Le SOS des associations d'aide aux migrants lancé au gouvernement marocain

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Le SOS des associations d'aide aux migrants lancé au gouvernement marocain | MAP
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IMMIGRATION - Après six mois de blocage gouvernemental, le dialogue a repris entre les membres de la société civile travaillant dans le domaine de l'immigration et de l'asile et le nouveau ministre délégué chargé des MRE et des affaires de la migration, Abdelkrim Benatiq.

Retard dans les financements des projets, lourdeur des procédures, manque de souplesse administrative... Une centaine de représentants d'associations d'aide aux migrants ont pointé du doigt les lacunes du ministère en la matière et ont fait part de leurs doléances lors d'une rencontre organisée mercredi 10 mai à Rabat.

Alors que les associations attendent parfois depuis plusieurs mois les subventions promises par le ministère, obligeant certaines à payer de leur poche les projets d'aide aux migrants, Abdelkrim Benatiq a indiqué qu'il mettrait "tout en oeuvre" pour remédier à cela et créerait un comité de gestion qui étudierait au cas par cas les problèmes rencontrés par les associations subventionnées.

"Les associations jouent le rôle de facilitateurs sur le terrain"

"Nous ne pouvons pas mettre en oeuvre une politique migratoire sans la participation de la société civile", a déclaré le ministre. "Les associations jouent le rôle de facilitateurs sur le terrain, il n'est donc pas question que certaines arrêtent leur activité faute de financement. Car c'est grâce à elles que les responsables politiques ont pris conscience des souffrances des migrants".

Une prise de conscience d'autant plus importante que le Maroc, autrefois pays de transit, est devenu terre d'accueil. Près de 25.000 migrants, dont une majorité d'Africains subsahariens et plus de 5.000 Syriens, ont été régularisés dans le royaume depuis 2014.

Problème: ces migrants, même s'ils ont obtenu des papiers, ont du mal à s'intégrer dans la société marocaine à cause du manque de mécanismes d'intégration efficaces. "Il ne s'agit pas seulement de remettre des documents administratifs mais de créer une vraie dynamique d'intégration, et ce dans tous les domaines", a ainsi souligné le ministre.

"Depuis le lancement de la nouvelle politique migratoire en 2013, la société civile joue un rôle primordial, que ce soit dans l'examen des demandes de régularisation ou dans la mise en oeuvre des programmes d'intégration des migrants", renchérit Ahmed Skim, directeur des affaires de la migration au ministère, interrogé par le HuffPost Maroc.

"Nous allons renforcer les capacités des associations sur le plan technique et organisationnel", promet-il. À la question de savoir si le financement de ces associations pose problème, le responsable ministériel botte en touche: "le budget n'a jamais été un problème. Ce qu'on cherche, ce sont des projets réalisables, bien ficelés".

La bataille de l'intégration

Le nouveau ministère entend ainsi renforcer son partenariat avec la société civile pour faciliter l'intégration scolaire, professionnelle, juridique et économique des migrants. "Il n'y a que la société civile capable d'être efficace sur ce terrain opérationnel", explique Abdelkrim Benatiq. "C'est à elle de mettre le doigt sur les lacunes. On peut allouer des budgets, mais sans l'aide des associations, nous échouerons".

Dans le milieu associatif, la question de l'intégration est sur toutes les lèvres. S'il estime avoir gagné "la première bataille de la régularisation", Amadou Sadio Baldè, secrétaire général de l'ODT-Immigrés, le syndicat des travailleurs immigrés au Maroc, entend maintenant s'attaquer à la deuxième bataille, celle de l'intégration. "Pour nous, l'intégration est très importante. Il faut que le gouvernement et le ministère de tutelle rencontrent de manière permanente la société civile pour discuter des mesures à prendre", nous confie-t-il. "C'est important non seulement pour nous, migrants qui arrivons au Maroc, mais aussi pour le gouvernement qui applique la politique migratoire".

Qui dit intégration dit meilleur accès des immigrés aux services de santé, mise en place de projets d'insertion des enfants étrangers dans les écoles, de formations professionnelles pour les jeunes immigrés en quête de travail, mais également modification de l'arsenal juridique et multiplication des échanges entre Marocains et migrants. "La question de l'intégration est vaste et complexe, car il s'agit de partager le quotidien des Marocains sans qu'il n'y ait de différence entre eux et nous", explique Amadou Sadio Baldè. "Nous croyons à la collaboration, malgré le fait qu'elle soit un peu difficile".

Entre 2014 et 2016, le ministère a financé 237 projets en partenariat avec 130 associations dont 7 associations créées par des migrants. Le budget alloué à ces associations a considérablement baissé en trois ans, passant de 20 millions de dirhams en 2014 à 9 millions en 2015 et 10 millions en 2016. Les associations issues des régions de Rabat, Fès et Casablanca sont les premières bénéficiaires des enveloppes budgétaires du ministère.

Une baisse des financements et une disparité entre les régions que n'ont pas manqué de souligner les différents intervenants associatifs lors de la rencontre avec le ministre.

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