Rencontre avec la co-auteur de "Synagogues de Tunisie" Colette Bismuth Jarrasé

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”J’ai quitté la Tunisie à l’âge de 9 ans pour des vacances sans fin. On se dirigeait vers l’autre bout du monde. C’est difficile d’imaginer un enfant, qui croyait qu’en dehors de la Tunisie le monde n’existait pas, partir (…) En plus, je ne connaissais la France qu’à travers les livres de poésie jusqu’au jour où je me suis retrouvée au port de Marseille”.

Tunisienne de confession juive, Colette Bismuth-Jarrasé est le co-auteur du livre catalogue sur les synagogues tunisiennes intitulé “synagogues de Tunisie, des monuments d’une Histoire et d’une identité”.

Un ouvrage inventaire qui recense environ 80 synagogues tunisiennes. Il est le fruit de plusieurs années de recherche, explique-t-elle, regrettant le peu d’écho que l’ouvrage a eu Tunisie. L’écrivaine est venue en Tunisie pour assister au pèlerinage de la Ghriba.

Colette Bismuth a réalisé ce travail avec son mari Dominique Jarrasé, professeur de l’histoire de l’art à l’université de bordeaux.

L’idée au départ était, en 2005, d’étudier les spécificités des deux grands pôles de l’identité juive en Tunisie, Tunis et Djerba. D’un côté Tunis tournée vers la modernité et de l’autre Djerba avec son intégration complète dans la tradition, a expliqué ce dernier. C’est à ce moment là que nous avons réalisé que la Tunisie, contrairement à beaucoup d’autres pays, a réussi à conserver une grande partie de son de patrimoine juif. Nous avons alors décidé d’élargir notre champ d’étude pour inclure toutes les synagogues de la Tunisie et les histoires qu’elles portent.

Ce travail de mémoire et de transmission a duré 5 ans, de 2005 jusqu’à 2010. ” La Tunisie est devenue après une vingtaine de visites, notre terrain de recherche“.

Le couple avait sillonné toutes les villes de Tunisie, parfois en compagnie des enfants. Des synagogues ont été découvertes dans des lieux où l’on s’attendait le moins. Des lieux de culte qui n’ont pas l’envergure de la Ghriba. C’est parfois même des petites maisons d’une ou de deux pièces sans aucuns signes distinctifs mais qui demeurent des preuves matérielles de la présence d’une petite communauté dans ces régions et qui en constituent la mémoire, se confie Dominique Jarrasé.

Décidés à explorer le terrain en profondeur, les deux auteurs ont, en plus, recueilli, sur plusieurs années, des témoignages de Tunisiens restés en Tunisie et d’autres établis à l’étranger.

Ce livre, que ses auteurs dédient tous ceux qui ne sont pas retournés au pays, n’a pas pu être distribué en Tunisie.

Les Tunisiens reprochent aux Jarrasé d’avoir collaboré avec l’Agence Tunisienne de la Communication Extérieure (ATCE) pour la réalisation de ce travail. “Ils nous prenaient pour des collaborateurs de l’ancien régime”, regrette-t-il, affirmant avoir tout financé avec l’aide d’un mécène juif, tunisien d’origine.

Bismuth est rentrée en Tunisie 30 ans après son départ : Pour elle, rien n’a changé : “les endroits étaient les mêmes comme une image figée mais dégradée” explique-t-elle, nostalgique mais ravie d’avoir été reconnue par certains voisins.

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