Pour le président de la BAD, "ce serait une bonne chose que le Maroc renforce ses liens avec la CEDEAO"

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AKINWUMI ADESINA
Pour le patron de la BAD, "ce serait une bonne chose que le Maroc renforce ses liens avec la CEDEAO" | Ibtissam Ouazzani/HuffPost Maroc
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ÉCONOMIE - Avec 35 opérations en cours, représentant un engagement financier de près de 2,5 milliards de dollars, le Maroc reste le plus important client de la Banque africaine de développement (BAD). L'institution financière vient par exemple de financer, en tant que seul bailleur de fonds international, le nouvel aéroport de Marrakech, à hauteur de 240 millions d'euros. Le patron de la BAD, Akinwumi Adesina, était d'ailleurs ce week-end dans la ville ocre pour participer à l'événement annuel organisé par la fondation du milliardaire soudanais Mo Ibrahim sur la bonne gouvernance en Afrique. Le HuffPost Maroc l'a rencontré.

Le Maroc est votre plus gros client. Comment expliquez-vous cela?

Akinwumi Adesina: Le Maroc est un pays dynamique au niveau de l'économie. Le roi a fait beaucoup d'efforts, en s'appuyant sur sa relation avec l'Afrique mais aussi avec l'Europe. Il y a un mouvement proactif, que ce soit au niveau de l'agriculture, avec le Plan Maroc Vert, mais aussi au niveau de l'énergie avec la construction de la centrale solaire Noor à laquelle nous avons beaucoup participé. La BAD a aussi investi dans d'autres infrastructures, pour permettre la création d'emplois pour les jeunes, l'assainissement de l'eau, le développement du tourisme, etc. Sur ce dernier point, nous avons par exemple financé avec 240 millions d'euros le nouvel aéroport de Marrakech.

La BAD a récemment approuvé le nouveau document de stratégie pour le Maroc, concernant la période 2017-2021. Quels sont les prochains projets pour lesquels la BAD apportera au Maroc son appui financier?

Dans notre stratégie-pays pour les cinq années à venir, le volet auquel nous allons particulièrement nous consacrer est celui de l'agriculture, puisque 70% de la population dépend de celle-ci pour vivre. Il faut augmenter la rentabilité de l'agriculture et le niveau d'employabilité que l'on peut tirer de ce secteur. Nous allons donc beaucoup investir là-dedans. Le Maroc avait d'ailleurs soulevé, lors de la COP22 en novembre dernier, l'importance du programme "Triple A", pour l'adaptation de l'agriculture africaine aux changements climatiques et contre les gaz à effets de serre. Nous allons également continuer l'excellent travail réalisé par le MASEN, l'agence marocaine pour les énergies renouvelables. J'ai été très impressionné par ce qui a été fait à Ouarzazate pour la centrale Noor. Nous allons enfin continuer à investir pour le développement des ports.

La BAD a préconisé de baisser les droits de douane entre le Maroc et les pays subsahariens. Pourquoi? Quels efforts le Maroc devrait-il fournir pour améliorer ses échanges commerciaux avec les autres pays du continent?

La BAD ne dit pas aux pays ce qu'ils doivent faire. Ce sont à eux de décider quelle stratégie fiscale, de change et de tarification adopter. Mais ce qui est important, c'est que le Maroc veut travailler davantage avec le reste du continent. Dans ce cas-là, il faut un mix d'instruments législatifs et financiers qui permettent d'augmenter les échanges avec les pays étrangers.

Que pensez-vous de la volonté du Maroc d'adhérer à la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (CEDEAO)?

Vous savez, dans le monde, on crée beaucoup de petites divisions. Mais la planète est un grand village. Toutes les barrières que nous avons sont soit politiques, soit économiques. Aujourd'hui, avec l'investissement direct à l'étranger qui a lieu partout, il y a une fusion, on baisse les barrières. Je pense que d'ici quelques années, toutes les divisions diminueront. Et il est important pour l'Afrique que le Maroc investisse dans le continent. Ce serait donc une bonne chose que le Maroc renforce ses liens avec la CEDEAO.

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