Révélation de Rachid Benyelles : Les tests français à B2 Namous ne se sont pas arrêtés en 1978 mais en 1986

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OUED NAMOUS
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L’affaire B2 Namous, cette base secrète dans le Sahara algérien où l’armée française a testé des armes chimiques et bactériologiques n’est plus un secret. Mais le général Rachid Benyelles fait sensation en affirmant qu’elle n’a été fermée qu’en 1986 alors que jusque-là on pensait qu’elle l’a été en 1978.

L’affaire B2 Namous avait fait sensation quand elle a été révélée en 1997 par le Nouvel Observateur. Le régime anti-impérialiste et anticolonialiste de Houari Boumediene s’était accommodé, au nom de la raison d’Etat, d’une présence peu en phase avec son discours.

Mais le général Rachid Benyelles vient d’enfoncer le clou en soulignant que la base a continué à être utilisée par l’armée française pour ses dangereux essais sous le règne de Chadli Bendjedid et ce jusqu’en 1986.

C’est la grande révélation du livre du général à la retraite "Dans les arcanes du pouvoir (1962-1999)", qui paraîtra le 22 mai aux éditions Barzakh. La "déboumédienisation" n’a pas touché cet aspect secret de la présence française post-indépendance en Algérie.

L'existence la base B2-Namous est restée secrète jusqu’aux révélations du magazine français en 1997 dans un enquête qui a fait sensation, titrée : "Quand la France testait les armes chimiques en Algérie".

Créé sous la colonisation, ce polygone de plusieurs milliers de kilomètres carrés a été le terrain des armes chimiques nouvelles, des bombes et des gaz toxiques. "Ils ont testé des grenades, des mines, des obus, des bombes et même des missiles, tous porteurs de munitions chimiques", a affirmé le magazine.

L’auteur de la révélation, le journaliste Vincent Jauvert du Nouvel Obs avait indiqué sur la foi du ministère français de la défense que le site B2-Namous a été démantelé en 1978.

"Au ministère de la Défense, on se contente de dire: "L’installation de B2-Namous a été détruite en 1978 et a été rendue à son état naturel", a-t-il indiqué dans son enquête.

Il se posait néanmoins des questions sur ce qu’ils ont laissé sur le terrain : "N’ont-ils (les militaires français) rien laissé, rien enfoui ? Officiellement, non", avait-il écrit.

Une source militaire a affirmé à M. Jauvert que les tests chimiques de l’armée française se sont poursuivis jusqu’en 1987 en France. "C’est en tout cas ce qu’affirme cet ingénieur général", notait avec prudence le journaliste.

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Ces doutes trouveraient un début de confirmation avec la révélation de M. Benyelles. Le général à la retraite, ancien Secrétaire général du ministère de la Défense, est revenu sur cette affaire dans son livre. Sous le chapitre "In memoriam", il affirme que le site a continué à être exploité par l’armée française longtemps après son "démantèlement" officiel.

"Très discrètes, les activités, sur ce périmètre désertique, cesseront en 1986, sous la présidence de Chadli Bendjedid", lit-on sur la page 119 du livre.

Pour illustrer le secret qui entourait cette base, l’ancien ministre des Transports a indiqué que malgré sa longue carrière dans l’armée, il n’a appris l’existence de B2-Namous qu’après sa désignation au Secrétariat général de la Défense en 1984.

Dans un entretien téléphonique avec le HuffPost Algérie, Rachid Benyelles a ajouté que des "vagues de militaires français" se rendaient périodiquement dans le no man’s land où se trouvait B2-Namous jusqu’en 1986, soit près de huit ans après la date fournie par le Nouvel Observateur.

Négocié à Evian

La poursuite des tests d’armes chimiques et bactériologiques français à Oued Namous a été par l’effet des accords d’Evian qui ont abouti à l’indépendance de l’Algérie, au même titre que les sites de Reggane et In Ekker où l’armée française a mené des tests nucléaires.

Selon Pierre Messmer, le ministre des Armées du général de Gaulle, cité par le Nouvel Obs, les négociateurs de l’Elysée ont pu obtenir le maintien de la base pour 5 ans, un arrangement qui a été mentionné dans une annexe secrète aux accords d’Evian.

En 1967 et après les 5 années convenues, tous les sites ont été fermés, sauf B2-Namous. Pour de Gaulle, l’investissement considérable dans le site et la nécessité de développer l’arme chimique justifiaient la conservation de la base. Il s’en est suivi un nouveau délai de 5 ans accordé par le président Houari Boumediene dans le secret absolu : même son ministre des Affaires étrangères à l’époque, Abdelaziz Bouteflika, n’en a pas été informé.

Boumediene a ensuite accordé un nouveau délai de 5 ans en 1972 malgré les relations difficiles entre les deux pays suite à la nationalisation des compagnies pétrolières une année auparavant. M. Benyelles n’est pas entré dans les détails du renouvellement des accords de l’exploitation de B2-Namous après 1978.

Camp de détention

A partir du début des années 90, le site d’Oued Namous ainsi que les autres lieux de tests de l’armée française dans le sud ont servi de camps de détention des personnes arrêtées au lendemain de l’arrêt du processus électoral en janvier 1992.

Selon Nourredine Belmouhoub, porte-parole du Comité de défense des ex-internés des camps de sûreté (CDICS), les arrestations "sans mandat" ont débuté même avant janvier 1992, soit 5 ans seulement après la fermeture de B2 Namous.

Des citoyens algériens ont été "séquestrés dans des camps implantés dans une zone ayant servi aux essais nucléaires, bactériologiques et chimiques, formant le triangle de la mort, située ente Reggane, Oued Namous et In M'guel", a-t-il déclaré au site Algeria Watch en 2010.

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