LafargeHolcim énumère ses errements en Syrie, le patron s'en va

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LAFARGEHOLCIM
A picture taken on March 9, 2017, in Paris, shows a board on the facade of the French headquarters of LafargeHolcim, a group created in 2015 by the merger of French cement manufacturer Lafarge and its Swiss counterpart Holcim.French-Swiss group LafargeHolcim is ready to sell its cement to build US President Donald Trump's controversial border wall, the company's CEO said in an interview. The wall Trump promised to erect along the US-Mexico border, valued at tens of billions of dollars, is at the | THOMAS SAMSON via Getty Images
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Le scandale des versements suspects en Syrie aura eu raison du patron de LafargeHolcim, Eric Olsen, en poste depuis la finalisation du rapprochement entre les deux géants en juillet 2015. Le directeur général (CEO) du cimentier franco-suisse jettera l'éponge à la mi-juillet, malgré les conclusions clémentes à son encontre d'une enquête interne publiées lundi. Son poste sera par la suite assuré de manière temporaire par le président de l'organe de surveillance Beat Hess, jusqu'à la désignation d'un nouveau patron.

Les investigations ont démontré que Lafarge Cement Syria (LCS) a bel et bien versé à des intermédiaires en Syrie des paiements inappropriés entre 2013 et 2014 pour poursuivre ses activités dans le pays en guerre et tenter de juguler les exactions de divers groupes armés locaux envers ses employés, ses clients ainsi que sa chaîne d'approvisionnement.

Le mastodonte des matériaux de construction reconnaît aussi que la direction de l'ancienne Lafarge a failli à s'opposer à ces pratiques, bien qu'elle en ait été avertie. Un manque de contrôle sur les notes de frais, les rabais ou encore les débours de LCS a de surcroît été constaté. La traçabilité des paiements incriminés dans la comptabilité de l'entreprise a aussi fait défaut.

L'enquête a porté une attention particulière au rôle et à l'implication potentielle de M. Olsen, selon une série de communiqués. Le conseil d'administration a conclu que le responsable franco-américain du groupe n'était pas responsable des agissements coupables de la filiale syrienne, ne pense pas qu'il en ait eu connaissance à l'époque et n'entend pas commenter plus avant les résultats de son enquête.

POUR LE BIEN DE L'ENTREPRISE

"Ma décision est guidée par la conviction qu'elle contribuera à apaiser les fortes tensions qui sont récemment apparues autour de la question de la Syrie", explique M. Olsen, cité dans un communiqué.

D'ici son départ, M. Olsen et son équipe resteront chargés de la mise en place des mesures adoptées pour éviter de nouveaux scandales de ce type à l'avenir, sous la surveillance du nouveau comité d'éthique, d'intégrité et de risque. Le groupe a aussi décidé de promouvoir Roland Köhler, actuellement responsable de l'Europe et de l'Océanie, au poste de chef des opérations (COO).

LafargeHolcim avait reconnu en mars "rétrospectivement inacceptables" les mesures prises par la cimenterie syrienne de l'ex-Lafarge pour poursuivre les activités de l'usine. L'année dernière, le colosse des matériaux de construction avait été dénoncé pour sa collaboration, courant 2013 et jusqu'à l'évacuation de l'usine en septembre 2014, avec des groupes armés et des tiers visés par des sanctions internationales.

Selon le quotidien français "Le Monde", qui avait révélé l'affaire, ces arrangements ont notamment profité à l'organisation État islamique (EI).

DOMMAGEABLE MAIS NÉCESSAIRE

"Une nouvelle étape sur le chemin de l'autodestruction de Holcim", tacle Alliance Bernstein dans un commentaire. Le gestionnaire d'actifs américains souligne que le groupe reconnaît de graves lacunes en termes de gouvernance et que la direction de Lafarge était "bien informée" sur les pratiques incriminées.

La transition à la tête de l'entreprise risque de rendre encore plus ardue la concrétisation d'objectifs déjà jugés ambitieux par l'établissement new-yorkais, qui anticipe une nomination externe ainsi que des remaniements au conseil d'administration.

Vontobel déplore la perte du timonier de LafargeHolcim, au moment où l'entreprise commence enfin à profiter des synergies de la fusion en 2015. Ce départ reflète toutefois la nécessité pour les sociétés opérant dans des régions sensibles d'adopter un code de conduite irréprochable. La création à ce titre d'un comité d'éthique, d'intégrité et de risque est probablement survenue trop tard, analyse l'établissement zurichois.

Le prestataire irlandais de services financiers Davy rappelle que l'affaire syrienne a sérieusement endommagé la réputation de l'entreprise, qui fait dans ce cadre face à plusieurs procédures légales.

La nominative LafargeHolcim a cédé lundi 0,6% à 57,60 CHF, à contre-courant d'un SMI en hausse de 1,84%.

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