"Les recycleuses du Djurdjura", des femmes de Ain El-Hammam repensent l'entreprenariat féminin

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LES RECYCLEUSES
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On peut être femme, vivant en montagne, parfois illettrée, entreprendre et réussir. Une réussite rehaussée par un domaine investit par des femmes peu ordinaires. "Les recycleuses du Djurdjura" ce sont dix femmes de la commune de Ain El-Hammam à Tizi-Ouzou. Depuis trois ans, elles dirigent une recyclerie de textiles usagés.

Le succès de l’activité de ces femmes est principalement d’avoir réussi à placer leurs produits dans des marchés étrangers.

les recycleuses

L’idée est simple et géniale ! La chef de l’atelier Djoudi Messad, résume l’activité en un simple exemple. "Vous prenez une chemise, les manches vous en faites un bermuda pour enfants, et le reste de la chemise vous la transformez en un tablier de cuisine" explique-t-elle.

Leur atelier se situe dans le local de l’association pour la promotion de l’agriculture en montagne. À l’étage une petite pièce équipée d’une dizaine de machines à coudre industrielles et tout le matériel nécessaire à leur travail.

Les petites mains de l’atelier arrivent l’une après l’autre. Elles habitent dans les villages voisins. Quatre d’entre-elles viennent du village de Ait Ouabane, elles mettent deux heures pour arriver et changent de bus à deux reprises. Essoufflées, elles se plaignent du trajet fatiguant, mais contente de se retrouver.

Dans leur modeste réduit, l’ambiance est amicale, après un bref moment de bavardage elles se mettent au travail. Elles ont du pain sur la planche, un nouveau client : la superette du village a commandé pour ses employés des tabliers de travail et des sacs en tissu.

les recycleuse

Sur un ton ferme, mais bienveillant, Messad attribue une tache à chacune de ses "filles". Elle confie que l’activité commence à se maintenir, elle pense même à créer un logo pour donner une identité aux articles de la recyclerie.


Des débuts difficiles mais prometteurs

Le projet de la recyclerie de textile usagé est né d’un partenariat entre l’association APAM et une association Strasbourgeoise "Migration et solidarité" dont le président est un Algérien.

Messad est titulaire d’un diplôme de couture. Elle formait également les femmes du village à la couture. Cette expérience à fait qu’elle participe au lancement du projet.

Elle avoue d’emblée que l’idée lui paraissait complètement utopique, car elle connaissait les conditions des femmes de la région. Les inciter à quitter leur foyer, pour une formation ensuite pour travailler c’était un peu laborieux.

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Elle parvient néanmoins à mobiliser une quarantaine de femmes pour prendre part à la formation et une dizaine pour lancer l’atelier de couture.

"La formation nous a permis d’assimiler quelques techniques en matière de transformation de vêtements. Après il fallait qu’on innove, qu’on trouve de nouvelles idées pour façonner des choses auxquelles les gens pouvaient s’intéresser".

Armées de leur seule volonté, aujourd’hui ces femmes font des merveilles. Leurs produits- phares sont des porte-documents à base de sac de café, brodés de motifs berbères. Des jeans transformés en cartable et bien d’autres.

Grace à l’association AMSED, des commandes leur parviennent de l’étranger notamment pour le marché de noël à Strasbourg. Mieux encore, une boutique dans cette même ville, a été dédiée à la vente des articles des différents projets soutenus par l’AMSED, notamment ceux de des couturières d’Ain-El-Hammam.

Au niveau du village, elle possède quelques clients. La commande de la superette la conforte, elle estime que les gens commencent à adhérer à l’idée.

Un projet féminin pour déconstruire les clichés

Pour Messad, la recyclerie est bien plus qu’une activité, c’est un accomplissement pour chacune des filles qui y travaillent. Elle confie qu’il existe beaucoup d’idées reçues autour de la femme rurale, notamment une femme sédentaire dont la place est à la maison.

"Certes les conditions familiales sont parfois difficiles, plusieurs femmes de l’atelier ont dû convaincre de toutes leurs forces leur famille pour sortir travailler, seulement nous ne manquons pas de volonté et nous voulons nous émanciper et contribuer au développement de notre région" précise-t-elle.

La recyclerie a formé jusqu'à ce jour plus de 70 femmes. Certaines ont aujourd’hui leurs propres ateliers de couture.

Messad a accueilli au sein de l’atelier des femmes qui n’ont jamais fréquenté l’école. Celles-ci ont surmonté ce complexe et se sont présentées à l’atelier pour apprendre. "Elles savaient à peine compter et aujourd’hui cousent comme des professionnelles", dit-elle fièrement.

Connues de tous dans la région de Ain El-Hammam, "Les recycleuses du Djurdjura", se disent ambassadrices de la femme rurale. Elles souhaitent que leur expérience contribue à encourager d’autres femmes à prendre leur destin en main.

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