"Les traumatismes non traités génèreront beaucoup de violences", avertit Alice Cherki, écrivaine et psychiatre

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Alice Cherki, psychiatre, psychanalyste et essayiste d'origine algérienne était de passage à Alger pour présenter son livre "Mémoire anachronique, lettre à moi-même et à quelques autres", paru en 2016 aux éditions Barzakh. Invitée à l'Institut Français (IF) d'Alger le 16 mai 2017, elle est revenue sur les traumatismes subis lors de son "enfance juive dans une Algérie coloniale", avertissant lors de la même rencontre sur le danger que représentent des traumatismes enfouis.

En compagnie de Selma Hellal, directrice de la maison d'édition Barzakh, cette rencontre a été l'occasion pour l'auteur de revenir sur son enfance, son style d'écriture et sa carrière en tant que psychiatre.

Riche d'expériences à travers le monde entier, Alice Cherki n'a cessé d'écrire tout au long de sa vie, ayant plusieurs ouvrages à son actif. Dans son ouvrage 'Mémoire anachronique lettre à moi-même et à quelques autres", elle utilise un rythme coupé et fracturé. Elle y raconte différents épisodes qu'elle a vécu à des moments différents de sa vie.

"J'ai fait le choix de ne pas écrire de manière chronologique, parce que je ne trouve pas cette écriture naturelle. Les jeunes lecteurs n'ont pas besoin d'un discours officiel, mais plus d'une rencontre avec l'auteur", a-t-elle déclaré.

A travers son écriture, elle dit vouloir raconter des faits qu'elle estime avoir été étouffées par l'Histoire. On découvre le quotidien d'une petite fille juive qui affronte la société de l'époque coloniale. Dans ce livre, elle raconte les discriminations vécues à cause de son origine juive. Elle relate notamment l'épisode où une enseignante lui a annoncé qu'elle n'avait plus le droit de revenir à l'école à cause de sa religion.

En dépit de la "gravité" des événements relatés, Alice Cherki tient à garder une certaine distance et place de l'ironie dans son écriture. D'un ton nonchalant, elle relate les différents voyages qui ont peuplé sa vie. Malgré les distances parcourues, la ville de Paris où elle vit depuis 1965 est le point d'ancrage de son roman.

Dans les années 1950, elle a collaboré avec Frantz Fanon en Algérie, ce qui lui a permis de publier en 2001 la biographie intitulée "Frantz Fanon, portrait". L'écriture de ce livre "a fait renaître les idées de Fanon dans plusieurs pays de la Méditerranée comme le France ou l'Italie."

D'origine algérienne, Alice Cherki vit à Paris depuis 1965. Née à Alger en 1929 de parents juifs, elle a participé activement à la lutte pour l’indépendance. Elle a été très proche des Chaulet, qui avaient fait le choix de vivre en Algérie et dont les mémoires ont aussi été éditées par la maison d'édition Barzakh.

Elle refuse d'être rattachée à un pays et préfère se considérer comme appartenant à ce qu'elle appelle l'entre-deux. Profondément attachée à l'Algérie, elle n'a cessé de revenir sur sa terre natale. Dans les années 2000, ses déplacements sont devenus plus fréquents, dans le cadre d'un projet de formation de jeunes psychiatres et psychanalystes.

Danger des traumatismes

Dans un entretien accordé mardi 16 mai 2017 à Radio M, Mme Cherki a expliqué avoir abordé son expérience avec des psychiatres en cours de formation, qui avaient vécu la décennie noire. Elle a estimé que "ces jeunes transportaient des "traumatismes".

Elle a révélé avoir organisé et animé une formation pour des jeunes psychanalystes et psychiatres, expliquant cette démarche par sa "volonté d'aider les Algériens à sortir des traumatismes de la guerre". Cette forma

Pour elle, le traumatisme survenu à un enfant est difficile à évacuer. "Ces jeunes qui ont assisté à des scènes de violence, ne pouvaient exercer un travail efficace de psychanalyse, sans eux-même se libérer de leur passé", rajoute Mme. Cherki.

"Si on n'arrive pas à mettre des mots sur les traumatismes, ils se répètent et cela fait beaucoup de violences", a-t-elle averti.

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