À la découverte d'Ahmed Blaïch: Passion Médina

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Ahmed Blaïch est un enfant de la Médina de Tunis. Il y est né, y a grandi et continue à y vivre lui et sa famille. Alors qu'il voit ses amis d'enfances quitter les-uns après les autres la Médina, il a préféré y rester, son quotidien fait de rituels et de filiation.

"L'appel de la Médina"

Après avoir étudié à la "Sadkia" -"la troisième génération après mon grand-père et mon père"-, Ahmed se lance et devient architecte: "Mes parents voulaient que je fasse ingénieur. Je l'ai fait, puis j'ai décidé de reprendre ce que j'aimais vraiment, l'architecture".

Reprenant ses études à Sidi Abdeslam, "toujours dans les murailles de la Médina", Ahmed trouve enfin sa voie: "Je me plaisais à dire que je n'ai jamais quitté les murailles de la Médina", affirme-t-il. "Rien que l'idée me plaisait et c'est là que j'ai réalisé que je ne voulais pas la quitter, je ne voulais pas partir ailleurs".

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Malgré des étés passés en famille à Kheireddine et une forme d'amour éprouvée pour cette ville, cela représentait plutôt une "soupape" qui ne faisait que renforcer "l'appel de la Médina": "j'avais plusieurs amis qui, au fil du temps, partaient pour la banlieue, mais ne revenaient jamais à la Médina, cela me paraissait bizarre. Je ne comprenais pas comment on ne pouvait pas y revenir, comment ne pas revenir à la source", s'interroge-t-il.

Comme il l'affirme fièrement: La Médina reste le "centre" vers lequel Ahmed revient toujours.

Un lieu de repos

"Je n'ai pas eu le choix d'habiter à la Médina étant jeune, ce n'est que plus vieux que je l'ai eu ce choix", relate Ahmed avant d'ajouter: "la Médina est pour moi un lieu de repos, de villégiature", affirme ce jeune architecte qui a pourtant choisi de baser son étude loin de la Médina: "C'est un choix" qu'il assume.

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"je n'ai pas voulu que ce soit mon lieu de travail" affirme-t-il avant d'ajouter: "J'ai proscrit toute idée de travailler ici, même si je peux m'exprimer ici parce que le lieu de travail est une chose et le lieu d'expression et l'expression elle-même en sont une autre".

Si la Médina, lui laisse la latitude nécessaire de réfléchir, envisager, dessiner les espaces, il base cependant son étude ailleurs où "Il y a un autre rituel" qu'il met en place. Avec un petit potager dans son lieu de travail, il y retrouve "un rapport à la terre": "des choses que je n'ai pas à la Médina, qui est un lieu assez minéral", affirme Ahmed.

Pour Ahmed, "ici, c'est à la fois le lieu où j'habite mais aussi un lieu de retraite où je trouve la tranquillité et le recul pour pouvoir m'exprimer après sur mon lieu de travail"

Le fantasme de la filiation

La Médina représente pour lui un lieu où "l'on se laisse aller", où "il redécouvre sans cesse des lieux" qu'il connait. Mais plus encore, des lieux où il affirme trouver une filiation qu'il voudrait voir se perpétuer: "J'ai ce fantasme de la filiation. Mon fils qui est né ici sera la 7eme génération à habiter dans cette maison. Elle a été construite en 1700 et quelques et El Ali a été construit en 1800 et quelques".

Même au niveau de la maison au sein de laquelle il habite, Ahmed voit ce lien de filiation, de transmission générationnel: "Même au niveau de la maison, on le voit. El Makhzen a été construit dans les années 1700, El Ali dans les années 1800, El Rakba en 1930. À peu près 100 ans à chaque fois. Et là dans les années 2000, inconsciemment j'ai commencé un chantier à mon tour. Je me suis dit 'tiens, chaque 100 ans, il y a quelque chose qui se passe dans cette maison' ".

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Ce lien de filiation, de transmission, il tente de le mettre en valeur dans son travail: "J'ai très vite saisi cette idée de transmission et je continue d'essayer de transmettre ça, même dans mon travail", affirme-t-il avant d'ajouter: "La maison m'influence tous les jours. Dans mon travail mais aussi dans ma manière d'appréhender les espaces et les hommes".

Ritualisation de la Médina

Bien qu'il en connaisse les moindres recoins, Ahmed affirme redécouvrir la Médina tous les jours dans les yeux des autres: "ce que j'aime par dessus tout, c'est de la faire découvrir aux autres, de la redécouvrir dans les yeux des autres (...) parce que quand tu passes devant tous les jours, tu ne te la représentes plus de la même manière", affirme-t-il.

Mais plus encore, ce qu'Ahmed trouve à la Médina, c'est un côté "rituel": "Le fait d'habiter ici m'a donné cette notion de rituel. Quand je rentrais de la Sadkia, je devais absolument passer par Souk El Chaouachia, chez Fathi Blaïch pour boire un verre d'eau. J'entrais dans sa boutique, il était assis à l'intérieur et il y avait un rapport intéressant entre la profondeur et la largeur. Il y avait un éclairage zénithal sur Si Fathi derrière le comptoir avec sa chechia, et c'était une vision que j'adorais, que j'attendais avec impatience" et qu'Ahmed répétait tous les jours. "Aujourd'hui encore parfois, je passe le voir dans sa boutique", affirme-t-il.

Cette ritualisation Ahmed la laisse même s'exprimer dans ses projets: "J'ai travaillé un projet pour Dream citiy avec le collectif Wamda. On voulait faire un projet sur la liberté de se mouvoir avec un aspect assez philosophique. L'idée était de traverser la Médina en passant par les ruelles du Souk puis monter sur les toits...mais on n'a pas pu le faire", regrette-t-il.

Puis surgit un souvenir d'enfance: "Je rentre dans la driba à ciel ouvert avec des murs de près de 11 mètres de hauteurs, le tout recouvert de chaux. Tout était blanc, même le pavé par terre. J'ai levé les yeux au ciel: je voyais les nuages, les oiseaux, j'entendais les bruits du souk, des tanneurs qui travaillaient...et à un certain moment j'étais à l'intérieur de moi-même, je faisais un voyage hors du temps".

C'est avec ce souvenir d'enfance que le collectif met en place un projet pour Dream City: des personnes venaient s'allonger dans des boxs tout blanc et regardaient le ciel: "les gens le vivaient. Quand ils sortaient des boxs ils nous prenaient dans leurs bras" car "les sens étaient sollicités, on devient sensibles à un tas de choses".

C'est encore en ritualisant sa Médina qu'Ahmed a contribué à ce projet: "Cette notion de rituelle se retrouve partout finalement", conclut-il dans un sourire.

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