Tunisie: Quelle démocratie en réprimant les personnes pour leur orientation sexuelle? Un doc y répond

Publication: Mis à jour:
Imprimer

En 37 minutes, un concentré d'histoires affligeantes, certaines sont connues, ont fait la Une des médias mais cette fois-ci, ce sont les personnes concernées qui témoignent, avec leurs mots pour exprimer leurs maux et les maux de toute une frange de la société qui refuse de les voir, qui les moleste parce qu'ils sont différents, parce qu'ils sont des homosexuels.

"Au pays de la démocratie naissance", documentaire produit par l'association Shams pour la dépénalisation de l'homosexualité, dresse les contractions de cette démocratie en gestation, entre ses prétentions démocratiques vantant la préservation des libertés individuelles, de la vie privée, l'intégrité physique et morale de la personne et l'autre face, sombre, jonchée par des affaires en série de chasse aux homosexuels pratiquée par les appareils de l'Etat ou les citoyens. Entre agressions de tous genres, des arrestations qui se succèdent, les tests anaux..."On est loin, très loin de l'idéal démocratique, de l'essence de la Constitution, de toute humanisme", déplorent les témoignages.

Crus et tempérés par un brin d'ironie, les récits crachent la réalité telle qu'elle, sans détour, non maquillée en racontant le calvaire du passage au test anal, l'humiliation subie, la dignité bafouée par le corps médical et les policiers, les insultes entendues et les gestes torturants, en fouillant dans l'intimité des personnes. Une intimité érigée en des affaires publiques.

Ces personnes livrent leur tourmente avec des vies basculées, des familles qui les rejettent ou des amis distants, une vie sous menace, instable et précaire et des gens qui intrumentalisent leur malheurs.

Et les menaces sont multiples émanant aussi bien de l'Etat que des citoyens avec le même mode opératoire: les délits de faciès. Agressés en plein rue, au vu et au su des passants parce que "ils ont l'air" d'être des homosexuels, parce qu'ils ont les cheveux longs et portent un piercing.

Un délit de faciès pratiqué aussi par les autorités. C'est ainsi qu'une fille a été condamnée à six mois de prison ferme pour lesbianisme avec comme moyen de preuve un piercing au nombril!, se souvient Ghazi Mrabet, avocat, dans le documentaire.

Face à ces oppressions, les témoignages racontent comment ils sont sommés de garder le silence, de ne pas porter plainte car l'article 230 du code pénal criminalisant l'homosexualité est une épée de Damoclès qui pèse sur les victimes qui ont peur d'être considérées comme des coupables par les policiers. Une impunité sévissant dans la société qui enfonce les plaies des victimes.

Entre ras-le-bol, peur, sentiment de tout perdre, les trajectoires de ceux qui ont témoigné vacillent entre volonté combative de vaincre l'oppression et les autres, les yeux rivés ailleurs, en attente d'une délivrance, ceux ayant perdu la foi dans cette démocratie en naissance, trébuchante, qui peine à voir le jour et les voir notamment.

LIRE AUSSI:

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Facebook.

À lire aussi sur le HuffPost Maghreb

Close
Personnalités tunisiennes contre la criminalisation de l'homosexualité
sur
Partager
Tweeter
PUBLICITÉ
Partager
fermer
Image affichée

Suggérer une correction