Législatives: Le ministre de la Communication veut interdire aux médias de parler de boycott, un "abus de pouvoir" selon des responsables de la presse

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Le ministre de la Communication Hamid Grine a adressé mardi 28 mars une circulaire à l'ensemble des médias dans laquelle il leur interdit de donner la parole aux boycotteurs des prochaines législatives, une mesure "anti-démocratique" selon des responsables de la presse.

La circulaire N°: 036/2017, intitulée "Charte pour une couverture médiatique éthique et équitable des élections législatives du 4 Mai 2017", a été adressée à l'ensemble des médias, publics et privés. Le document comporte 10 "engagements" estimés nécessaires par le département de Grine pour une couverture " équitable, impartiale et objective" du prochain scrutin.

Le rôle des médias serait "de veiller à la sensibilisation des électeurs sur l’exercice de leur droit de vote", selon la 2e "recommandation" de la circulaire de Hamid Grine. "Ils ne doivent en aucun cas œuvrer à décrédibiliser les élections ou donner la parole à des parties qui appellent au boycott", estime le ministère de la Communication.

Des partis et des personnalités politiques de l'opposition ont décidé de boycotter les législatives du 4 mai, dont la formation "Talaie El-Houriat" d'Ali Benflis. L'ancien candidat à la présidentielle a affirmé janvier dernier que le vote était "joué à l'avance" et qu'il sera entaché de fraude.

Jil Jadid a également exprimé son refus de participer à une élection qu'il a qualifié de "mascarade".

Pour des responsables de médias privés, le "souhait" du ministre va à l'encontre des règles de l'éthique que cette circulaire est censée rappeler.

Selon la directrice de publication du quotidien Al Fadjr Hadda Hazem, empêcher les boycotteurs de parler aux médias est anti-démocratique. "Les partis reconnus ont le droit de donner leur avis sur les élections, qu'ils soient pour ou contre ce scrutin", a-t-elle indiqué.

"L'abstention ou le boycott sont des comportements politiques respectables dans l'absolu et encore plus s'ils sont basés sur une vision et un argumentaire politique", a affirmé le rédacteur en chef d'un média électronique. "Les ignorer serait faire de l'éthique Grine qui n'a rien à voir avec l'éthique tout court. C'est un abus de pouvoir", a-t-il expliqué.

"La presse couvre ce qu'il y a sur le terrain, les participants comme les boycotteurs. Cela fait partie des opinions libres", a-t-il ajouté.

Le autres "commandements" de la circulaire rappellent des pratiques élémentaires du journalisme, dont l'impartialité, la transparence et l'équité. Des principes qui s'appliquent non seulement à la couverture des législatives de mai 2017 mais au travail de la presse en général.

"Le ministre de la Communication en est toujours au stade de chef de service qui surveille la pointeuse. Il n'arrive pas à dépasser cette étape", a affirmé Ihsane El Kadi, directeur du pôle éditorial d'Interface Médias.

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