Résultats élection présidentielle 2017: comment sont fabriqués les chiffres que vous découvrirez à 20h

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RSULTATS 2012
Les estimations annoncées sur TF1 en avril 2012. | CAPTURE TF1
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POLITIQUE - L'incertitude de cette fin de campagne se prolongera-t-elle plus longtemps que prévu? Il est tout à fait possible qu'une vieille tradition des soirées électorales ne soient pas suivie ce dimanche 23 avril. Des chaînes de télévision craignent en effet de ne pas pouvoir donner à 20 heures le nom des deux finalistes de cette élection présidentielle.

"Il y a trois options, énumère Jean-Daniel Lévy, directeur du département politique de Harris Interactive qui donnera ses résultats sur M6. Si c'est net, nous aurons une estimation à l'heure normale avec un score pour chaque candidat; c'est le scénario que je privilégie. Deuxième possibilité, un duo se détache des autres favoris sans que l'on puisse donner l'ordre alors nous nous contenterons de donner le nom des deux qualifiés. Mais cela peut aussi être "too close to call" et dans ce cas là nous dirons que c'est très serré mais que nous ne pouvons rien affirmer."

"Le législateur ne nous a pas facilité la tâche"

Pour comprendre pourquoi les instituts de sondages ne seront peut-être pas en mesure de donner un premier résultat à 20 heures, il faut s'intéresser à la fabrique de ces estimations. "Cela n'a rien à voir avec un sondage qui est basé sur du déclaratif à partir d'un échantillon représentatif de l'électorat sur ses intentions. Mais même en 48 heures (les derniers ont été publiés vendredi soir, ndlr) cela peut évoluer et donner des différences avec le résultat final", explique Yves-Marie Cann, directeur des études politiques d'Elabe qui travaille avec BFMTV. Les estimations s'appuient quant à elles sur "un choix définitif des électeurs puisqu'elles sont basées sur les bulletins déposés dans les urnes et dépouillés".

Or cette année, les bureaux de vote ferment à 19 heures, soit une heure plus tard que traditionnellement. "Le législateur ne nous a pas facilité la tâche en changeant la loi en juin 2016 puisque nous aurons deux fois moins de temps pour travailler", confie l'un de ses sondeurs. "Cela fait un an qu'on sait que l'on va connaître une soirée stressante", sourit Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l'Ifop dont les résultats seront communiqués sur CNews.

Pour faire face, tous les instituts ont "musclé leur dispositif". Chez Elabe, le panel est de 250 bureaux tests contre 150-170 d'ordinaire. "Nous serons à près de 300 bureaux, soit le double de ce qu'on faisait avant", abonde Frédéric Dabi.

400 personnes mobilisées dans chaque institut

Ces bureaux sont choisis pour leur taille (plus ou moins 1000 électeurs) et de manière à reproduire, en les agrégeant, ce que les Français votent à l'échelle nationale. "Nous en avons au moins un par département et ensuite cela dépend du poids électoral. Il y en a en ville et aussi dans les zones périurbaines et rurales", précise Yves-Marie Cann. Il faut également prendre en compte le fait que le vote reste ouvert jusqu'à 20 heures dans certaines grandes agglomérations notamment l'Ile-de-France (15% du poids électoral) où les résultats peuvent différer de la tendance nationale. Exemple avec le FN qui réalise traditionnellement de mauvais scores dans la capitale. "Pour compenser, nous trouvons des bureaux qui ressemblent au vote francilien. Il y en a dans certaines agglomérations ou dans le nord-ouest", confie un sondeur.

