Tensions à Al Hoceima: "Le gouvernement se substitue à la justice", s'indigne l'AMDH

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SAAD EDDINE EL OTHMANI
PJD/Facebook
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TENSIONS - Leurs déclarations ont suscité de vives réactions à Al Hoceima. Les partis de la majorité se sont réunis, dimanche soir, avec le ministre de l’Intérieur, Abdelouafi Laftit, pour étudier la situation qui prévaut dans la ville. Au terme de leur rencontre, les leaders des partis politiques ont communément dénoncé "l’atteinte aux constantes nationales et aux valeurs sacrées du Maroc à travers l’instrumentalisation des revendications des habitants de la province". Et d’ajouter, dans leurs déclarations relayées par la MAP, que cette "instrumentalisation" vise à "nuire à l’intégrité territoriale du Royaume et à promouvoir des idées destructives qui sèment la zizanie dans la région".

La promesse du chef de gouvernement

Face à leurs propos, le président du Conseil national du PJD, Saad-Eddine El Othmani, lui, a préféré temporiser, déclarant que "les revendications sociales de la population doivent être satisfaites à Al Hoceima comme dans l'ensemble des provinces et des régions qui connaissent un retard dans les chantiers de développement pour différentes raisons". Et de préciser que "le traitement des revendications sociales doit se faire dans le cadre de la loi". M. El Othmani a aussi promis que "le gouvernement oeuvrera pour accélérer les chantiers du programme de développement spatial de la province d’Al-Hoceima, baptisé Al-Hoceima, Manarat Al Moutawassit".

"Lourdes accusations"

L’Association marocaine des droits humains (AMDH-section Al Hoceima) se dit surprise quant aux déclarations des partis de la majorité. "Ce qui nous a le plus marqué, dans leurs propos, ce sont les lourdes accusations qu’ils portent", déclare, au HuffPost Maroc, le vice-président de la section AMDH-Al Hoceima, Ali Benmeziane. Ce dernier estime que les partis de la majorité, qui représentent le gouvernement, n’ont pas à lancer d'accusation quelle qu'en soit la nature. "Avec leurs accusations, ils violent le pouvoir de la justice et prennent sa place. En plus, ils ne respectent pas la présomption d’innocence", tient-il à souligner.

Pour l’AMDH, une réaction aux propos tenus par les partis de la majorité ne saurait tarder. "Nous allons certainement convoquer une réunion de l’ensemble de nos membres pour répondre à cela à travers un communiqué", annonce le vice-président de l’AMDH-Al Hoceima. M. Benmeziane estime, par ailleurs, que la réaction du gouvernement a tardé à venir. "Ces déclarations, à mon avis, arrivent très tardivement. Et cela montre que le gouvernement souffre d’une crise quant au traitement de la question", souligne-t-il. Et de préciser que "le chef de gouvernement a fait preuve d’un haut niveau en faisant sa promesse".

Approche sécuritaire

Le responsable de l’AMDH exprime par ailleurs une crainte: que le traitement du mouvement protestataire d’Al Hoceima se fasse dans le cadre d’une approche purement sécuritaire. "Une pétition aurait été déjà signée par les 35 présidents des communes à ce propos et le renforcement sécuritaire est bien visible depuis quelques jours", remarque-t-il. Et de souligner que l’AMDH soutient les protestations citoyennes et pacifiques dans le cadre du respect des lois. "Nous encadrons le mouvement en conformité avec la loi et dans le respect de la dignité et des libertés. Nous dénonçons la violence sous toutes ses formes", soutient le vice-président de l’AMDH-Al Hoceima.

Des protestations à recadrer

Pour la majorité gouvernementale, les protestations ont vu leur trajectoire dévier et doivent absolument être recadrées. Rachid Talbi Alami, membre du bureau politique du RNI, a estimé que la situation à Al Hoceima a connu "des déviations menées par un groupe instrumentalisé par l’extérieur et avec qui le dialogue n’a pas abouti". Et d’ajouter que "tous les éléments confirment que les membres de ce groupe sont engagés dans un processus de financement de la part des ennemis de l’intégrité nationale du Maroc".

Même son de cloche au PPS, qui, à travers Khalid Naciri, membre du bureau politique du parti, souligne que "le mythe des demandes sociales a rapidement pris une autre dimension dans la province d’Al Hoceima (…) La ligne rouge a été dépassée à travers l’expression d’un ensemble de revendications ayant un caractère séparatiste".

Le premier secrétaire de l’USFP, M. Driss Lachgar, et Saïd Amskane, membre du bureau politique du MP ont, pour leur part, souligné la nécessité pour les protestations de se faire "dans le cadre de l’édification démocratique et le respect de la loi en vigueur". Et de rappeler que toute violation de cette loi ne peut être cautionnée par l’Etat de droit.

Le Secrétaire général de l’UC, Mohamed Sajid, a, quant à lui, appelé "à l'application de la loi contre les individus qui commettent ces actes destructifs qui nuisent à l’intégrité territoriale du Royaume".

La déclaration des membres de la majorité fait suite à une interview du wali de la région, Mohamed El Yaâcoubi, publiée il y a une semaine, et dans laquelle ce haut responsable dénonce les appels à la violences postés sur Facebook par "les leaders de la contestation" à Al Hoceima.

L'AMDH avait aussi réagi aux propos du wali. Interrogé par le HuffPost Maroc, le responsable de la section régionale de l’Association marocaine des droits humains (AMDH) à Al Hoceima, Faissal Aoussar, s'est voulu ferme: "Nous ne cautionnons absolument pas la violence de tout genre et le non respect de la dignité. Nous sommes partisans d’une critique constructive que nous continuerons à exprimer dans la rue", non sans ajouter q'u'"aucun argument ne peut arrêter les protestations tant que les revendications légitimes de la population n’aboutissent pas et que le sentiment de la "Hogra" (mépris) persiste".

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