Interview d'Emmanuelle Bastide, journaliste à RFI: "Il faut plus de médias dirigés par des femmes"

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Présente à Tunis dans le cadre de la journée "Éducation aux médias et à l'information" au Lycée Gustave Flaubert de Tunis, Emmanuelle Bastide, journaliste à Radio France International (RFI) a accordé au HuffPost Tunisie une interview.

Cette radio qui fait partie du groupe France Media Monde, qui comporte RFI, une radio en langue arabe Monte Carlo Doualiya MCD ou encore la célèbre chaine d’information France 24 ses émissions en 15 langues. Cependant, la langue française est la plus écoutée, du au nombre de francophones. Alors quand Emmanuelle Bastide affirme que "nous sommes la radio plus écoutée en Afrique Sub-Saharienne", aucune question ne se pose!

Emmanuelle Bastide est donc comme dit plus haut, une personnalité journalistique très connue qui tire sa passion de son père: "Mon père m’emmenait en studio très jeune, tous les samedis" affirme-t-elle. En effet, François-Régis Bastide était un animateur de radio française, en parallèle d’être auteur, diplomate et éditeur. "J’ai été très très vite -enfant- intégrée dans le monde de la radio. Je faisais déjà des émissions de radio, toute seule dans ma chambre avec mon magnétocassette où je m’amusais à présenter des journaux". Il est donc naturel que, à 18 ans, son premier stage fut dans un journal et à 22 ans, elle écrit ses premières piges étudiantes journalistiques.

Depuis, 2010, son émission "7 milliard de voisins" est une émission phare de RFI. Dans celle-ci, elle essaye d’introduire une notion d'un "monde de bisounours". "Certes nous sommes 7 milliard de différentes cultures, différentes religions, différentes langues mais on finira tous dans une boite, sous la terre" affirme-t-elle indiquant que malgré les différences, les moments durs réunissent: "une femme qui perd son enfant quel que soit le pays, c’est un drame. Un jeune qui ne peut pas aller à l’école, quel que soit le pays, c’est un drame (...)". Ces histoires-là concernent absolument tout le monde rapporte-t-elle.

Une émission d'interaction

Une partie des auditeurs aime renvoyer les journaliste de RFI à leur image de journaliste occidentaux et complètement formatés par la mentalité occidentale. "Tout le monde est comme ça, mais il y a beaucoup de choses universelles, qui touchent tout le monde qu’il faut accepter (…) Tout le monde peut débattre de tout dans notre émission voilà notre but".

Forte de près de 7 ans d'expérience à la tête de l'émission, Emmanuelle Bastide sait qu'une interaction entre l’auditeur et les chroniqueurs est attendue. Beaucoup de retour leur arrivent donc. Ces retours proviennent essentiellement d’Afrique Sub-Saharienne, des hommes principalement.

Revenant sur sa déclaration au journal Le Monde au cours de laquelle elle a affirmé que peu de femmes appelaient pour témoigner et qu'une discrimination positive était faite pour les encourager, celle-ci rétorque que de nombreuses femmes n’ont pas beaucoup confiance en elles, encore plus dans ces régions. "Quand elles appellent, elles sont plus éduquées, plus brillantes pour intervenir que la majorité des auditeurs" ajoutant que "celles qui appellent c’est vraiment le top, le gratin".

Cependant selon elle, même si une femme est bien éduquée, qui comprend et qui parle bien le français, elle n’écoutera pas RFI pour faute de temps: "Pourquoi? Elle n’écoute pas RFI non pas parce qu’elle ne comprend pas le français, mais parce qu’elle n’a pas le temps, et encore moins le temps d’appeler un standard!" affirme Emmanuelle Bastide.

La journée des femmes étant remplies, écouter ou appeler RFI n'est pas pour elles une priorité mais "cette discrimination positive est là pour dire aux femmes que l’on peut discuter sur des sujets qui les concernent également".

Le paysage médiatique est entrain de changer

Pour rester dans l’idée féministe, la place de la femme dans les médias français est ressorti: " Le journalisme est un métier qui se féminise. On dit qu’un métier qui se féminise est un métier qui se fait moins bien payer, comme les enseignants aujourd’hui" rapporte-t-elle.

Le paysage des médias, pour Emmanuelle Bastide, est en train inéluctablement de changer: "Des coups durs sont quand même à attendre pour les femmes" craint-elle.

Cette évolution la journaliste le remarque dans ses émissions même si: "je me rend compte que je suis dans une bulle privilégiée due entre autre à notre direction. […] Là où il y’a un grand travail à faire, c’est qu’il faudrait qu’il y ait plus de médias dirigés par des femmes" conclut-elle.

Cet article a été rédigé par Abdelaziz Smaïl en collaboration avec Rayan Beizig, Cyrine Grar, Pauline Delattre et Lina Michelucci, élèves du Lycée Gustave Flaubert de la Marsa dans le cadre de la journée "Éducation aux médias et à l'information". Cette journée s'inscrit dans le cadre de l’année de l’éducation aux médias et à l’information et de la 28ème édition de la semaine de la presse et des médias dans l’école.

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