L'interview de Béji Caïd Essebsi à l'occasion du 20 mars en 10 points

Publication: Mis à jour:
BCE
Facebook/Présidence de la république
Imprimer

A l’occasion du 61e anniversaire de l’Indépendance, le président de la République, Béji Caïd Essebsi, a accordé une interview à la télévision nationale 1. Le journaliste chroniqueur Mourad Zegheidi a mené l’entretien. Avant d’entamer la rencontre, les caméras de la télévision nationale ont fait le tour du Palais de Carthage voulant ainsi transmettre aux téléspectateurs ce qu'il recèle et ce qu'il symbolise. L'animateur était accompagné, lors de la visite par le chef de l’Etat, qui a donné quelques détails sur l’Histoire du pays.

61e anniversaire de l’Indépendance et la deuxième République:

"Chaque changement génère des difficultés et des sacrifices. Pour arriver au 20 mars, des générations entières ont présenté des sacrifices sans nom", a rappelé BCE et de lancer que "pour construire la deuxième République, il faut présenter des sacrifices qui sont, certes, d’un autre type mais qui sont tout aussi amères que les autres".

Beji Caïd Essebsi a ajouté que "migrer vers la démocratie n’est pas chose facile et cela peut prendre de longues années. Aujourd’hui, nous avons un président de la République directement élu par le peuple, ce qui présente une nouvelle dans l’Histoire de notre pays, cela est aussi valable pour l’Assemblée des représentants du peuple (ARP). La classe politique actuelle, contrairement à ce que se dit, est en train de se sacrifier pour cette transition".

Enchaînant que la perception que l'on a de la politique, BCE a avancé qu'elle ne reflète pas toujours la réalité et qu'il existe des jugements sévères à l’encontre de la classe politique qui est en train de faire son travail. "L’opposition est dans son rôle avec ses critiques et celui qui n’accepte pas les critiques ne peut pas faire de la politique", a lancé le président de la République.

Régime politique actuel:

"Nous sommes en démocratie depuis deux ans et quelques mois (2014) et ce grâce à l’adoption de notre nouvelle Constitution", a rappelé BCE avant d'ajouter que "nous sommes pleins de volonté pour appliquer à la lettre cette Constitution mais nous rencontrons plusieurs difficultés".

Faisant référence à Habib Bourguiba qui disait que si la Tunisie devait, un jour, vivre des jours noirs, cela serait causé par ses propres enfants, BCE a jugé sévères ces propos précisant que "c’est grâce à ses enfants que la Tunisie a réussi à arracher son indépendance".

"Je tiens à rappeler que notre Constitution stipule que notre Etat civil et que son peuple est musulman. En tant que président de la République, je suis appelé à garantir la bonne application de la Constitution qui n’est pas du Coran d’ailleurs et s’il existe un courant qui souhaite changer le régime, cela n’est pas interdit", a lancé le résident de la République.

La souveraineté militaire de la Tunisie:

Quant à la souveraineté tunisienne, BCE a indiqué qu'elle "ne peut pas être divisée et qu'avec notre régime actuel, la souveraineté est entre les mains du peuple qui choisit lui-même ceux qui le gouvernent. Toute décision politique doit impérativement respecter la souveraineté du pays".

La Tunisie collabore avec plusieurs pays sur le plan militaire mais son Armée nationale est financée principalement par l’Etat, a déclaré le président de la République. Et d'ajouter que "ces collaborations se font actuellement dans le cadre d’une entre aide entre différents pays, dont les Etats-Unis d’Amérique, pour la lutte contre le terrorisme qui nous est complètement étrangère".

"Les Américains nous aident certes, mais n’oublions pas que la spécificité de la Tunisie c’est que son Armée est républicaine ce que d’autres pays n’ont pas", a martelé BCE.

L’endettement et le FMI:

"Lorsque nous sommes arrivés au pouvoir, nous avons trouvé les caisses de l’Etat dans un état délicat. Ceci est le cumul des dernières années. Une fois le bilan fait, nous sommes obligés de faire face à la situation et ceci est aussi valable pour la situation sécuritaire du pays", selon le président de la République.

"N’oublions pas que lorsque nous sommes arrivés, le tourisme et le phosphate était à l’arrêt. Par ailleurs, c’est nous qui sommes allés vers le FMI et non pas l’inverse. Avec ou sans le FMI, la Tunisie a besoin, en urgence, de réformes urgentes en matière d’investissement ou encore de la Fonction publique. En ce qui concerne les tranches du crédit du FMI, il faut rappeler que ce dernier ne donne jamais la somme du crédit en entier en un seul jet", a indiqué BCE.

Pour celui-ci "l’état de l’économie nationale n’est pas catastrophique mais il n’est pas bien non plus".

