Tensions à Al Hoceima: Le wali met en garde les "leaders de la contestation", l'AMDH appelle au dialogue

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AL HOCEIMA
Louis Witter/Hans Lucas
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TENSIONS – Ses propos ne sont pas passés inaperçus. Le wali de la région Tanger-Tétouan-Al Hoceïma, Mohamed El Yaâkoubi, a haussé le ton contre ce qu’il appelle les "leaders de la contestation" à Al Hoceima. Dans un entretien qu'il a accordé à l’AFP, publié ce dimanche, le wali annonce sa volonté d’engager des poursuites judiciaires pour "appels à la violence" contre ceux qui répandent des "intox".

Pour Mohamed El Yaâkoubi, leurs commentaires sur Facebook ne relatent absolument pas la réalité de la situation à Al Hoceima. "À voir les profils Facebook de ces gens, on pourrait croire que la ville est en feu, alors qu’il n’en est rien", regrette-t-il. Et de préciser que "la ville est normale, fonctionne normalement et ses institutions travaillent. Il y a simplement de temps en temps des manifestations, mais moins nombreuses que dans d’autres provinces".

Propagande via Facebook?

Le wali accuse ces "leaders" d’utiliser le réseau social Facebook pour diffuser leur "propagande (…) avec des insultes, des attaques personnelles graves contre des élus". Le haut responsable met aussi en garde contre la menace qu’ils représentent pour la société. Mohamed El Yaâkoubi indique ainsi, dans cette entrevue, que ces "leaders" n’hésitent pas à "désigner comme traîtres ceux qui ne sont pas d’accord avec eux" et à utiliser la dimension religieuse "pour ratisser large".

Contacté par le HuffPost Maroc, le responsable de la section régionale de l’Association marocaine des droits humains (AMDH) à Al Hoceima, Faissal Aoussar, déclare que les membres de l'association s’apprêtent à tenir une réunion pour réagir aux propos du wali. En attendant, il déclare que la ville ne vit pas tout à fait dans "la normalité", contrairement aux propos avancés par Mohamed El Yaâkoubi.

Le mouvement de protestation continue

"Les protestations se poursuivent toujours dans le cadre d’un mouvement pacifique régulier. Le mot d’ordre: appeler à un dialogue constructif autour des revendications sociales et économiques des habitants", précise le responsable de l’AMDH. Ce dernier rappelle que la région a entamé son "mouvement revendicatif" depuis le 20 février 2011 et que la mort de Mouhcine Fikri a été un vecteur pour son renforcement. "Les autorités locales devraient plutôt rencontrer les jeunes de la région et apaiser la tension sociale. Où sont-elles passées, où sont passés les élus de la région?", se demande-t-il, soulignant l'urgence, pour les autorités locales, de mettre en place un mécanisme de dialogue avec la population.

"Nous ne cautionnons absolument pas la violence de tout genre et le non respect de la dignité. Nous sommes partisans d’une critique constructive que nous continuerons à exprimer dans la rue", tient-il à préciser. Et de reconnaître que des fauteurs de trouble tentent d’avorter le sens réel de ce mouvement, "mais, aucun argument ne peut arrêter les protestations tant que les revendications légitimes de la population n’aboutissent pas et que le sentiment de la "Hogra" (mépris) persiste".

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