Une étude met en garde contre la vente illégale de reptiles dans les souks marocains

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REPTILE MOROCCO
Une étude met en garde contre la vente illégale de reptiles dans les souks marocains | Youssef Boudlal / Reuters
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VIE ANIMALE - Qui n'a jamais vu au détour d'un souk des serpents, lézards, caméléons ou tortues à vendre, empaillés ou vivants? Si ces reptiles sont vendus principalement à des fins médicinales, mais aussi comme grigris, objets de décoration ou animaux de compagnie, le commerce de ces spécimens pose problème, notamment lorsqu'il s'agit d'espèces rares ou protégées.

Une récente étude menée par une équipe de chercheurs de l'université d'Oxford Brooks en Angleterre, publiée dans la revue spécialisée Contributions to Zoology, pointe ainsi du doigt la vente illicite de certains reptiles au Maroc, qui figurent sur les listes rouges des différentes conventions de protection des espèces menacées d'extinction.

Les scientifiques, qui ont mené leur enquête entre 2013 et 2014 dans une vingtaine de villes au Maroc, ainsi qu'à Sebta et Melilla, ont recensé plus de 1.500 spécimens d'au moins neuf espèces vendus dans 14 marchés marocains, et dont la valeur totale s'élevait à environ 100.000 dollars. Les marchés les plus importants étaient ceux de Marrakech, Meknès, Casablanca et Fès, les deux premiers vendant des quantités égales de spécimens desséchés ou vivants, et les deux derniers commercialisant des spécimens principalement morts.

"Ce que nous avons trouvé de plus surprenant lors de nos enquêtes, c'est que le commerce illégal se fait au vu de tous", indique Vincent Nijman, professeur d'anthropologie à l'Université d'Oxford Brookes, interrogé par le magazine spécialisé Mongabay. "Ces animaux ne sont pas vendus sous le manteau ou sur des marchés noirs, mais on les trouve dans des endroits très fréquentés", ajoute le scientifique. "Nous avons vu la même chose dans de nombreux marchés en Asie et en Afrique tropicale, mais nous ne nous attendions pas à voir cela aux portes de l'Europe. Aussi, les variétés d'animaux mis en vente étaient plus nombreuses que prévu".

morocco lizard

Parmi les animaux vendus, des espèces communes du Maroc, comme le caméléon méditerranéen, mais aussi des tortues grecques et des uromastyx (une sorte de lézard), qui font partie des espèces protégées qui ne peuvent être vendues, selon la Convention de Berne relative à la conservation de la vie sauvage et du milieu naturel de l’Europe, ratifiée par le Maroc.

Par ailleurs, certaines des espèces commercialisées ne proviennent pas du Maroc. L'équipe de chercheurs a ainsi identifié plus de 200 peaux de pythons de Seba et plus de 50 peaux ou spécimens empaillés de crocodiles du Nil, qui peuvent avoir été importés illicitement depuis d'autres pays d'Afrique, expliquent-ils.

Une commercialisation qui se fait en dépit de la protection juridique et de la réglementation prévues au niveau local par les autorités marocaines, et au niveau international par la Convention sur le commerce international des espèces menacées d'extinction (CITES), ratifiée en 1976 par le Maroc.

"Les commerçants ne sont souvent pas en mesure de transmettre aux acheteurs potentiels le statut juridique de ces espèces, ni les restrictions sur le commerce", notent les chercheurs, estimant que l'"application accrue de la législation existante en matière de protection de la faune est nécessaire" pour empêcher ce commerce illicite qui pourrait avoir "un impact négatif" sur les espèces menacées.

turtle morocco

"À moins qu'il soit prouvé que le commerce de ces animaux ne porte pas préjudice à l'espèce, la loi marocaine exige qu'ils ne soient pas vendus", explique un des auteurs de l'étude, Daniel Bergin, de l'Université d'Oxford Brookes. "Une espèce comme le caméléon méditerranéen peut être en mesure de gérer les effets du commerce de ses spécimens, mais pour les espèces vulnérables comme la tortue grecque, l'impact peut être plus grave."

Les auteurs de l'étude rappellent ainsi que les permis ou les certificats de vente de certaines espèces protégées ne peuvent être accordés que si les autorités compétentes (le Haut commissariat aux eaux et forêts et à la lutte contre la désertification) conviennent que certaines conditions sont remplies, notamment que le commerce ne sera pas nuisible à la survie de l'espèce.

"Les autorités marocaines à qui nous avons parlé nous ont clairement fait part de leur volonté de faire respecter les nouvelles lois sur la conservation de la faune, mais elles craignent le manque de ressources. Nous espérons que notre travail pourra les aider à cibler les vendeurs peu scrupuleux", a déclaré Daniel Bergin.

Un point positif néanmoins: les chercheurs n'ont pas vu de reptiles vendus à des fins médicales dans les enclaves espagnoles de Sebta et Melilla, ni dans les villes marocaines limitrophes comme Fnideq ou Beni Nsar. "Cela suggère que le trafic d'animaux du Maroc vers l'Europe via cette route n'existe pas, ou du moins est faible".

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