BCE a rappelé qu"en ce qui concerne les augmentations salariales, le FMI n’est pas contre l’idée mais qu'il conteste ces augmentations en l’absence de l’augmentation de la productivité.

"Actuellement, plusieurs indices nous permettent d’assurer que nous aurons un taux de croissance meilleur pour cette année", a déclaré le président de la République.

Balance commerciale et la Turquie:

"Les clauses de sauvegarde existent et nous avons des réunions prévues au cours du mois prochain afin de remédier au déséquilibre de sa balance commerciale", a dit BCE.

Revenant sur les propos du chef du gouvernement, Youssef Chahed, lors de son dernier entretien télévisé, BCE a promis un changement en avril prochain, concernant cette problématique. "Je vous assure qu’il existe un espoir concret pour que cela s’arrange. Les Tunisiens sont appelés à sacrifier un peu pour leur pays qui est sur le point de sortir de sa crise", a-t-il demandé.

L’initiative présidentielle au profit de la Libye:

"Nous avons entamé cette initiative et j’ai la responsabilité de ne pas faire entrer mon pays dans une affaire perdue d’avance. Avant, on nous en voulait parce qu’on n’interférait pas dans l’affaire libyenne. Aujourd’hui, nous estimons avoir assez d’éléments pour lancer une initiative pareille et nous rappelons qu’avant toute chose, nous l’avons exposée à l’Algérie et à l’Egypte", a indiqué BCE.

Celui-ci est revenu sur la situation en Libye, "une situation très difficile et le gouvernement de Sarraj n’arrive pas à maîtriser tout le territoire. Nous avons toujours dit que la solution ne peut être que libyenne et purement libyenne, aucune partie étrangère ne peut y intervenir", selon BCE.

Abid Briki et Youssef Chahed:

"Je ne regrette pas d’avoir reçu Abid Briki après son limogeage d’autant plus que c’est le chef du gouvernement qui l’a nommé et pas moi. Je ne dépasse pas mes prérogatives mais je réponds toujours positif lorsque quelqu’un me demande", a lancé le président de la République quant à l'ancien ministre du gouvernement Chahed.

Nidaa Tounes:

Interrogé sur la situation de Nidaa Tounes, BCE a avancé "Je n’ai plus de parti et je suis à la même distance avec tous les autres partis politiques".

Et de poursuivre: "Lorsque nous avons créé Nidaa Tounes, nous avions pour objectif de rééquilibrer la scène politique. Nous avons réussi notre mission et, aujourd’hui, la circonstance a bien changé". Quant à la crise par laquelle passe son ancien parti, BCE a lancé "N’oublions pas non plus que tous les partis politiques tunisiens, sans exception, vivent des cirses à des degrés différents. Celle de Nidaa Tounes est peut être la pire mais j’espère qu’il va pouvoir reprendre ses esprits tout en sachant que cela ne se fera pas en l’espace de quelques jours".

Il a, toutefois, indiqué qu'il n’interviendra qu’au cas où il estimera que la crise de Nidaa pourrait mal influencer la situation du pays. "En ce qui concerne la députée Leila Chettaoui, je ne pense pas que l’affaire de Nidaa Tounes soit liée à son poste de présidente de la Commission d’enquête sur les réseaux qui ont envoyé les jeunes tunisiens vers les zones de combat et je pense qu’elle continuera normalement son travail", a répliqué BCE.

Loi 52:
"Je me rappelle très bien de ce que j’ai dit lors de ma campagne électorale à propos de la consommation du cannabis. Les jeunes qui sont quotidiennement emprisonnés à cause de cette loi me préoccupent énormément et je sais que le juge n’a aucune responsabilité dans cette affaire à cause de la loi 52 qui n’est pas flexible", a répondu BCE para rapport à la polémique autour de la loi 52.

"Je suis contre la prison pour les premiers consommateurs surtout lorsqu’il s’agit de jeunes. Nous voulons que la loi change afin que le juge puisse procéder au cas par cas. Je ne parle bien évidemment pas des dealers mais uniquement des premiers consommateurs", a expliqué BCE, avant de conclure: "nous sommes sur la bonne voie et je ne veux pas que l’on pense qu’il s’agit d’une loi d’impunité".

Loi de la réconciliation économique et financière:

Le président de la République a rappelé que la réconciliation économique est une initiative présidentielle qui a provoqué une "grande rage" de la part de ceux qui l'accusent, à travers ce projet de loi, de vouloir protéger la corruption et les corrompus. "Sans une réconciliation pareille, on ne peut pas retrouver l’investissement", a lancé BCE. "J’ai fait ma partie du travail et le Parlement fera le sien. Si les députés font tomber ce projet de loi, je n’y verrai aucun problème. Dans le cas contraire, la réconciliation entrera en vigueur", a-t-il conclu.

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Facebook.