Maroc: Les femmes sont-elles bien représentées dans les médias?

Publication: Mis à jour:
EQUALITY GENDER
Getty Images
Imprimer

PARITÉ - Organisé ce jeudi à Casablanca par le Conseil de l'Europe, un atelier-débat a invité différents intervenantes à évoquer la "représentation médiatique des femmes au Maroc". Un volet où malgré des progrès, de nombreux changements restent encore à opérer.

"L'évolution de la femme dans les sphères politiques, économiques, sociétales n'est plus à démontrer. Malgré la difficulté qu'elles ont pour accéder à des postes de responsabilité, le progrès est là", reconnait ainsi Saida Drissi, présidente de l'Association démocratique des femmes du Maroc (ADFM). "Mais la question qui se pose aujourd'hui est: est-ce que les médias reflètent bien cette image de la femme? Je dirais pas suffisamment", regrette la responsable, pour qui les médias ont le pouvoir de façonner la perception des choses.

"Une honte"

Amina Houjib, journaliste et membre de la Commission Genre du Syndicat national de la presse marocaine, est du même avis. Selon elle, les stéréotypes sur la femme persistent encore dans les médias marocains. "Nous avons constaté un nombre de phénomènes allant dans ce sens dans la presse. Et les stéréotypes les plus alarmants sont véhiculés par la presse électronique", a-t-elle estimé.

"Que nous soyons journalistes, rédacteurs, scénaristes... nous continuons de faire passer une image qui consacre le modèle traditionnel de la femme qui n'existe qu'au travers de son mari, ses enfants, sa cuisine, entre autres", fustige-t-elle. "C'est une honte".

Aussi, lorsqu'il y a des sujets "un peu sérieux", les hommes sont souvent privilégiés. Les femmes, elles, sont confinées à des sujets légers, du caftan à la cuisine, en passant par la beauté. "Tout cela n'est pas inné chez la femme, ce sont les préjugés qu'on véhicule qui consacrent cela", a-t-elle poursuivie.

Khadija Boujanoui, présidente du Comité parité de 2M, dresse le même constat. "Si je prends le cas de 2M, nous sommes pratiquement à la parité concernant les émissions qui sont présentées par des femmes, ou dont le contenu s'adresse à des femmes. Mais là où le bât blesse, c'est sur des émissions qui sont un peu plus pointues. Les femmes sont confinées en général à des rubriques cuisine, décor, santé des enfants..."

Des faiblesses persistent dans les émissions politiques, économiques et culturelles, reconnait-elle, donnant l'exemple avec l'émission de débat politique "Moubacharatan Maâkoum" (ndlr, En direct avec vous), diffusée en direct sur la deuxième chaîne de télévision nationale. "Jamaa Goulehsan, qui est le rédacteur en chef et l'animateur de l'émission, a beaucoup de mal à établir une parité sur son plateau. Nous avons énormément de difficulté à faire venir des femmes politiques. Nous sommes souvent confrontés à des partis politiques qui ne veulent pas se faire représenter par des femmes", explique Khadija Boujanoui.

Contenu à revoir

Les différentes intervenantes ont également mis l'accent sur le fait que les stéréotypes ne sont pas seulement une affaire de contenu purement éditorial, pointant du doigt notamment les publicités et les fictions diffusées à la télévision. Pour y remédier, il y a "tout un système patriarcal qui doit être remis en question", ont souligné les intervenantes.

Au Maroc, les femmes représentent 20% en tant que sujet et sources des nouvelles dans les médias au Maroc, contre 80% pour les hommes, indiquait en mars dernier, un rapport de la Haute autorité de la communication audiovisuelle (HACA).

“Ce pourcentage inscrit le Maroc dans la catégorie où les femmes sont les moins présentes dans les news, même s’il est en avance sur la moyenne moyen-orientale (16%)”, indiquait l'étude préparée dans le cadre du projet.

LIRE AUSSI: