A la rencontre de Sondes Belhassen: Artiste qui a élu domicile à la médina de Tunis

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Sondos Belhassen est actrice et danseuse tunisienne. Mais pas que! Elle est aussi une des ces figures emblématiques dont la vie à la médina est une manière d'être, faisant des émules et suscitant l'étonnement.

Pour le HuffPost Tunisie, elle revient sur ce choix de vie particulier et aborde, sans langue de bois, les problèmes inhérents à sa vocation première: la danse.

C'est dans sa cuisine colorée que le HuffPost Tunisie la retrouve, entre ses pots de confiture faite maison et ses ustensiles en cuivre à l'ancienne. Ceci n'est pourtant pas un décor de film, mais sa vie, l'authentique. Interview.

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HuffPost Tunisie: Vous vivez à la médina depuis plusieurs années. Pourquoi ce choix?

Sondes Belhassen: Ce choix de la médina est lié au papa de mes filles qui a grandi ici et qui la connait très bien. Je suis là depuis 20 ans et j’ai eu une rencontre assez spéciale avec cet endroit puisque je suis originaire du nord et que je ne connaissais pas du la Médina. Et l’histoire vraie c’est que depuis que je suis entrée dans cette maison, je ne l’ai plus du tout quittée, cela fait 20 ans que je suis là. Depuis, la maison a beaucoup évolué ; on y a fait plusieurs travaux. Des travaux structurels pour commencer, on a refait les toits, il y a eu le passage à l’électricité et, avec les années, c’était devenu des travaux de restauration, selon nos moyens. On a très vite pensé au fait que la maison devait s’autofinancer et c’est là qu’on a créé la chambre bleue grâce à laquelle on a réussi ce pari.

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Parlez-nous de ce projet!

On a deux chambres d’hôtes dans notre maison. Nous avons un site internet et la chambre bleue est très connue puisqu’elle est la première dans le genre dans la médina. Du coup, il y a eu plein d’articles qui sont apparus et c’est comme ça qu’on a commencé à avoir du monde. On a une clientèle très sympathique et diverse. Au début, en 2008, on a commencé par des collègues universitaires et après le site, on a commencé avec les touristes et d’autres personnes qui viennent en Tunisie pour des missions. Par contre, il est très rare qu’on ait de la clientèle tunisienne.

C'est facile de vivre ici au quotidien?

On me pose souvent la question de la commodité de vivre ici. Pour moi, ce n’est pas une question de pratique ; si on arrive avec des idées préconçues et on les applique, ce n’est pas possible. Si on veut avoir son propre parking, garer sa voiture devant chez soi, avoir un jardin etc, on ne peut pas le faire ici. Soit on adapte sa vie à ce que propose la médina, soit on s’installe ailleurs. On n’est pas du tout dans un mode de vie à la traditionnelle, on vit tous d’une manière hyper moderne à la médina, plus moderne qu’ailleurs. J’ai une voiture que j’utilise moins que les autres parce que je fais à pied ce que les autres font en voiture. Je ne me sens pas si différentes des personnes qui habitent les vieilles villes ailleurs, que cela soit à Marseille ou à Lille ou ailleurs. Cela reste le même mode de vie!

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Les gens que vous côtoyez ici comprennent-ils ce choix?

J’ai plein de voisins qui se demandent pourquoi je vis ici et, finalement, on cohabite très bien, parce que je trouve que dans la médina les gens sont beaucoup plus tolérants qu’ailleurs. C’est vraiment un vivre-ensemble très agréable. Il y a une vraie vie de quartier. Pour mes filles, on a choisi de les mettre dans une école de quartier parce que, pour nous, l’insertion sociale se fait à l’école et elle ne se fait pas uniquement avec des élèves de l’école, elle se fait surtout dans le voisinage. Pour elles, ça a été très intense. Mes filles sortent et rodent dans la ville et cela est très important. Pour moi, vivre ici, c’est aussi avoir des repères, connaître la ville et les gens.

Peut-on être stigmatisé en Tunisie parce qu'on est danseur? Rochdi Belgasmi est l'exemple que oui, visiblement...

Il y a des choses qui bougent et je pense que comme tous les arts, il y a une ébullition qui va aboutir à quelque chose. Je crois que Rochdi joue beaucoup sur le fait d’être stigmatisé parce qu’il est danseur. Moi je ne suis pas du tout stigmatisée, je ne me suis jamais sentie stigmatisée et je ne me permettrai pas de baser mon travail sur une stigmatisation quelconque.

Lorsqu’on est stigmatisé, il y a un problème peut-être avec soi ou peut-être avec le regard qu’on porte sur son propre métier. Je ne pense pas qu’en Tunisie on en soit là. Bien sûr, il y aura toujours des personnes pour critiquer. Pour moi, c’est à la limite mesquin. Je n’ai jamais senti dans le regard des autres un retour négatif sur moi-même. Il y a une incompréhension c’est vrai, un manque de savoir profond de ce métier c’est vrai, mais il n’y a pas de stigmatisation.

Je n’ai jamais été ni humiliée ni agressée à cause de ce que je fais. Au contraire, parfois lorsque je dis que je suis danseuse, les gens sont émerveillés. Il faut permettre aux gens de ne pas comprendre ce métier parce qu’il n’est pas visible mais de là à parler de stigmatisation…

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