Le Marocain Adnane Remmal en lice pour le Prix de l'inventeur européen 2017

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ADNANE REMMAL
Le Marocain Adnane Remmal en lice pour le prix européen de l'inventeur 2017 | DR
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SCIENCE - Sa découverte pourrait bien révolutionner le monde de la santé. Afin de lutter contre la résistance de certaines bactéries aux antibiotiques, un phénomène qui inquiète de plus en plus l'Organisation mondiale de la santé (OMS), le chercheur marocain Adnane Remmal a mis au point une nouvelle méthode pour renforcer les antibiotiques avec des huiles essentielles.

Cette invention lui a valu d'être nominé au Prix de l'inventeur européen 2017 dans la catégorie des chercheurs originaires de pays non européens, aux côtés de deux autres finalistes. L'annonce du lauréat sera faite le 15 juin prochain à Venise en Italie.

"Le simple fait d'être nominé est un miracle pour un petit chercheur marocain comme moi", explique au HuffPost Maroc Adnane Remmal, professeur de biologie à l'université Sidi Mohamed Ben Abdellah de Fès. "Les précédents lauréats viennent généralement de grandes universités américaines ou de multinationales".

Eurêka!

Pourtant, s'il a été sélectionné, c'est bien parce qu'il a mis au point un médicament qui permet de lutter contre la menace grandissante des microbes résistants aux antibiotiques en utilisant l'activité antimicrobienne des plantes, et notamment des huiles essentielles.

Après avoir fait ses études en France, le chercheur, aujourd'hui âgé de 55 ans, est rentré en 1988 au Maroc. C'est à ce moment-là qu'il a commencé à s'intéresser au problème des antibiotiques. Car plus ceux-ci sont utilisés, plus les bactéries deviennent résistantes, rendant certaines infections difficiles à combattre voire impossibles à traiter. Selon l'OMS, les infections résistantes aux médicaments provoquent près de 700.000 morts chaque année. Un chiffre qui pourrait atteindre les 10 millions par an à l'horizon 2050 si des solutions alternatives ne sont pas trouvées.

"Je me suis demandé comment mettre en place une nouvelle famille de molécules, comme les antibiotiques, mais qui ne feraient pas de résistance", explique l'inventeur. Après s'être associé à un autre chercheur qui travaillait déjà sur la question, Adnane Remmal a d'abord focalisé ses recherches sur les principes actifs présents dans les plantes permettant de lutter contre certaines bactéries qui se développent chez l'homme. "J'ai décidé de mélanger ces molécules naturelles à des antibiotiques et j'ai découvert que grâce à cette association, une bactérie devenue résistante pouvait redevenir sensible", indique le chercheur.

Essais concluants

En 2005, après avoir gardé secrète sa découverte, le professeur Remmal trouve un "business angel" prêt à financer son dépôt de brevet à hauteur de près de 5 millions de dirhams. "J'ai continué les recherches et les expériences. Les laboratoires me disaient que je tenais là quelque chose d'extraordinaire".

Il faut attendre la fin 2015 pour que le chercheur puisse mener ses premiers tests cliniques sur des patients atteints d'infections urinaires, avec l'aide du laboratoire pharmaceutique marocain Sothema qui a accepté d'investir pour transformer le principe actif découvert par Remmal en médicament.

Des essais concluants qui ont permis aux malades de guérir en moins d'une semaine. "Après un traitement de six jours, l'urine des patients ne contenait plus aucune bactérie", poursuit le chercheur qui espère la mise sur le marché cette année de ce premier médicament 100% marocain.

Nos amies les bêtes

Mais la découverte ne s'arrête pas là. En cherchant les causes de la résistance de certaines bactéries, Adnane Remmal a compris que ce phénomène était aussi lié aux antibiotiques présents dans l'alimentation des animaux. Certains éleveurs utilisent en effet ces médicaments pour engraisser plus rapidement leur bétail ou leur volaille.

"Un poulet nourri aux antibiotiques grossira beaucoup plus vite et sera donc plus rentable", indique le chercheur. Problème: le poulet lui-même développe des bactéries résistantes qui, lorsqu'il arrive dans nos assiettes, ont déjà colonisé tout le corps de l'animal, posant un risque pour la santé du consommateur.

Pour le chercheur, il est donc primordial de faire de la prévention en s'attaquant à la résistance aux antibiotiques chez les animaux. Dans son laboratoire créé à Fès, il a ainsi mis au point un additif dans l'aliment de bétail, entièrement naturel cette fois-ci, qui possède une activité antimicrobienne "bien meilleure" que celle d'un antibiotique. Une trouvaille qui lui avait déjà valu le Prix de l'innovation pour l'Afrique en 2015 et qui pourrait bientôt être à nouveau récompensée par l'Office européen des brevets.

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