Dans chaque bureau test, les instituts ont un enquêteur qui assiste au dépouillement et fait remonter les résultats. "Nous n'avons cette année que des enquêteurs professionnels alors qu'avant nous pouvions compter sur l'aide de personnes neutres comme des secrétaires de mairie", ajoute Frédéric Dabi. Une fois les premiers bulletins dépouillés (100, 200 ou 400 selon les instituts), les enquêteurs communiquent les résultats auprès d'une plateforme téléphonique puis font régulièrement des mises à jour. Chez Elabe, une cinquantaine de personnes recueillent ces données qui sont ensuite traitées par des politologues et analystes pour faire l'estimation. En tout, ce sont près de 400 personnes qui sont mobilisées.

Habituellement, ce travail est réalisé dès 18 heures, laissant beaucoup de temps aux sondeurs pour travailler; quand ils donnent leurs chiffres à 20 heures, de très nombreux bureaux sont définitivement dépouillés. Cette fois, il faudra aller plus vite. "Dans le meilleur des cas, on aura une estimation vers 19h40 mais elle peut énormément varier d'ici à 20 heures", prévient Yves-Marie Cann. À 20 heures, le flou total pourrait donc prévaloir. "Mais il va ensuite rapidement se dissiper parce que le dépouillement ira vite donc on aura une vision nette assez rapidement", veut croire Jean-Daniel Lévy.

Une autre institution a fait cette mise en garde: la Commission nationale des sondages. "Aucune estimation fiable des résultats, effectuée à partir des premiers dépouillements de bureaux tests, n'est susceptible d'être établie avant 19h45, au plus tôt. Dans ces conditions, toute information relative aux résultats des candidats à l'élection présidentielle qui circulerait avant 20 heures doit être considérée comme dépourvue de caractère significatif", écrit-elle sur son site. Cette commission rappelle aussi que les neuf principaux instituts (BVA, Elabe, Harris Interactive, Ifop, Ipsos, Kantar, Odoxa, OpinionWay, Viavoice) se sont engagés à ne pas réaliser de sondages "sortie des urnes".

Pas de sondages "sortie des urnes", mais...

Pour autant, cela ne veut pas dire qu'aucun sondage ne sera réalisé dimanche et qu'aucune rumeur ne viendra alimenter les réseaux sociaux. Que ceux qui aiment utiliser le #RadioLondres se rassurent, ils auront de la matière. Elle vient des sondages "jour du vote" réalisés tout au long de la journée. "Nous interrogeons un panel de 6000 personnes pour connaître les motivations du vote et la structure sociologique de l'électorat. Les résultats sont publiés dans le courant de la soirée", explique Jean-Daniel Lévy.

Mais au fil des heures, les premiers résultats remontent au siège des instituts. "À partir du milieu de l'après-midi, nous commençons à donner ces chiffres à un petit nombre de nos clients qui n'ont pas le droit de les communiquer", explique le directeur d'un institut de sondages. Contrevenir à cette loi expose chacun à 75.000 euros d'amende. C'est valable aussi pour ceux qui donnent les résultats des votes outre-mer où le scrutin est déjà clos.

Cela n'empêche pas ces sondages de fuiter hors du petit cercle d'initiés et se retrouver, le plus souvent sans être sourcés, sur les réseaux sociaux et sur les sites des médias étrangers (Belges et Suisses surtout) qui ne sont pas tenus au secret jusqu'à 20 heures. Voilà pourquoi, ce dimanche comme en 2012, on devrait trouver des indications à partir de 17h. "Si vous voyez passer des chiffres avant le milieu d'après-midi, c'est du grand n'importe quoi. Vers 18h, ça devient sérieux. Mais attention, prévient un sondeur, ce n'est qu'un sondage, c'est beaucoup moins fiable que les estimations."

QUI AVAIT VU JUSTE EN 2012?

Ce tableau récapitule les estimations données par quatre instituts pour le premier tour de l'élection présidentielle de 2012, comparées aux résultats définitifs annoncés quelques jours plus tard. Tous avaient vu le bon ordre d'arrivée des dix concurrents et tous avaient un peu surestimé le score de Marine Le Pen. C'est Harris Interactive qui avait alors le moins d'écart entre ses chiffres et le résultat.

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