La BBC suit le voyage d'une robe "made in Morocco"... pas si marocaine

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ÉCONOMIE - "Ce vêtement a sûrement voyagé plus que vous". C'est le constat établi par une journaliste de la BBC, qui a suivi la production d'une robe Zara à travers le monde. Car même s'il est écrit "made in Morocco" sur son étiquette, la robe a traversé au moins six pays avant d'atterrir dans votre placard.

À commencer par l'Europe, où se trouvent les arbres fournissant le lyocell, la fibre bio qui a servi à sa confection. Ces fibres sont expédiées en Égypte, où elles sont transformées en fil. Ce fil est ensuite envoyé en Chine, où il est tissé. Puis direction l'Espagne, où le tissu est teint, puis le Maroc, où il est cousu.

zara dress journey

Difficile traçabilité

La robe est enfin retournée en Espagne pour être empaquetée, avant d'être envoyée dans l'un des 2.000 magasins Zara détenus par le groupe espagnol Inditex dans le monde. Un périple qui en dit long sur les effets de la mondialisation sur la traçabilité de ce que nous achetons ou consommons.

En effet, si la plupart des vêtements d'Inditex sont produits près de son siège en Espagne ou dans des pays voisins comme le Portugal, le Maroc et la Turquie, pour certains concurrents du groupe, le voyage pourrait être encore plus long.

Car "peu importe où elles sont basées, la plupart des usines ne sont pas la propriété des marques de mode" qui en font leurs "fournisseurs officiels", fait remarquer la journaliste de la BBC. Et bien souvent, "ces fournisseurs sous-traitent le travail à d'autres usines pour certaines tâches, ou pour respecter les délais serrés" de fabrication.

Difficile dans ces conditions de suivre le cheminement exact de la production d'un vêtement. Lors de l'effondrement de l'immeuble Rana Plaza en avril 2013 au Bangladesh, qui avait provoqué la mort de 1.138 personnes, certaines grandes marques internationales ne savaient même pas que plusieurs de leurs vêtements étaient produits dans les nombreux ateliers de confection que le bâtiment abritait.

"Who made my clothes?"

Ainsi, selon un rapport des associations Christian Aid et Baptist World Aid Australia, cité par la BBC, "seulement 16% des 87 plus grandes marques de mode publient une liste complète des usines où leurs vêtements sont cousus, et moins d'un cinquième des marques savent d'où proviennent leurs fermetures éclair, boutons, fil et tissu".

Une tendance que certaines associations entendent bien renverser. C'est le cas du groupe à but non lucratif "Fashion Revolution", qui lance chaque année au moment de la commémoration du drame du Rana Plaza une campagne #WhoMadeMyClothes ("qui a fabriqué mes vêtements").

"L'industrie mondiale de la mode est opaque, elle exploite, nuit à l'environnement et a désespérément besoin d'un changement révolutionnaire", écrit l'association. "Nous aimons la mode, mais nous ne voulons pas que nos vêtements soient produits au prix des gens ou de notre planète".

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