À Paris, près de Barbès, des mineurs marocains drogués à la colle inquiètent le voisinage

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MOROCCAN CHILD GLUE
Un jeune garçon sniffe de la colle à Tanger, octobre 2009 | Rafael Marchante / Reuters
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DÉLINQUANCE - Ils seraient près d'une trentaine de mineurs marocains clandestins à errer dans les rues du nord de Paris, entre les quartiers de la Goutte d'Or, La Chapelle et Barbès, dans le 18e arrondissement. Très jeunes - entre 9 et 16 ans selon les témoignages -, ils sont tous arrivés du Maroc il y a quelques mois en passant par l'Espagne.

Toute la journée, ils se shootent à la colle dans les rues de la capitale française, agressent parfois les passants et dorment dans des parcs ou des squats, complètement livrés à eux-mêmes. Le phénomène commence à faire couler de l'encre dans la presse de l'Hexagone. Le Monde et France Info ont récemment consacré des reportages à ce sujet. Car les habitants du quartier commencent à craindre pour leur sécurité.

"L'un d'eux qui n'avait même pas 12 ans m'a frappée"

"Il y a quelques semaines, vers 23h, j'ai subi un début d'agression dans la rue à côté de chez moi par des gamins défoncés", témoigne au HuffPost Maroc Rania, une Marocaine installée à Paris.

"L'un d'eux qui n'avait même pas 12 ans m'a frappée en me traitant de tous les noms et ce n'est qu'au moment où j'ai répliqué en darija en le bousculant qu'il a eu un moment de lucidité", explique-t-elle. "Quand il a vu que j'étais de 'chez lui', le plus grand s'est excusé et a dit aux autres de me foutre la paix. Ils avaient l'intention de me dépouiller".

Les commerçants et le voisinage voient d'un très mauvais œil cette arrivée soudaine de jeunes mineurs difficiles à gérer, tant ils sont défoncés. "Un soir, on en a vu un se balader avec une machette qui était quasiment plus grande que lui", raconte Theodore, restaurateur dans le quartier, au micro de France Info.

Mohammed, un boucher qui travaille face à un square du 18e arrondissement dans lequel dorment certains de ces gamins des rues, raconte qu'il a dû recueillir dans son magasin une femme âgée qui se faisait agresser. "J'ai essayé de les raisonner, de leur dire que c'était pas comme ça la vie, qu'il fallait être gentil, faire un stage, mais malheureusement ils sont drogués donc ils sont inconscients", déplore-t-il.

L'arrivée de ces jeunes Marocains a alerté les services sociaux de la ville de Paris, qui a mandaté plusieurs associations pour s'occuper d'eux. C'est le cas de Hors la Rue, ONG qui apporte un soutien aux mineurs étrangers en danger. "Cela fait un mois et demi qu'on travaille avec ces jeunes. On part à leur rencontre pour essayer d'établir un lien, une relation de confiance", explique au HuffPost Maroc Séverine Canale, responsable de communication de l'association.

"Une dizaine d'entre eux sont toxicomanes"

Une petite équipe mobile d'éducateurs spécialisés, dont un arabophone spécialement embauché pour cette intervention, va dans la rue auprès des mineurs marocains pour les encourager à se rendre dans le centre de l'association où ils peuvent dormir, se restaurer, prendre des douches et laver leur linge. "Certains d'entre eux sont venus plusieurs fois, d'autres jamais", explique la responsable.

Selon elle, si le problème d'errance des mineurs n'est pas propre à ces jeunes en particulier, l'aspect toxicomanie est nouveau pour l'association, qui n'avait pas encore eu à gérer des mineurs drogués à la colle. "Une dizaine d'entre eux sont toxicomanes", indique-t-elle. D'où la mise en place rapide de mesures d'intervention par la mairie du 18e arrondissement. Un centre d'hébergement de nuit a notamment ouvert pour les accueillir.

L'association Trajectoires, spécialisée dans la prise en compte des migrants qui vivent dans des bidonvilles et squats en France, a également tenté de comprendre d'où venaient ces Marocains et ce qui les avait amenés jusqu'à Paris. "A priori, ce sont des enfants des rues", explique le sociologue Olivier Peyroux, membre de l’association, au Monde. "Ils semblent errer en Europe, sans stratégie migratoire claire".

Même combat à Sebta et Melilla

Le phénomène n'est pas propre à la France. Dans les enclaves espagnoles de Sebta et Melilla, au nord du Maroc, ils sont plusieurs dizaines voire centaines à traîner dans les rues, dans l'espoir de rejoindre la péninsule.

Selon les médias locaux, ils seraient 170 à Sebta et plus de 500 à Melilla. Le 10 mars, le meurtre d'un jeune de 20 ans qui aurait été poignardé par un de ces mineurs marocains clandestins a de nouveau soulevé le problème dans les colonnes des journaux ibériques.

La semaine dernière, le ministre espagnol de la Justice a estimé qu'il était nécessaire de renforcer la coopération avec le Maroc pour tenter de "réduire" l'arrivée à Melilla d'enfants non accompagnés du Maroc, compte tenu des "situations de tension très élevée" qui ont lieu dans la ville.

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