Même pour ses 20 ans, le Festival Gnaoua et musiques du monde d'Essaouira peine à trouver des sponsors

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FESTIVAL GNAOUA - En 20 ans, la ville d'Essaouira, sur la côte Atlantique du Maroc, a été métamorphosée. Cette transformation, la ville la doit, en grande partie, à son Festival Gnaoua et musiques du monde, dont la première édition remonte à 1998. Aujourd'hui, malgré sa notoriété internationale, ses organisateurs ont toujours du mal à réunir le budget nécessaire pour poursuivre l'aventure.

Avec 15 millions de dirhams, "ce festival est sous-budgétisé par rapport à sa notoriété actuelle", a fait savoir Neïla Tazi, productrice du festival, lors d'une conférence de presse tenue mardi à Casablanca. "Nous n'avons pas encore bouclé notre budget. Il n'est pas normal à deux mois d'une manifestation comme celle-ci, d'être encore en train de chercher de l'argent", s'indigne-t-elle.

La productrice souligne que le festival s'est "développé en grande partie grâce aux financements privés à hauteur de 85%, tandis que le financement public se limite à 15%".

"Pour plus de mécénat"

"Si les sponsors privés ont joué un rôle important dans la pérennité du festival, ils pourraient donner plus", souhaite-t-elle, appelant les mécènes à plus de générosité. "Ce sont toujours les mêmes sponsors qui sont sollicités pour différents festivals et événements. Mais il y a aussi de nombreux partenaires qui voudraient contribuer par de petites sommes. Si dix vous accordent chacun 100.000 dirhams, par exemple, cela reste, pour un festival comme le notre, une énorme contribution pour sa pérennité", précise-t-elle au HuffPost Maroc.

Et s'il y a des festivals "dont le modèle économique leur permet de réaliser beaucoup de recettes à travers la vente de la billetterie, cela n'est pas notre cas", ajoute Neila Tazi.

Pour la productrice du Festival Gnaoua, cet événement est "devenu un capital national, une fierté pour tout le pays". "Ce festival a transformé la ville d'Essaouira, qui s'est métamorphosée grâce à lui. Il est normal qu'aujourd'hui la part de financement public augmente pour le préserver. Certes, il est la création et la propriété intellectuelle de A3 Communication, mais il est devenu, au fil des années, un bien commun, celui de tous les Marocains", ajoute-t-elle.

Gnawa Diffusion, Carlinhos Brown et Hindi Zahra

Malgré un budget serré, le 20e Festival Gnaoua d'Essaouira accueillera une belle pléiade d'artistes. Du 29 juin au 1er juillet, la cité des vents vibrera aux sons du blues avec Lucky Peterson, du jazz avec le pianiste Bill Laurance et des percussions brésiliennes avec Carlinhos Brown.

Ismaël Lô, "qui nous a été réclamé par beaucoup d'habitués", est également attendu, a indiqué Karim Ziad, qui assure la direction artistique du festival avec Abdeslam Alikkane. "On ne pouvait pas célébrer ces 20 ans sans inviter non plus Gnawa Diffusion ou encore Hindi Zahra", ajoute-t-il. Des résidences avec les maâlems Saïd et Mohamed Kouyou, Hassan Boussou et Mustapha Baqbou sont aussi au programme.

Le Forum d'Essaouira, événement dédié au débat organisé en parallèle avec le festival depuis maintenant 6 ans, abordera le thème de la "Créativité et (des) politiques culturelles à l’ère du numérique".

Neïla Tazi a, par ailleurs, rendu un vibrant hommage à Abdelhafid Chlyeh, écrivain et ethno-psychologue marocain, qui était l'un des fondateurs du festival. "C'est avec lui qu'on est allé voir M. André Azoulay au Cabinet royal pour lui parler du festival", a-t-elle confié. Abdelhafid Chlyeh était l'un des rares spécialistes des Gnaoua au Maroc. Il a publié deux ouvrages sur le sujet, dont Les Gnaoua du Maroc : itinéraires initiatiques, transe et possession, a-t-elle rappelé.

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L'affiche de cette édition conçue par le designer marocain Hicham Lahlou.

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