"Elle" sur grand écran en Tunisie: Un thriller français à l'américaine sur la fragilité humaine

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Sorti sur les écrans européens depuis près d’un an, juste après son avant première le 21 mai 2016, le film français “Elle” du réalisateur Paul Verhoeven, avec comme actrice principale Isabelle Huppert, est finalement sur grand écran en Tunisie depuis vendredi soir à la salle Le Colisée à Tunis.

Une projection presse a eu lieu vendredi matin au cinéma le Palace pour présenter ce thriller de 1h30 produit en 2016 par le Tunisien Sami Said qui a choisi de faire une adaptation cinématographique du roman “Oh..” de Philippe Djian.

Isabelle Huppert incarne le rôle de Michèle, une femme divorcée, visiblement forte et indépendante, qui dirige une grande entreprise de jeux vidéo. Suite à un incident de viol chez elle par un cagoulé, elle décide de traquer ce mystérieux violeur tout en rentrant dans son jeu de relation d’intimité violente et transgressive.

L’influence du cinéma américain dans l’écriture du réalisateur, un habitué des studios hollywoodiens, est visible dans ce thriller qui aborde la violence et l’intime avec une certaine pudeur qui tranche avec le cinéma français plutôt orienté vers le réel et la nudité parfois excessive.

Le film met le cap sur l’ironie du sort de Michelle qui a du mal à se libérer de son passé, ses angoisses, ses déceptions et sa fragilité de femme en quête de douceur quitte à céder aux caprices de son violeur jusqu’à adhérer à son jeu d’amour violent et extravagant.

Après la projection presse du film, vendredi, Isabelle Huppert et Saïd Ben Saïd, présents à la salle de conférences Africa, ont tour à tour parlé des circonstances ayant précédé la réalisation du film en s’attardant sur les motivations du choix de l’actrice principale dans ce thriller sur la fragilité humaine.

Pour Saïd Ben Saïd, l’idée de faire une adaptation du roman “Oh” pour le cinéma a commencé avec Isabelle Huppert, il y a près de trois ans pour ensuite se lancer dans l’écriture du scénario qui avait pris moins d’une année avant d’entamer juste après le tournage. Le producteur tunisien, installé en France, a exprimé sa fierté de “voir le film diffusé dans une salle qu’il fréquentait régulièrement à son adolescence”.

Du titre du roman, le film n’a gardé que cette interjection “Oh… » que le réalisateur a gardé pour la dernière séquence du film. Huppert justifie son choix de jouer le personnage de Michelle qu’elle trouve “surprenant et inédit et à la fois complexe, d’une femme présentant des traits caractéristiques, et qui à son avis font de ce personnage une composition extrêmement riche pour le cinéma”.

Dans ce sens,Isabelle Huppert se reconnaît puisque l’actrice a déjà l’habitude d’incarner ce genre de personnage “ordinaire mais qui cache une personnalité ténèbre et mystérieuse”, a-t-elle expliqué. Habituée à jouer des scènes de viol dans ses films précédents, l’actrice estime que “c’est dans ce genre de scènes-souvent préparées et montées- que le cinéma se révèle le plus”. Tout comme ses autres rôles pour le cinéma, elle voit ces personnages, “un mélange de froideur et de vulnérabilité”.

Loin de la critique sur son incarnation de personnages d’une telle froideur, complexité et cynisme, elle admet qu’avant toute autre considération, sa conception du travail au cinéma est toujours faite dans une perspective de choix du metteur en scène et non du caractère qu’elle devait jouer. Mais pour ce rôle, elle a avoué l’avoir “voulu, choisi et entièrement revendiqué dès le début.”

Même si le film est considéré par certains critiques comme une apologie du viol, l’actrice parle d’un film sur le fantasme et l’expérience et d’une histoire de vengeance et de fatalité. L’idée du viol fait que le film a aussi été réclamé par les féministes, sauf que l’actrice pour qui “le cinéma, c’est la manière dont il capture le présent”, estime qu’il ne s’agit pas d’un genre cinématographique où l’on cherche à élucider les énigmes”. Et, c’est d’ailleurs une tendance dans le cinéma mondial où l’on ne cherche plus à donner des réponses, a-t-elle ajouté.

Quant au producteur de films d’auteur, Saïd Ben Saïd, il a regretté que dans des pays comme la Tunisie,l’Amérique Latine ou l’Asie, où il n’y pas de salles de cinéma qui se consacrent pour la diffusion des films indépendants, et de ce fait “la seule façon de voir un film de ce genre serait soit à travers le piratage, le dvd ou la télévision” a-t-il fait remarquer.

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