Entretien avec l'Orchestre National de Barbès: "On peut dire des choses sérieuses en s'amusant" (VIDÉO)

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Mehdi Askeur (à gauche) et Kamel Tenfiche (à droite) | Ibtissam Ouazzani
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MUSIQUE - La place des Nations unies était noire de monde, samedi soir dernier à Casablanca, pour le concert gratuit de l’Orchestre National de Barbès. À l’occasion du festival Jazzablanca, le groupe a réservé au public un concert grandiose avec des sons venus de tout le Maghreb, répandant une ambiance de folie dans toute l'assistance.

Plein d’entrain et sans retenue, les onze membres du groupe se sont donnés à fond pour offrir aux spectateurs une sélection de leurs chansons les plus connues comme "Alaoui", "Sidi Yahia Bnet Paris", ou encore "Adrien" qui ont fait danser les épaules de tous les spectateurs.

Et si le groupe a plusieurs fois changé de tête avec des membres qui viennent et qui s’en vont depuis sa création en 1995, sa musique est restée toujours aussi riche et son énergie ne fait que décupler au fil des années. Aujourd’hui, le groupe qui se veut multiculturel a été rejoint par les artistes français Basile Théoleyre au chant et à la trompette, et Cédric Ricard au saxophone.

L’Orchestre National de Barbès sera en tournée un peu partout en Europe jusqu’à la fin de l’été. Pour leur passage à Casablanca, HuffPost Maroc est allé à la rencontre de deux membres du groupe qui font partie de l’Orchestre National de Barbès depuis le tout début: Kamel Tenfiche, chanteur et percussionniste, et Toufik Mimouni au clavier. Et c'est avec humour et bonne humeur que tous deux ont répondu à nos questions

HuffPost Maroc : La dernière fois que vous êtes venus au Maroc, c’était l’année dernière à Mawazine. Qu’est-ce que ça vous fait de revenir jouer ici?

Toufik: C’est toujours un plaisir de retrouver la scène marocaine et le public marocain. On avait hâte de revenir au Maroc parce que c’est un pays où on se plait à jouer. Dans d’autres pays où on joue, une grande partie des spectateurs ne comprend pas les textes. Mais au Maroc, on comprend tout; les paroles, la musique, la danse… parce qu’on est en quelque sorte des représentants de la culture maghrébine, de ce patrimoine qu’on a essayé de modifier à notre sauce.

Où puisez-vous cette énergie pour être sur scène depuis maintenant plus de 20 ans?

Kamel: Je dirais qu’elle est constitutive de notre personnalité. Il faudrait voir un psy peut-être (rires). On a pris le parti de jouer de la musique festive. Ce qui nous réunit, c’est déjà l’envie d’être heureux ensemble. On n’avait pas envie d’aborder des thèmes qui sont assez lugubres ou ramener des réflexions beaucoup plus sérieuses, quoiqu’on peut dire des choses sérieuses en s’amusant.

Quand on ouvre le journal aujourd’hui, on a plutôt envie de prendre une aspirine. Ce que nous voulons, c’est de faire plaisir au gens et de leur donner un moment où ils peuvent s’évader et oublier le quotidien qui peut être assez lourd.

Le groupe a connu plusieurs membres...

20 ans, c’est quand même une belle tranche de vie! Des musiciens sont partis pour faire leurs propres projets, on a donc fait appel a du sang neuf. Mais ce sont d’abord des collègues et amis musiciens que l’on connaissait avant qui nous rejoignent à chaque fois.

Comment expliquez-vous la longévité de votre groupe?

Kamel: C’est vrai que c’est de plus en plus difficile d’être un groupe au sens étymologique du terme. On a fait en sorte de toujours rester indépendant, ce qui implique peut-être de gagner moins et d'avoir moins d’ouverture médiatique. On a su comment se préserver aussi, parce qu’on n’a jamais fait d’argent, on n'est pas devenue des milliardaires (rires).

Toufik: Une des explications de cette longévité, c’est aussi notre liberté. On produit ce que l’on a envie de produire, sans devoir suivre une mode qui va naturellement s’estomper comme toute les modes. Des fois, il y a des intrus qui cassent un peu les groupes ; ils arrivent au début en nous disant qu’ils sont là pour nous aider, notamment des producteurs, des managers, des maisons de disque... Je ne dis pas qu’ils sont tous fourbes mais parfois, il y a des malentendus et c’est ce qui fait clasher les groupes. Mais on est comme une famille et comme tous les frères: il y a des fois des petites tensions mais on a su préserver notre fraternité.

À quoi devez-vous ce succès intemporel?

Kamel: On a réussi à fédérer une certaine génération. On a eu la chance d’arriver à un moment où le public Maghrébin n’était pas trop représenté et où la scène maghrébine était assez restreinte. Il y avait donc besoin d’un groupe qui représente cette unité.

Un prochain album en préparation?

Effectivement, mais on n’a pas encore tout fini. Le temps de mixer ce qu’on a déjà entamé, il faudra compter fin de l’année 2017 pour que le public puisse l’avoir entre les mains.

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L'Orchestre National de Barbès au Jazzablanca
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