Attentat des Champs-Elysées : les jihadistes ont-ils vraiment décidé de ne frapper que les forces de l'ordre?

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CHAMPS ELYSEES
Masked police stand on top of their vehicle on the Champs Elysees Avenue after a policeman was killed and two others were wounded in a shooting incident in Paris, France, April 20, 2017. REUTERS/Christian Hartmann TPX IMAGES OF THE DAY | Christian Hartmann / Reuters
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TERRORISME - Dès les premières minutes après son attentat, les intentions de l'assaillant des Champs-Elysées étaient limpides. L'homme de 39 ans voulait délibérément s'en prendre aux policiers. Adoubé par Daech, le terroriste a ainsi répondu à l'appel du cadre de l'EI Abou Mohammed Al-Adnani (tué depuis par la coalition) exhortant les jihadistes en occident à s'en prendre aux forces de l'ordre.

"Levez-vous, monothéistes, et défendez votre Etat depuis votre lieu de résidence, où qu'il soit (...) Attaquez les soldats des tyrans, leurs forces de police et de sécurité, leurs services de renseignement et leurs collaborateurs", clamait-il dans un enregistrement audio daté de septembre 2014. De fait, les femmes et hommes en uniforme sont devenus des cibles de choix pour les partisans de Daech.

"C'est l'objectif que de s'attaquer aux symboles de l'État", expliquait ce vendredi 21 avril sur France Info Roger Marion, ex chef de la division nationale anti-terroriste (aujourd'hui sous-direction anti-terroriste).

Sentinelle, Magnanville...

Il n'a pas fallu attendre l'appel d'Abou Mohammed Al-Adnani pour que des jihadistes s'en prennent aux représentants de la sécurité nationale. En 2012, Mohamed Merah avait adopté ce mode d'action. Les 11 et 15 mars de cette année, le tueur au scooter tuait trois militaires par balles dans la rue, à Toulouse et Montauban. Pour autant, il y a bien eu une accélération après le mois septembre 2014. En décembre de cette année-là, un homme d'une vingtaine d'années avait agressé des policiers avec un couteau en criant "Allah Akbar", au commissariat de Joué-lès-Tours, dans le Centre de la France. En janvier 2015, Amédy Coulibaly avait froidement abattu Clarissa Jean-Philippe, policière municipale à Montrouge, en région parisienne.

Au mois de juin 2016, Larossi Abballa exécute un couple de policiers à Magnanville, dans les Yvelines. Depuis le mois de janvier 2015, la force Sentinelle, déployée après les attentats de Charlie Hebdo et de l'Hyper Cacher, a été prise pour cible à quatre reprises. Dernières attaques en date, celle survenue à l'aéroport d'Orly (bien que l'homme n'appartenait pas semble-t-il à une organisation définie), ou celle du Louvre.

Pour autant, si ces derniers éléments pourraient laisser penser que Daech accorde une priorité aux forces de l'ordre depuis le massacre du 13 novembre 2015, rien ne permet de dire que l'EI a changé de stratégie au bénéfice des civils.

Les civils toujours menacés

Si Abou Mohammed Al-Adnani avait effectivement invité les jihadistes à tuer policiers et militaires, il les avait aussi, et dans le message, exhortés à "frapper tout le monde par tous les moyens". Et comme l'expliquait le HuffPost France, ce n'est pas l'EI qui fixe la cible du jour. "Cela peut-être des journalistes, des policiers, des juifs ou des militaires. Mais il est sûr que ce n'est pas l'Etat islamique qui a donné le nom des personnes à abattre ni le jour précis des attaques", nous expliquait Mathieu Guidère, après l'attentat de Magnanville, en banlieue parisienne.

Par ailleurs, les événements récents montrent que l'EI n'a pas du tout (mais alors pas du tout) abandonné l'idée de frapper des civils. À Stockholm, comme à Londres, des civils sont à déplorer parmi les victimes.

Par ailleurs, le projet déjoué cette semaine à Marseille paut laisser penser, par la quantité de TATP (explosifs NDLR) et de munitions retrouvées sur place, que les jihadistes projetaient de viser une cible plus large que les seules forces de l'ordre. L'action s'inscrivant de surcroît dans le contexte d'une élection présidentielle.

En outre, comme le signale Jean-Charles Brisard, du Centre d'analyse du terrorisme, "53% des attentats et projets dans les pays occidentaux depuis 2013 ont visé les forces de l'ordre et militaires". L'autre moitié: des civils.

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