le pouvoir politique, en particulier par Alain Juppé (Premier ministre) qui avait clairement interdit aux services français de travailler avec les services algériens, a-t-il témoigné, précisant qu’heureusement qu’ils ne l’ont pas entendu".

Le deuxième fait qu’a relevé Yves Bonnet et qui est, selon lui, très important c’est qu’au plus haut niveau de l’Etat algérien, a-t-il dit, les relations entre l’église catholique d’Algérie, le gouvernement algérien et l’Etat algérien n’ont jamais été affectées.

"Il faut souligner l’attitude exemplaire de l’église catholique d’Algérie qui a su rester au-dessus du débat. Elle a voulu être algérienne et elle a parfaitement réussi", a-t-il ajouté.

Au sujet du partenariat entre les services de renseignement des deux pays, l’ancien directeur de la DST a indiqué qu’il est toujours aussi pertinent.

"Avec nos partenaires algériens, il y a des liens, de la confiance, parfois ce sont des liens personnels. Ils sont très forts. Il faut les maintenir et les développer. L’Algérie est notre premier partenaire dans la lutte antiterroriste", a-t-il expliqué.

Restituer le canon de Baba Merzoug

Par ailleurs, il a interpellé l’actuel ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, de faire un geste intelligent pour rendre à l’Algérie le fameux canon Baba Merzoug, surnommé par les Français La Consulaire, qui se trouve actuellement à Brest.

Long de 7 mètres, pesant 12 tonnes, d’une portée de près de 5.000 mètres, Baba Merzoug avait été fabriqué à Alger au 16e siècle pour la fortification de la ville d'Alger.

"J’ai saisi Jean-Yves Le Drian, en sa qualité de ministre de la Défense, à plusieurs reprises sur des dossiers pas très importants mais intrigants pour les Algériens. Il s’agit par exemple du canon algérien Baba Merzoug qui aujourd’hui se trouve sous le nom de la Consulaire à Brest érigé en colonne idiote et inutile", a-t-indiqué, ajoutant qu’il y a un geste "intelligent" que la France peut faire c’est rendre ce canon à l’Algérie.

"Je milite pour sa restitution à l’Algérie, cela fait des années", a-t-il affirmé appelant le ministre des Affaires étrangères, à faire un bon cadeau en le rendant à l’Algérie.

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