Le chef du gouvernement sort de son silence: "Les anciens gouvernements ont fait des promesses irresponsables"

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Plus d’une semaine que le pays vit sur le rythme des protestations sociales qui prennent des dimensions importantes. Après plusieurs réunions et rencontres, le chef du gouvernement, Youssef Chahed, a accordé une interview diffusée sur la chaîne nationale, la chaîne privée Al Hiwar Ettounssi et la radio Mosaïque FM.

Protestations sociales

En une démocratie comme celle la Tunisie, il est tout à fait normal qu’il y ait des protestations sociales à condition qu’elles ne touchent pas à la productivité et à la sûreté. Les citoyens continuent de protester parce que, entre autres, des promesses irresponsables ont été formulées par les différents gouvernements qui se sont succédé sans que rien n’ait été fait. Notre gouvernement ne compte donner aucune promesse ni aucun engagement qui ne peut être réalisé par l’Etat.

Tous les protestataires demandent à ce que d’anciens accords soient appliqués ; personne n’est en train de formuler de nouvelles requêtes. Les habitants de Tataouine veulent que l’Etat soit sincère avec eux; ils n’ont pas besoin que l’Etat réagisse à chaud et lance des promesses irréalisables. En ce qui concerne ma visite à la ville, je ne peux pas le faire sans que j’aie quelque chose de concret à proposer. En ce qui concerne les mesures décidées en début de la semaine, je rappelle qu’en Tataouine il existe une crise de confiance ; les autres gouvernements n’ont pas respecté leurs engagements et, du coup, les citoyens ne croient plus en rien. La méthode du travail était faussée, il faut commencer par exposer la vérité au peuple et, puis, aller proposer de vrais engagements réalistes et réalisables.

Développement et régions intérieures

Pour pouvoir changer le modèle de développement, il faut revoir son concept de l’Etat. Nous avons besoin du retour de la croissance – un point de croissance égale 15 mille emploi – pour pouvoir réellement réaliser la relance économique. Cette machine commence à se faire sentir, nous estimons que notre taux de croissance pour 2017 sera de 2,5%. En attendant, et afin de répondre aux besoins des chômeurs, nous avons mis en place le mécanisme des micros crédits et du contrat de la dignité et ceux afin d’absorber le taux de chômage. Si cela venait à se réaliser, on aura garantit toutes les années à venir. Soit on décide de se partager la croissance, soit on décide de se partager la pauvreté.

Discours politique

Alors que nous vivons plusieurs maux, les plateaux politiques ne tournent autour que de la diffamation, des campagnes de dénigrement, des violations des réputations et des vies privées des autres. Celui qui s’oppose à moi ne me dérange pas ; celui qui me dérange réellement est celui qui s’oppose à l’Etat. Je veux que l’on vienne me confronter, chiffres et dossiers à l’appui… Il faut que le discours politique prenne de la hauteur afin que l’on puisse rétablir la confiance entre l’élite politique et le large public.
En sept mois, nous avons réalisé une grande partie des promesses que nous avons annoncé lors du discours tenu à l’Assemblée des représentants du peuple en août dernier. Tous les partis politiques sont appelés à réviser leur position. Les partis de la coalition au pouvoir ont publié un communiqué soutenant ce que se passe dans quelques villes ; ceci représente une contradiction et cela démontre que les partis politiques en Tunisie ont encore besoin de se structurer.

Les protestations qui se déroulent actuellement sont dues à la régression économique certes mais certains en profitent pour démarrer une campagne électorale prématurée. Les profiteurs existent et cela ne me dérange pas tant que cela ne touche pas à l’Etat et à ses institutions.

