Zouhair Lahna: "Il faut ouvrir un couloir humanitaire pour les Syriens à la frontière maroco-algérienne"

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REFUGIES SYRIENS
Zouhair Lahna: "Il faut ouvrir un couloir humanitaire pour les Syriens à la frontière maroco-algérienne" | Figuig Photographie
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RÉFUGIÉS - L'affaire des réfugiés syriens coincés depuis plus de deux semaines dans la zone tampon entre le Maroc et l'Algérie prend de l'ampleur. Vendredi 5 mai, Human Rights Watch s'est inquiétée de leur situation dans un communiqué.

Pour l'ONG de défense des droits humains, les autorités des deux pays devraient "partager leurs responsabilités" et veiller à ce que tous les demandeurs d'asile "aient accès aux services nécessaires, en particulier les femmes enceintes ou qui allaitent".

Parmi les 55 Syriens arrivés à la frontière le 18 avril se trouvent en effet 20 femmes, dont deux enceintes, et 22 enfants. Une des réfugiées a accouché quelques jours après être arrivée dans le désert.

"Certains d'entre eux ont de la famille au Maroc"

"Ils survivent dans des conditions difficiles, malgré l'aide que tentent de leur apporter les habitants de Figuig et Bouarfa", explique au HuffPost Maroc le docteur Zouhair Lahna, médecin humanitaire qui s'est rendu sur place mais a dû quitter la zone à cause de la pression policière. "Il est urgent d'ouvrir un couloir humanitaire en attendant une décision des deux pays", martèle-t-il.

Selon lui, les habitants de la région parviennent à faire passer quelques vivres et de l'eau aux réfugiés, mais l'accès reste difficile.

Ces derniers sont séparés en deux groupes, un groupe de 41 Syriens, la plupart originaires de la ville de Homs, et un groupe de 14 Kurdes et le nouveau-né. "Certains d'entre eux ont de la famille au Maroc. Ils doivent donc pouvoir entrer sur le territoire marocain", estime Zouhair Lahna.

Selon HRW, les autorités marocaines ont indiqué qu'elles accorderaient des visas d'entrée à neuf des Syriens qui ont des parents vivant légalement au Maroc, a déclaré mercredi le porte-parole du bureau marocain du Haut-commissariat pour les réfugiés (HCR).

"C'est comme si on laissait couler devant nos yeux un bateau de réfugiés"

"Tout le monde attend le 8 mai, jour de l'anniversaire du prince Moulay Hassan, pour que le roi fasse un geste en faveur de ces réfugiés", indique Zouhair Lahna. "Il en va de notre humanité. C'est comme si un mendiant frappait à notre porte et qu'on ne le laissait pas entrer, sous prétexte que la rue ne nous appartient pas. Ou qu'on laissait couler devant nos yeux un bateau de réfugiés, parce que la mer n'est pas à nous".

Depuis leur arrivée, le Maroc et l'Algérie se renvoient la balle. Selon un des réfugiés joint par HRW, son groupe de 14 personnes est arrivé en Algérie depuis la Syrie, après être passé par la Libye et le Soudan.

"Nous avons traversé la frontière marocaine avec l'aide des populations locales, mais les gardes-frontières marocains nous ont arrêtés et nous ont fait passer la nuit", explique-t-il. "Le lendemain, ils nous ont repoussés vers l'Algérie. Là, les gardes-frontière algériens nous ont interceptés et ne nous ont pas permis d'entrer sur le territoire algérien. Maintenant, nous sommes bloqués à la frontière entre les deux pays".

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