Le cri d'alarme de Human Rights Watch pour les homosexuels marocains harcelés à Sebta

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THE LAND BETWEEN
Image extraite du film "The Land Between" de David Fedele, sur les migrants à la frontière entre le Maroc et l'Espagne |
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DISCRIMINATIONS - L'herbe n'est pas forcément plus verte chez le voisin. Des homosexuels marocains qui ont quitté le Maroc pour se réfugier dans l'enclave espagnole de Sebta disent subir des abus et le harcèlement de la part de certains demandeurs d'asile ou habitants de la ville.

C'est l'ONG Human Rights Watch (HRW) qui lance l'alerte ce vendredi 28 avril dans un communiqué, appelant l'Espagne à accorder "immédiatement" l'asile à ces personnes sur la péninsule espagnole.

"Les demandeurs d'asile LGBT (lesbiennes, gays, bisexuels, transexuels) qui ont fui un contexte d'intimidation et de harcèlement homophobe dans leur pays d'origine sont confrontés à des abus similaires à Sebta, à la fois dans le centre de séjour temporaire pour les migrants et dans les rues", explique Judith Sunderland, directrice adjointe de la division Europe et Asie centrale de HRW. "L'Espagne devrait envoyer ces personnes vers des lieux sûrs dans la péninsule, où elles pourront obtenir des services et l'assistance qui leur reviennent de droit".

"Les demandeurs d'asile LGBT subissent le harcèlement à Sebta. Aucune excuse pour ne pas les transférer sur la péninsule espagnole"

"Il m'a dit: 'pédé, je vais te tuer'"

Selon les témoignages recueillis par l'ONG de défense des droits humains auprès de trois homosexuels (deux Marocains et un Algérien), ces derniers ont indiqué avoir rencontré des difficultés dans le centre de demandeurs d'asile et à Sebta en raison de leur orientation sexuelle.

"Les autres résidents m'ont dit que s'ils me voyaient dans le centre, ils m'en colleraient une", raconte Ahmed (pseudonyme), un Marocain de 29 ans. "Ils m'ont attaqué et je me suis enfui. En novembre ou décembre, il y en a un qui m'a frappé. (...) Il m'a dit: 'pédé, je vais te tuer'".

Un autre Marocain de 30 ans, qui vit dans le centre d'accueil depuis 14 mois, raconte sous couvert d'anonymat que sa famille l'a expulsé quand il avait 12 ans en raison de sa sexualité. Il a également été violé par deux hommes dans une décharge d'ordures quand il était encore adolescent, puis battu et détenu par la police.

Après avoir fui à Sebta, il dit avoir rencontré les mêmes problèmes qu'au Maroc. "Une fois, j'étais sur la plage. Un gars un peu plus âgé que moi m'a offert un sandwich. J'ai refusé. Il voulait abuser de moi, mais je ne voulais pas. Il m'a jeté une pierre et m'a donné un coup de poing", explique-t-il.

ceti melilla

Le centre d'accueil temporaire de migrants de Melilla

"Beaucoup ne sont pas d'accord pour partager une chambre avec un homosexuel"

Selon un membre du personnel du centre, interrogé par Human Rights Watch, les autres résidents ont tendance à "taquiner, harceler et attaquer" les demandeurs d'asile LGBT. "Beaucoup ne sont pas d'accord pour partager une chambre avec un homosexuel. Soit ils les harcèlent ici soit ils les attaquent hors du centre".

Selon plusieurs organisations de défense des demandeurs d'asile homosexuels, ces derniers devraient bénéficier de protections spécifiques telles que l'hébergement dans des chambres individuelles, le transfert vers des centres plus petits, une formation spéciale pour le personnel et un meilleur accès aux organisations LGBT et aux réseaux de soutien.

Alors que certains migrants restent au centre de Sebta quatre ou cinq mois, les demandeurs d'asile restent généralement beaucoup plus longtemps, rappelle HRW. Le processus de demande de protection peut en effet prendre plus d'un an. Devant l'afflux de réfugiés, le centre de Sebta, qui peut normalement accueillir 512 personnes, est souvent saturé.

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