La liberté de la presse "en dégradation flagrante" en Algérie, selon RSF

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JOURNALIST ALGERIA
Relatives and friends leave the family house carrying the body of British-Algerian journalist Mohamed Tamalt before going to the cemetery during his funeral, on December 12, 2016 in Algiers.Mohamed Tamalt died on December 11, 2016 after having staged a hunger strike to protest a two-year jail term for offending Algeria's president in a poem posted online, his lawyer said. / AFP / RYAD KRAMDI (Photo credit should read RYAD KRAMDI/AFP/Getty Images) | AFP via Getty Images
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La liberté de la presse connaît une "flagrante dégradation" en Algérie selon Reporters sans frontières (RSF). Dans un rapport intitulé "Le grand basculement" et publié ce mercredi 26 avril 2017, le pays se positionne à la 134e place au classement mondial de la liberté de la presse, en régression de 5 places par rapport à 2016.

La liberté de la presse n'a jamais été aussi menacée dans le monde. Attaques anti-médias, fausses informations, répression et triomphe des "hommes forts" comme Trump ou Erdogan, Reporters sans frontières (RSF) s'alarme dans son rapport 2017 sur la situation "difficile" ou "très grave" des journalistes dans 72 pays sur les 180 recensés.

L'Algérie est une nouvelle fois épinglée. La liberté de la presse dans ce pays "s'est fortement érodée" selon RSF, qui regrette l'existence encore de nombreux sujets tabous, telle la santé du président Bouteflika, la corruption ou les avoirs des dirigeants.

RSF a également dénoncé la poursuite de "l'étrangement économique" de médias algériens mais surtout l'emprisonnement et la poursuite en justice durant 2016 de blogueurs et professionnels des médias pour des faits en lien avec leurs publications.

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La même source revient également sur l'affaire Mohamed Talamt, journaliste algéro-britannique mort en détention le 11 décembre 2016 après avoir été détenu pour des propos jugés "offensant envers le président Bouteflika. Son décès "a fortement choqué l’opinion et questionné sur les conditions de détention des prisonniers", souligne Reporters sans frontières, rappelant que ce journaliste aurait subi des sévices physiques pendant sa grève de la faim, en détention.

Avec un score de 42.83, l'Algérie se classe derrière le Maroc (133e), épinglé pour "les pressions politiques et économiques sur les médias marocains indépendants afin de les dissuader de traiter de sujets hautement sensibles", et la Tunisie (97e).

La Norvège première du classement, la Corée du Nord dernière

RSF s'inquiète dans ce rapport d'un "risque de grand basculement" de la situation de la liberté de la presse, notamment "dans les pays démocratiques importants".

"L'obsession de la surveillance et le non respect du secret des sources contribuent à faire glisser vers le bas de nombreux pays considérés hier comme vertueux, tels les Etats-Unis (43e, -2 places), le Royaume-Uni (40e, -2), le Chili (33e, -2) ou encore la Nouvelle-Zélande (13e, -8)", selon l'ONG.

Cette ONG explique ces reculs par "l'arrivée au pouvoir d'hommes forts". "L'arrivée de Donald Trump aux Etats-Unis et la campagne du Brexit au Royaume-Uni ont offert une caisse de résonance au "médias bashing" et aux fausses nouvelles", déplore-t-on. Et "partout où le modèle de l’homme fort et autoritaire triomphe, la liberté de la presse recule", affirme RSF, épinglant également Ergodan.

En Turquie (155e, -4 places), ce président a "résolument basculé du côté des régimes autoritaires" pour devenir "la plus grande prison au monde pour les professionnels des médias", accuse l'ONG.

La première place au classement revient à la Norvège (1er, +2). En deuxième position, la Suède gagne six points, suivie par la Finlande, le Danemark et les Pays-Bas.

La France, pour sa part, remonte de la 45e place (en 2016) à la 39e place, un effet mécanique après une année 2015 marquée par la tuerie de Charlie Hebdo.

RSF y relève néanmoins un "climat violent et délétère", avec des attaques verbales contre "les médias menteurs" pendant la campagne présidentielle "où il devient normal d’insulter les journalistes, de les faire siffler et huer lors de meetings".

A l’autre bout du classement, l’Erythrée (179e) a cédé la dernière place du Classement à la Corée du Nord. Le régime nord-coréen "continue de maintenir la population dans l’ignorance et la terreur", souligne RSF. Le simple fait d’écouter une radio basée à l’étranger peut d’ailleurs valoir un séjour en camp de concentration.

En queue de peloton, on retrouve également le Turkménistan (178e), et la Syrie (177e), plongée dans une guerre sans fin, qui reste le pays le plus meurtrier pour les journalistes, pris en étau entre un dictateur sanguinaire et des groupes terroristes.

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