Human Rights Watch appelle l'Algérie à revoir la loi relative aux violences contre les femmes

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L’organisation Human Rights Watch a présenté aujourd’hui 23 avril à Alger un rapport sur les violences faites aux femmes en Algérie. Réalisé suite à une enquête menée durant un an. Un rapport, souligne-t-on, basée sur un échantillon de 20 femmes.

Ahmed Benchemsi, directeur de la communication et du plaidoyer pour l’Afrique du Nord et le Moyen Orient de Human Rights Watch, a fait savoir que la réalisation de cette enquête n’a eu que le concours des associations Algériennes.

Il a souligné que les enquêteurs de l’organisation ont contacté le Premier ministère, et le ministère des affaires étrangères pour avoir un complément d’informations, mais ces derniers n’ont pas donné de suites.

Intitulé, “ton destin est de rester avec lui” : la réponse de l’Etat aux violences domestiques en Algérie, ce rapport souligne la mauvaise prise en charge des femmes victimes de violence par les autorités concernées.

Manque de structures d’accueil, lacunes juridiques et pressions sociales, tous ces paramètres, et bien d’autres, contraignent les femmes qui subissent toute sorte de violence à rester dans le silence.

Parmi les témoignages retenus dans le cadre de cette enquête, le cas d’une jeune femme de 39 ans appelé Salwa. Selon Ahmed Benchemsi, l’histoire de Salwa est celle de nombreuses autres femmes.

Salwa a décidé de s’enfuir, aidée par sa belle-sœur, après que son mari l’est suspendu par les bras à une poutre du plafond avant de la battre avec un balai. Conduite par la police de l’hôpital au poste de police Salwa dépose plainte contre son mari.

Après un séjour dans un foyer à Annaba, elle retourne au poste de police afin de s’informer sur sa plainte. Elle découvre que la police n’a pas fait d’enquête car le mari de Salwa leur a dit qu’elle est juste tombée dans les escaliers.

Après deux demandes de divorce rejetées, elle finit par divorcer en 2013. Quant à son mari, il a finalement été condamné et a écopé d’une amende et à six mois de prison avec sursis.

Aujourd’hui elle est toujours en situation précaire. Salwa réside dans un foyer et n’a nulle part où aller.

Selon Ahmed Benchemsi, la situation de Salwa est un cas parmi tant d’autres.

Il renvoie la situation des femmes victimes de violence en Algérie à de nombreuses raisons, notamment les lacunes dans la loi la loi n° 15-19 amendé au Code pénal en pénalisant certaines formes de violences domestiques.

Selon l’interlocuteur cette loi favorise le “Pardon”, c'est-à-dire c’est une victime abandonne les poursuites envers son mari, ce dernier restera impuni.

La définition des violences domestiques, dans cette loi ne mentionne pas explicitement le viol conjugal, forme d’abus à laquelle les femmes du monde entier sont souvent confrontées. De plus, le périmètre de cette définition n’inclut pas tous les individus.

"Il n’y a pas que la violence conjugale. La femme peut subir des violence de tout individu dans son entourage" commente-t-il.

La loi ne comporte pas de clause sur les ordonnances de protection (aussi

Appelées ordonnances restrictives), considérées par l’Organisation des Nations Unies pour l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes, ou ONU Femmes, comme l’une des solutions juridiques les plus efficaces offertes aux survivantes de violences domestiques, peut-on lire sur le rapport.

Toutefois Ahmed Benchemsi a tenu à souligner que l’Algérie est le seul pays du Maghreb à avoir franchi ce pas et criminalisé la violence à l’encontre des femmes.

Au Maroc et en Tunisie c’est encore à l’état de projet de loi.

Le rapport de Human Rights Watch, s’est terminé par une série de recommandations pour une meilleure prise en charge des femmes victime de violences. Ces recommandations s’adressent entres autre au gouvernement Algérien notamment pour établir une base de données nationale sur les violences commises contre les femmes avec des informations sur les violences domestiques.

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