Le foot féminin palestinien, un "énorme défi" et plein de buts

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SOCER PALESTINE WOMEN
Palestinian female football players (in red) are seen during a qualifying match against Thailand for the Asian Women football Cup in the West Bank town of al-Ram on April 3, 2017. The Palestinian women's football team saw a crushing defeat in their first match in Asian Cup qualifiers -- a 6-0 loss to Thailand -- but for captain Claudie Salameh, the score means little. 'Playing football for girls in Palestine is an enormous challenge,' she said after the match. Palestinian women football players | ABBAS MOMANI via Getty Images
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L'équipe de foot féminine de Palestine vient de se faire écraser 0-6 par la Thaïlande. Mais le score importe peu pour la capitaine Claudie Salameh, "fière" de ses coéquipières qui ont bravé les traditions et les obstacles pour occuper le terrain.

Les autres équipes de ce groupe qualificatif pour la Coupe d'Asie 2018, la Thaïlande et la Chine, se connaissent et s'entraînent depuis longtemps. Avant ce premier match de phase qualificative contre la Thaïlande, les filles au maillot rouge de la Palestine, parentes pauvres d'un sport qui passionne pourtant les Palestiniens, n'avaient jamais joué ensemble et n'ont eu que 20 jours pour se découvrir.

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"Jouer au foot, pour nous les filles en Palestine, est un énorme défi: on fait face au foot mondial mais aussi à notre pays où règne une vision rétrograde des femmes qui jouent au foot", confie à l'AFP Claudie Salameh, ses longs cheveux noirs tirés en arrière, après la cuisante défaite subie à domicile devant des travées très clairsemées du stade Fayçal al-Husseini.

Celui-ci est l'unique arène internationale du foot palestinien à al-Ram, ville palestinienne coupée de Jérusalem par le mur de séparation israélien.

"On doit prouver à notre propre peuple que les filles peuvent et savent jouer au football", poursuit-elle en agitant ses mains aux ongles vernis d'un rouge flamboyant.

Même pas 10 ans

Mercredi, elle jouera avec son équipe le deuxième match qualificatif pour la Coupe d'Asie qui se tiendra en Jordanie voisine l'an prochain. La Palestine recevra la Chine. Les deux derniers membres du groupe C --le Liban et l'île de Guam-- se sont retirés.

Le foot féminin palestinien n'a même pas dix ans. La première équipe a été formée en 2009 avec de maigres moyens et malgré le scandale causé par le spectacle de ces filles pratiquant en short un sport présumé de garçons.

Quatre équipes évoluent aujourd'hui sur de grands terrains, une douzaine en salles. Environ 400 filles de plus de 14 ans en Cisjordanie possèdent une licence de la Fédération palestinienne de football.

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Depuis leur création, les équipes féminines font l'objet de débats byzantins sur leurs tenues vestimentaires et la poursuite ou non de leur activité passé l'âge du mariage. Le sujet a rebondi jusque dans les prêches de certaines mosquées.

Dans la bande de Gaza, enclave recluse séparée de la Cisjordanie par le territoire israélien, seules quelques filles pratiquent le football en salle. Les membres de l'équipe nationale palestinienne viennent soit de Cisjordanie, soit de communautés arabes d'Israël.

Les joueuses palestiniennes font face non seulement aux "obstacles culturels" dressés par leur société, mais à ceux imposés par l'occupation de l'armée israélienne, explique Hanadi Nasser Eddine, en charge du foot féminin au sein de la Fédération palestinienne.

Révolution sportive?

Le football féminin est confronté aux entraves aux déplacements que connaissent les Palestiniens au quotidien du fait de l'occupation. Cette question et celle de l'approvisionnement en équipements sportifs qui transitent par Israël sont régulièrement portées devant les instances internationales.

Aujourd'hui, l'enjeu pour les joueuses et leurs encadrants, bien au-delà des scores, est d'imposer et de pérenniser leur présence.

Riham al-Moghrabi, âgée d'une vingtaine d'années, est l'une des rares à être venues supporter l'équipe nationale, de Jéricho. Dans les gradins, elle assure, drapeau palestinien en main, déceler dans ces joueuses "une force, une volonté et un don qui peuvent les servir autant que servir le pays tout entier". "Jouer au foot pour les filles, ce n'est ni une honte ni un péché", martèle-t-elle.

Bien au contraire, renchérit Jibril Rajoub, le patron du sport palestinien, soucieux de faire apparaître la Palestine, son drapeau et sa cause dans toutes les compétitions internationales, une "révolution sportive" dans laquelle la femme doit avoir "toute sa place".

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