"En Tunisie, 21% des enfants vivent dans la pauvreté," révèle le président de l'Association Tunisienne de Défense des Droits de l'Enfant

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TRAVAIL DES ENFANTS
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"21,5% des enfants tunisiens vivent dans la pauvreté", a déclaré le président de l’Association Tunisienne de Défense des Droits de l'Enfant, Moez Cherif, sur les ondes d'Express Fm. Ce chiffre qui a été élaboré avant la révolution a probablement augmenté ces dernières années, a estimé Cherif.

"Les statistiques sont effrayantes, silencieuses et ne reflètent pas la réalité", a-t-il noté en soulignant que tous les indicateurs mettent en exergue la violation des droits et des libertés de l'enfant.

Il a révélé, par ailleurs, que 2,6% des enfants tunisiens soit 80 mille enfants travaillent. Un phénomène qui ne cesse de croître, selon lui, notamment avec l'amplification de l'économie parallèle. "Les enfants des régions défavorisés sont les plus exploités dans ce genre de travaux difficiles et risqués", a-t-il précisé en révélant que dans la région de Kasserine 6% des enfants travaillent, soit le triple de la moyenne nationale. "Un taux relativement haut par rapport aux autres régions", a-t-il commenté.

Cherif a passé en revue les facteurs qui laissent ces enfants travailler. Il a expliqué, par ailleurs, que le niveau intellectuel de la mère joue un rôle essentiel. "4% des mères analphabètes ont des enfants qui travaillent", a-t-il précisé.

"Il n'a y a pas de travail pour les enfants, c'est de l'exploitation," a-t-il martelé en ajoutant que la fragilité de la structure familiale figure parmi les principaux facteurs de ce phénomène. En effet, certaines familles, pour faire face à leur situation financière assez difficile, choisissent de pousser leurs enfants à quitter les bancs de l'école. ""Les enfants ne sont pas censés procurer de ressources financières pour la famille", a-t-il commenté.

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Cherif a évoqué, d'autre part, le travail à temps partiel des enfants. Il a fait savoir qu'une étude élaborée récemment dans une région à l'intérieur du pays, a montré que le 1/3 des enfants interrogés font des petits boulots avant d'aller à l'école ou durant les vacances.

Le président de l’Association Tunisienne de Défense des Droits de l'Enfant a précisé que "le travail des enfants" est réglementé par la loi et sous certaines conditions. "Il ne faut pas que le travail ait des répercussions sur la physionomie de l'enfant, sur sa psychologie ou ses études. C'est vrai que le travail à un jeune âge permet à l'enfant de s'intégrer dans le tissu social, de développer son esprit de l'entrepreneuriat et de l'initiative, mais ce dernier doit être sous le contrôle de sa famille ou d'une institution qui respecte ses droits", a-t-il dit.

Des stratégies de protection de l'enfance dont le projet baptisé "Tous contre le travail des enfants en Tunisie" ont été lancées en Tunisie pour lutter contre le travail des mineurs et l'abandon scolaire précoce, en particulier pour les fillettes, exploitées ensuite comme aides ménagères. D'après la ministre de la Femme, de la Famille et de l'Enfance, Néziha Laâbidi, les délégués à l'enfance reçoivent chaque année près de 9500 signalements relatifs à l'enfance, y compris ceux signalant le travail des enfants et les agressions dont ils sont victimes.

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La Tunisie s'est engagée à lutter contre le travail des enfants en ratifiant la Convention des Nations Unies relative aux droits de l'enfant (1989) en 1992. La Convention de l'OIT n°138 (1973) sur l'âge minimum d'accès à l'emploi en 1995; et la Convention de l'OIT n°182 (1999) sur les pires formes de travail des enfants en 2000.

Dans le cadre de ces engagements, la Tunisie a établi un cadre législatif et institutionnel pour la protection des enfants touchant la lutte contre le travail des enfants à travers la réforme du Code du Travail, l'élaboration d'un Code pour la Protection de l'Enfance, la loi sur l'éducation obligatoire et la législation en matière de promotion sociale.

Cet engagement national a été réitéré dans la nouvelle Constitution de janvier 2014 qui stipule dans son article 47 que "le droit à la dignité, à la santé, aux soins, à l'éducation et à l'enseignement est garanti à l'enfant vis-à-vis de ses parents et de l'État".

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