Trump menacé de destitution? Ce qui le rapproche et ce qui l'éloigne d'un nouveau Watergate

Publication: Mis à jour:
LES PRSIDENTS TRUMP ET NIXON
Collage
Imprimer

Pas un jour ne passe sans que de nouvelles révélations ne viennent fragiliser la présidence de Donald Trump. Accusé d'entrave à la justice, notamment après le limogeage du patron du FBI, et d'avoir divulgué des informations top secrètes aux dirigeants russes, le président américain est plus que jamais sous le feu des critiques. Des voix -pour le moment marginales- s'élèvent même pour demander l'ouverture d'une procédure de destitution au Congrès.

Des événements qui font forcément souffler un parfum de "Watergate"' sur la Maison-Blanche. À partir de 1972, une série d'articles dévoilait que des micros avaient été installés dans les bureaux du parti démocrate. Directement mis en cause, le président républicain Richard Nixon était poussé à la démission en 1974.

"Sur une échelle de 10 de l'apocalypse au sein de notre système gouvernemental, je mettrai un 9 au Watergate. Ce scandale russe se situe quelque part entre le 5 et le 6, selon moi, mais il croît en intensité à chaque heure. Et nous pourrions nous retourner et découvrir, qu'à la fin, c'est au moins aussi gros que le Watergate", explique l'ancien journaliste vedette de CBS, Dan Rather, dans un long message publié sur Facebook.

De réels points communs

L'évolution des deux scandales -partis tous les deux d'informations avec une portée limitée et qui ont pris une ampleur nationale puis internationale- vient soutenir cette comparaison et l'avènement possible d'un "Kremlingate".

Le limogeage du responsable de l'enquête

Le dernier épisode a commencé le 9 mai 2017, avec le limogeage soudain du directeur du FBI, James Comey. Donald Trump a d'abord donné comme motif la gestion de l'affaire des emails d'Hillary Clinton avant d'admettre qu'il avait depuis longtemps décidé de se débarrasser de James Comey, dont le mandat courait jusqu'en 2023. Le locataire de la Maison Blanche étant exaspéré par la persistance de l'enquête sur une éventuelle collusion entre des membres de son équipe de campagne et la Russie.

En réponse à cette tentative d'étouffement de l'affaire, la Justice américaine a nommé Robert Mueller, un procureur spécial respecté, chargé de poursuivre et de garantir l'indépendance de l'enquête sur ces éventuelles collusions entre le président américain et la Russie.

En 1973, Richard Nixon ne s'était pas embarrassé de ce "procureur spécial" en le poussant à la démission. Le magistrat était, lui aussi, chargé d'enquêter sur le scandale qui allait entraîner la chute du républicain quelques mois plus tard. Un épisode baptisé le "massacre du samedi soir (Saturday Night Massacre)" par les médias.

Les mêmes médias à l'origine des révélations

Puis on a découvert mardi 16 au soir, dans le New York Times, que Donald Trump aurait demandé en février au patron du FBI de classer l'enquête sur Michael Flynn, son éphémère conseiller à la sécurité nationale soupçonné de liens troubles avec la Russie. James Comey aurait consigné cette tentative d'étouffer une enquête dans des notes, qui ont commencé à fuiter.

Quelques heures avant ces révélations, le Washington Post affirmait que Donald Trump avait révélé des informations hautement classifiées au chef de la diplomatie russe et à l'ambassadeur de Russie aux Etats-Unis lors d'une récente rencontre à la Maison Blanche. En 1972, ce sont également deux journalistes du Washington Post -aidés par un mystérieux informateur surnommé "Deep Throat"- qui avaient révélé le scandale du Watergate.

Des différences cruciales

Malgré ces points communs, les deux affaires ne sont pas semblables sur le plan juridique ni sur le plan politique. L'horizon d'une éventuelle procédure de destitution semble encore très lointaine.

La base populaire de Donald Trump se resserre

Selon les derniers sondages, la côte de popularité de Donald Trump avoisine les 40%. Un chiffre faible lorsqu'on le compare avec ceux de ses prédécesseurs, mais qui ne reflète pas la réalité et le soutien populaire dont bénéficie le président américain, selon le spécialiste des États-Unis Jean-Eric Branaa. "La base électorale de Donald Trump est en train de se resserrer dans l'adversité. Il est encore entendu par ses supporters qui croient à ses thèses complotistes", détaille-t-il au HuffPost.

Dans de nombreux États américains comme l'Ohio, "Trump gagne en popularité", explique même le maître de conférence à l'université de Paris II Assas. Ainsi, les élus de ces territoires réfléchiront à deux fois avant de se prononcer en faveur d'une procédure de destitution et donc de se mettre à dos le milliardaire. Une base qui a sans doute fait défaut à Richard Nixon lors du Watergate.

Une situation politique favorable

En plus de cet électorat indéfectible, le président américain peut compter sur une situation politique confortable. "Il possède le Congrès, la Chambre des représentants et 34 des 50 gouverneurs sont aujourd'hui républicains", explique Jean-Eric Branaa qui résume: "Donad Trump est dans une position très favorable."

Le républicain Richard Nixon devait au contraire faire face à une majorité démocrate au Congrès. Un terrain politique nettement plus propice aux procédures de destitution, qui nécessitent uniquement la majorité relative pour être ouvertes.

Rien de prouvé

Le dernier facteur qui semble éloigner cette perspective est que, pour le moment, aucune des allégations avancées par les médias n'est prouvée. Jean-Eric Branaa va plus loin en expliquant que même si les faits étaient avérés, ils ne sont pas illégaux. Et évidemment, le président américain n'hésite pas à le faire savoir. "Il a le droit de licencier le directeur du FBI comme de déclasser des informations jadis 'top secrètes'", explique le spécialiste des États-Unis.

Dans ce contexte ô combien particulier, Donald Trump quitte les États-Unis ce vendredi 19 mai pour un déplacement périlleux -cinq pays à visiter en huit jours- qui sera scruté à la loupe dans les capitales du monde entier. Mais, quelles que soient les images fortes qui resteront de son périple, il aura du mal à faire oublier les affaires qui font trembler sa présidence.

Pour Bruce Riedel, ancien de la CIA aujourd'hui analyste de la Brookings Institution, la comparaison qui vient naturellement à l'esprit est celle du voyage de Richard Nixon au Proche-Orient en 1974, qui espérait un succès diplomatique "pour détourner l'attention du scandale du Watergate".

"Cela n'a pas fonctionné, les médias américains se sont concentrés sans relâche sur le Watergate. Ils ont traité le voyage comme quelque chose d'accessoire, et les révélations ont continué à s'accumuler."

Retrouvez les articles de HuffPost Algérie sur notre page Facebook.

Pour suivre les dernières actualités en direct, cliquez ici.