Démission du gouvernement

Ceux qui disent que depuis que nous sommes là rien ne s’est passé sont en train de diffuser un discours négatif et faux. Nous avons assuré beaucoup de réalisations qui demeurent, certes, insuffisantes. L’économie nationale est en pleine crise et on ne peut parler de relance sans relancer les moteurs de la croissance. Nos moteurs sont, principalement, le tourisme. Un tourisme qui revient en force pour cette saison. Je salue, par ailleurs, les mineurs pour la reprise de la production du phosphate. Les responsables du FMI estiment que la Tunisie aura un taux de 3% de croissance pour cette année courante. Mais cette croissance peut être suspendue à tout moment. Il faut que tout le monde en soit conscient. En ce qui concerne les réformes (caisses sociales, banques publiques et fonction publique) et nous sommes le premier gouvernement qui travaille réellement sur ce dossier. Pour les caisses sociales, le dernier délai pour le dépôt de notre projet de loi est fixé pour juin prochain. Des réformes lourdes et douloureuses que nous sommes en train d’étudier avec l’UGTT. On ne peut plus continuer sans ces réformes.

Loi d'urgence économique

Nous avons travaillé ce projet de loi parce que nous sommes en urgence économique. Le réel problème de la Tunisie aujourd’hui, en matière d’investissement, est la bureaucratie. Un investisseur peut rester à attendre entre deux et trois ans avant de voir son projet voir le jour. La bonne nouvelle c’est que ce projet de loi sera étudié par l’ARP au cours de ce mois.

Pour la question relative au FMI, je rappelle que contrairement à ce que certains avaient affirmé, une délégation a quand même fait le déplacement en Tunisie. Je rappelle, aussi, que c’est nous qui sommes allés voir le FMI et pas l’inverse. Cela fait plus d’une année que ce dossier est bloqué et notre gouvernement a réussi à le débloquer et la délégation est finalement venue. Le FMI demande des réformes qui sont totalement logiques et que l’Etat doit, dans tous les cas, se pencher dessus.

La lutte contre la corruption

La lutte contre la corruption fait toujours partie de nos priorités. Je signe et persiste ; la place naturelle des corrompus est dans les prisons. Cependant, c’est la justice qui doit les mettre en prison et non pas le chef du gouvernement. Il existe deux problèmes aujourd’hui en Tunisie ; notre arsenal juridique est assez faible et la machine judiciaire est très lente. Le premier problème est en train d’être résolu grâce aux différents projets de loi qui sont en train d’être préparés par notre équipe. Pour la seconde problématique, je rappelle que ce gouvernement est le gouvernement ayant le plus aidé les juges à coup de recrutements et de créations des pôles juridiques spécialisés. La nouvelle Instance de lutte contre la corruption disposera de grandes prérogatives et sera aussi puissante que celle de l’Italie.

Nous avons déjà entamé cette lutte ; il suffit de voir les chiffres relatifs aux saisies de la contrebande pour comprendre l’ampleur de notre ampleur. La mafia existe bel et bien en Tunisie partout, même au niveau de l’Etat. Il est normal que cette guerre prenne du temps.

Je soutiens ouvertement le projet de loi de la réconciliation économique et financière parce que je suis convaincu qu’une fois adapté, il aidera énormément l’économie nationale dans sa relance. Ce gouvernement doit tenir jusqu’aux prochaines élections, il en va de l’intérêt suprême du pays.

Chef du gouvernement ou premier ministre?

Kamel Morjane est libre de dire ce qu’il veut mais cela me renvoie à ce que je disais tout à l’heure ; le discours politique est très loin de la réalité du pays et du peuple. J’attends toujours à ce que l’on me proposer des solutions concrètes pour la résolution du problème du chômage ; de vraies solutions loin de tout populisme et non pas quelque chose qui ressemble aux appels que lancent certains pour que la Tunisie arrête de rembourser ses dettes.

Certains n’aiment pas le fait que je rende visite à des quartiers et des régions en emmenant avec moi de réelles solutions et se mettent du coup, à répandre un discours de désespoir total. Nous avons besoin de la stabilité politique afin de pouvoir continuer notre mission. Malgré tout cela, nous sommes en train de réaliser de vraies avancés. Youssef Chahed a été ramené par le pacte de Carthage. Je suis là pour servir pour le pays et cela ne me ressemble pas de quitter avant de finir ma mission.

Elections municipales

Le gouvernement tient à ce que ces élections soient tenues au cours de cette année. Les préparations battent de leur plein et nous sommes très optimistes par rapport à cela.

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