Samia Orosemane: "Je parle des Noirs, des Blancs, des Juifs, des Arabes. Et à la fin, tout le monde rit ensemble" (ENTRETIEN)

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SAMIA OROSEMANE
L'humoriste sera présente pour la première fois au Marrakech du Rire. | Camille Bigo
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HUMOUR - Du 28 juin au 2 juillet, le Marrakech du Rire revient faire la part belle aux humoristes du monde entier. Comme chaque année, il laisse aussi la place aux artistes émergents. L'humoriste franco-tunisienne Samia Orosemane sera, pour la première fois, sur la scène du célèbre festival international. Remarquée après une vidéo adressée aux djihadistes suite aux attentats de Charlie Hebdo, la jeune humoriste a depuis foulé les planches des scènes internationales. Rencontre.

HuffPost Maroc: Qu'est-ce que ça vous fait de participer pour la première fois au Marrakech du Rire?

Samia Orosemane: Je suis très fière d'avoir été choisie parmi les nouveaux talents émergents. C'est quand même le festival international d'humour qui fait le plus de visites et de rencontres. Je suis vraiment très heureuse d'être là.

Vous allez présenter votre spectacle "Femme de couleurs", pouvez-vous nous en parler?

Je raconte le désespoir de ma mère le jour où je lui ai présenté un Noir pour l'épouser. Elle aurait préféré que ce soit un Tunisien, de Djerba, si possible de la famille, comme ça on aurait fait des enfants consanguins, c'est mieux (rires). Je parle de tous les combats que j'ai pu mener en tant que femme. Je parle de toutes ces difficultés que j'ai pu rencontrer et je les transforme en rires. C'est chouette, parce que chacun se reconnaît à un moment ou à un autre.

À quel public s'adresse votre spectacle ?

Pour moi, rire pour faire rire n'est pas intéressant. Je suis là pour essayer d'amener les gens à réfléchir et à changer peut-être un peu leur manière de voir les choses. Je ne dis jamais de vulgarité, je ne parle pas de sexe dans mon spectacle pour que les familles puissent venir ensemble. Parce que, dans notre culture, c'est comme ça, il n'y a pas de choses déplacées. C'est vraiment un spectacle familial, ouvert à tous les âges. Après, je me moque de tout le monde, tout le monde s'en prend plein la figure et c'est ça qui est chouette. Je parle des Noirs, des Blancs, des Juifs, des gays, des Arabes. Et à la fin, tout le monde rit ensemble. C'est ça qui est beau finalement: de voir, à la sortie de ma salle, des gens de toutes les origines, de toutes les couleurs, toutes les nationalités, toutes les confessions, qui sont tous ensemble en train de rire et de partager un bon moment.

Allez-vous adapter votre spectacle pour le festival?

Bien sûr! Il y a des petits passages que je vais rajouter avec des références au Maroc. Mais, en général, comme ce spectacle est international, il touche tout le monde, tout le monde se reconnaît à un moment ou à un autre. Et j'ai au moins un quart d'heure sur les Marocains, donc je pense que ça va aller!

Ça ne sera pas votre première au Maroc. Que pensez-vous du public marocain?

Il est génial. Il ne demande qu'à rire. Les gens me disent "mais tu n'as pas peur, quand même? Tu charries beaucoup les Marocains". Je leur réponds: "mais qui aime bien, charrie bien!" Quand on charrie nos propres parents, en tant qu'humoriste, c'est parce que ce sont les personnes qu'on aime le plus au monde. Donc si je me moque des Marocains, c'est parce que je les aime et qu'ils sont entrés dans mon coeur. Si je ne les aimais pas, je ne les toucherais pas. Puis le Maroc, c'est magique! L'accueil est incroyable, les gens sont tellement gentils, tellement agréables que c'est difficile, après, de repartir.

Pourriez-vous nous rappeler votre parcours?

Je fais de la scène depuis que j'ai 12 ans. J'ai commencé avec des ateliers-théâtre et je suis ensuite allée au conservatoire de théâtre à Paris, du 1er et du 11ème arrondissement.

Votre carrière a-t-elle été bouleversée quand vous avez porté le voile?

J'ai décidé de porter le foulard en 2002, quand j'ai rencontré mon mari qui était converti et qui m'a appris ma propre religion. Lui, c'était un convaincu. Moi, c'était en héritage. Je me suis dit: "mais maintenant plus personne ne voudra de moi" et j'ai décidé de mettre le théâtre de côté. Mais un jour, je croise une fille qui jouait la comédie et qui portait un turban et un col roulé. Ça ne l'avait pas empêchée de jouer! C'est là que j'ai compris que les barrières n'étaient que dans ma tête. Alors j'ai décidé de remonter sur scène, de raconter mon histoire, et non seulement ça a marché mais en plus, j'ai fait le tour de plein de pays. J'ai joué en Suisse, Belgique, Luxembourg, Maroc, Algérie, Sénégal, Cameroun, Gabon, Côte d'Ivoire. Je suis allée jusqu'à Montréal, à Dublin. Et là je me dis mais "waw". Si on m'avait dit, il y a quelques années que je ferais ce parcours là, je n'y aurais jamais cru.

Pensez-vous que cela peut apporter quelque chose au public?

Je mets mon voile de manière discrète, parce qu'en France, ils ne sont pas prêts à voir une femme avec un foulard sur la tête sur scène. Du coup les gens ne savent pas forcément que je suis voilée. Il y en a qui viennent voir le spectacle sans savoir et, au bout d'une demi-heure, je leur dis la vérité. Mais c'est trop tard, parce qu'ils m'aiment bien, ils ne peuvent plus s'échapper (rires). Ça bouscule un peu les préjugés et tout ce qu'on peut s'imaginer de la femme voilée. Pour eux, c'est une femme recluse, soumise, enfermée dans le fin fond de sa cuisine, qui n'a pas le droit à la parole. Et ils se rendent compte que je suis à l'opposée de ce qu'on leur propose comme image. Ça fait évoluer un peu les mentalités.

Avec qui rêveriez-vous de monter sur scène, au Marrakech du Rire ou sur une autre scène?

J'aime beaucoup Gad Elmaleh. J'aime beaucoup Mohamed Fellag aussi. Après, le top du top, même s'il n'est plus là, c'était Élie Kakou. C'est peut-être parce qu'il est Tunisien, comme moi, mais j'aurais rêvé de le rencontrer. C'était un vrai personnage, il avait un talent incroyable. Gad Elmaleh s'est beaucoup inspiré d'Élie Kakou. Il paraît même qu'il s'occupait de ses lumières quand il était débutant. C'est ce que j'ai entendu, je ne sais pas si c'est vrai mais Gad, ce serait chouette de le rencontrer. Le Marrakech du Rire sera peut-être l'occasion mais j'ai peur de me transformer en groupie, je crois que je vais rester loin, que je ne vais rien dire. Je ne sais pas faire semblant, quand je croise quelqu'un, si j'ai beaucoup de respect pour son travail, j'ai de grands yeux écarquillés devant lui.

Avez-vous déjà un autre projet de spectacle?

J'attends déjà que tout le monde voit celui-là (rires). Je m'occupe d'organiser un festival du rire dans le pays de mes parents, à Djerba, et le Marrakech du Rire est très inspirant. Je vois tout ce qu'ils ont réussi à mettre en place et j'ai l'espoir de pouvoir faire, un jour, quelque chose d'aussi beau et d'aussi grand, "inchallah"...

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