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Le Maroc dans le Top 10 des pays où les restrictions religieuses gouvernementales sont les plus fortes

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YOUSSEF BOUDLAL CASABLANCA
Youssef Boudlal / Reuters
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ENQUÊTE - Le Pew Research Center, think tank américain spécialisé dans l'analyse du fait religieux, a publié le 11 avril son enquête annuelle sur les restrictions religieuses gouvernementales et les hostilités sociales impliquant les groupes religieux. Le Maroc fait partie des 10 pays où ces restrictions religieuses d'origine gouvernementale sont les plus fortes.

L'enquête tient compte de 198 pays dans le monde. Globalement, les deux indicateurs analysés ont évolué négativement depuis 2014. Concernant les restrictions gouvernementales, la région Moyen-Orient/Afrique du Nord est toujours chef de file. Le Maroc fait cette année son entrée dans le classement, aux côtés du Cameroun, des Comores et du Niger. Il se place 10e parmi les pays où le niveau de restrictions gouvernementales est le plus élevé au monde, juste derrière l'Arabie Saoudite (7e), l'Indonésie (8e) et la Syrie (9e). Derrière le Maroc, on retrouve l'Irak (11e) et l'Algérie (12e). Comme en 2014, le classement est une nouvelle fois dominé par l'Égypte et la Chine.

Pressions gouvernementales et sociales

"En 2015, le Maroc a connu une augmentation des indicateurs de la restriction religieuse gouvernementale", souligne au HuffPost Maroc Katayoun Kishi, chercheuse en chef de l'étude. Cette dernière cite notamment les limites de la prédication publique, la régulation des vêtements religieux et l'absence de protection des groupes religieux contre la discrimination. "Par exemple, la politique gouvernementale consistant à ne pas reconnaître les groupes locaux chrétiens, bahaï ou chiites, mais aussi la surveillance gouvernementale de ces groupes, les ont amenés à s'abstenir du culte public", précise Katayoun Kishi. "En effet, les chrétiens ont par exemple rapporté que les autorités marocaines les appelaient sur leur téléphone portable ou fixe, plusieurs fois par an, pour leur faire comprendre qu'ils surveillaient leurs activités en tant que chrétiens", ajoute la chercheuse, qui précise que la communauté chrétienne regrette par ailleurs que le gouvernement ne réponde pas aux plaintes relatives au harcèlement social subi lorsqu'il existe.

"Les femmes portant des hijabs ont aussi eu des difficultés à trouver un emploi dans le secteur privé, mais aussi l'armée ou la police, qui sont considérés comme des entités gouvernementales dans notre analyse", ajoute par ailleurs Katayoun Kishi pour expliquer l'exacerbation rapportée par l'étude des restrictions religieuses gouvernementales au Maroc.

Countries with very high government restrictions on religion

Les hostilités sociales du fait de la religion ont, pour leur part, baissé dans la région Moyen-Orient/Afrique du Nord. Le Maroc apparaît dans la troisième catégorie du classement, celle des pays dits modérés, catégorie qui compte également la présence du Canada, des Pays-Bas mais aussi de l'Iran. À titre comparatif, la France est moins bien lotie et rejoint les pays où le niveau d'hostilités sociales en raison de la religion est élevé, au même titre que le Liban, la Jordanie, mais aussi la Suisse, l'Italie et le Danemark.

Les musulmans parmi les premières victimes

En plus d'analyser les restrictions et hostilités religieuses, le Pew Research Center met en avant les groupes religieux qui en sont victimes. Ceux-ci ont été touchés dans 169 pays cette année, soit 9 de plus que 2014. Les chrétiens et les musulmans sont les premières victimes avec respectivement 128 et 125 pays concernés. "Le harcèlement des membres de groupes religieux spécifiques prend de nombreuses formes: agressions physiques, arrestations et détentions, profanation de lieux saints et discrimination dans l'emploi, l'éducation et le logement. Le harcèlement et l'intimidation comprennent également des agressions verbales contre des membres d'un même groupe religieux par d'autres groupes ou individus", explique le rapport. Les juifs sont loin derrière avec 74 pays concernés.

Christians, Muslims were harassed in rising number of countries in 2015

Dans le détail, les musulmans sont les premières victimes des restrictions gouvernementales: ils apparaissent dans 106 pays, principalement européens. Les gouvernements européens sont en effet passés de 27 pays en 2014 à 32 en 2015. Cela peut s'expliquer par la montée d'amalgames qui a touché l'Europe après les attentats terroristes. Pour les hostilités sociales, ils restent en tête et arrivent ex-aequo avec les chrétiens (94 pays). "Le harcèlement du gouvernement et l'utilisation de la force contre les groupes religieux augmentent à mesure que le nombre record de réfugiés entre en Europe", souligne par ailleurs l'enquête.

"Les chrétiens et les musulmans sont les plus grands groupes religieux au monde - et les plus dispersés sur le plan géographique. Cela aide à expliquer pourquoi les membres de ces groupes sont harcelés dans un si grand nombre de pays. Mais les chrétiens sont encore plus largement dispersés que les musulmans, ce qui signifie que le harcèlement des musulmans dans certains pays affecte une part relativement plus importante de la population musulmane mondiale", souligne l'enquête.

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