Aswat Nissa - Le pari réussi de Rihab Trilla: Convaincre sa famille avant de convaincre son parti

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Le HuffPost Tunisie s'associe à Aswat Nissa afin de promouvoir l'engagement des femmes tunisiennes en politique à travers une série de portraits de jeunes femmes tunisiennes qui ont fait le choix de s'engager.

Rihab Trilla est un membre actif du parti tunisien "Mouvement Tunisie Volonté" plus connu sous le nom de "Harak Tounes Al Irada". La jeune femme travaille au sein de la commission nationale responsable des médias et de la communication.

Un début de carrière difficile

Étonnée par son engagement, la famille de Rihab aurait pu toutefois deviner qu’elle se destinait à suivre une carrière politique. En effet, elle commença très jeune à s’intéresser à la vie politique. "Quand j’avais huit ans, je me posais beaucoup de questions sur les problèmes des autres pays, je pense notamment au conflit israélo-palestinien. J’écrivais des solutions que je pensais appropriées et que j’aurais pu proposer si j’avais été présidente de la Tunisie", raconte-t-elle en riant. À l’école, elle prenait déjà la défense des plus vulnérables et s’insurgeait contre les injustices.

Rihab est originaire de Tozeur, une ville située à 474 km au sud-ouest de Tunis, dont la population reste majoritairement traditionaliste. Pour suivre ses études, elle a dû faire preuve de beaucoup de courage et quitter le confort du cocon familial pour s’installer dans la capitale.

Éveillée politiquement pour son si jeune âge, elle avait pressenti la fin du régime de Ben Ali. La justesse de ses analyses et ses prédictions politiques lui ont coûté l’amitié de certains de ses proches qui craignaient qu’elle soit infiltrée du pouvoir. Loin de la décourager, cela a constitué un moteur qui a nourri son désir d’apporter le changement.

"Enfant, on nous a enseigné la liberté, on a grandi et on n’a rien trouvé. Je me suis dit qu’il était temps de devenir une actrice du changement pour la Tunisie".

Pendant la révolution de 2011, ses parents lui interdisent de participer aux manifestations allant à l’encontre du système. "Je ne pouvais manifester que pour des causes externes à la Tunisie", avoue-t-elle.

Sa licence en poche, le chômage et un évènement personnel particulièrement difficile font que Rihab s'interroge longuement sur le sens de sa vie et son avenir. "Le système n’est pas pensé pour les jeunes", dit-elle.

S’en suit une longue période d’hésitation où elle se questionne sur la possibilité de s’engager dans la société civile, plus particulièrement au Croissant-Rouge ou dans la vie politique. Finalement, consciente de vouloir laisser une trace dans la société et de l’influence qu’elle se sait capable d’exercer dans son entourage, elle se dirige vers le parti CPR.

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Un double challenge électoral

À 23 ans, elle est approchée par le parti pour se présenter aux élections législatives. Au début de son engagement politique, Rihab rencontre de nombreuses épreuves, elle doit non seulement gagner l’appui de son électorat, mais aussi le soutien de sa famille.

"Mon frère était contre l’idée que je me présente, j’ai réussi à le convaincre et il a voté pour moi!"

Son aîné refuse catégoriquement de voir l’image de sa cadette exposée publiquement. Il ne soutient pas ses activités et tente de la dissuader de continuer. Quand on lui demande comment elle a réussi à le convaincre, elle explique qu’il lui a fallu user de toutes ses capacités de persuasion et de beaucoup de temps pour expliquer la situation de la Tunisie avant la révolution; parmi les problèmes majeurs il y avait celui de l’absence d’implication des jeunes.

Rihab a également dû faire face à des commentaires offensants et sexistes. Certains lui suggéraient de se marier au lieu de se mêler des affaires politiques, d’autres lui adressaient des demandes en mariage à l’issue de l’affichage de sa photo, ce qui a contribué à creuser une distance avec sa famille.

"Je me levais à 4 heures du matin pour réviser pour mes partiels puis j’allais faire ma campagne de porte-à-porte jusqu’à minuit. Et cela recommençait le lendemain. J’ai passé 17 examens en parallèle". Son rythme de vie intensif et sa ferme détermination finissent par convaincre son entourage du sérieux de son engagement.

"Il a vu mon parcours et il a constaté que j’étais sérieuse. Maintenant les voisins ne m’appellent plus par mon prénom dans la rue, mais par le nom de mon parti!" affirme-t-elle.

Consciente des défis que représente le fait d’être jeune et femme engagée en politique, elle veut faire changer les choses.

Inspirée lors de sa participation à la première promotion de l’Académie politique des femmes 2015-2016 organisée par Aswat Nissa, Rihab veut créer une académie similaire pour les jeunes femmes au sein de son parti et les former pour être les leaders de demain.

Aujourd'hui la jeune femme a décidé d'entamer une nouvelle aventure avec Aswat Nissa en intégrant son programme "Ambassadrices pour les Femmes, la Paix et la Sécurité" qui plaide pour l'intégration de l'approche genre dans la réforme du secteur de la sécurité Tunisie.

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Aswat Nissa est une organisation non gouvernementale de droit tunisien. Créée en 2011, elle est indépendante de toute influence politique. Inclusive, elle plaide pour l’intégration de l’approche genre dans les politiques publiques en encourageant les femmes tunisiennes à porter leur voix et à prendre la place qui leur revient dans la vie publique et politique. "Aswat Nissa" se traduit de l’arabe au français par "voix des femmes".

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