Le frère de Mohamed Merah nous raconte les deux moments forts de sa marche

Publication: Mis à jour:
MERAH
jupiterimages
Imprimer

ATTENTATS - Le frère du terroriste Mohamed Merah arrive à Paris ce dimanche 19 mars. Abdelghani Merah aura marché 39 jours contre les prêcheurs de haine et la radicalisation. Il espère être reçu par le ministre de la Justice à son arrivée.

Cette date du 19 mars ne doit rien au hasard, elle tombe cinq ans jour pour jour après que Mohamed Merah a assassiné trois enfants et un adulte, parce qu'ils étaient juifs, dans l'école Ozar Hatorah de Toulouse. Quelques jours plus tôt, il exécutait trois militaires.

Le fardeau est lourd à porter pour Abdelghani Merah, 40 ans. Extrêmement fragilisé par les atrocités commises par son frère, il est aujourd'hui au chômage et sans domicile fixe. Il refuse que l'on s'apitoie sur son sort. "Ça arrive à plein de gens."

Sans équivoque, il a toujours jeté l'anathème sur Mohamed Merah et l'idéologie qui a sous-tendu ses actes terroristes. Sa marche expiatoire est soutenue par trois associations, qui s'érigent en actrices de la lutte contre la radicalisation: Forces Laïques, La Brigade des mères et Entr'Autres.

Pour Le HuffPost, il a accepté de revenir sur les deux moments clés de sa marche. Ces instants où il a su qu'il usait ses pieds à bon escient. Celui qui a été obligé de changer d'itinéraire, parce qu'en reproduisant celui de la Marche des Beurs, il se mettait en danger, nous raconte:

"J'étais à Chalon-sur-Saône. Une voiture s'arrête à ma hauteur. Le conducteur dit qu'il me reconnaît et propose de me prendre en stop. Je refuse en disant que je dois marcher. Je prends ma pause quelques kilomètres plus loin. Il vient discuter avec moi une demi-heure.

C'est un jeune d'origine marocaine, il n'a pas plus de 26 ans. Il me dit des choses graves. D'abord, il explique qu'il connaissait bien mon frère. Il est le cousin d'un ami de Mohamed, à Toulouse. Il me donne des détails que seul un proche de Mohamed peut connaître. Ensuite, il me dit être 'choqué' de l'influence d'Olivier Corel sur la jeunesse de Toulouse et ses alentours."

[Ndlr: Mohamed Merah et les frères Clain auraient fréquenté le salafiste Olivier Corel, dit l'émir blanc, qui est dans le collimateur de la justice et des policiers de l'antiterrorisme depuis plus de dix ans].

"Il me raconte que le prédicateur a endoctriné plus de personnes que ce que j'avais imaginé. Il me donne plein de détails. Et il ajoute qu'au plus fort de la guerre en Syrie, avant le départ des frères Clain, des personnes distribuaient des prospectus appelant au djihad, en pleine rue. Je ne sais pas si c'est vrai. Mais c'est tellement fou que j'y crois. Le jeune homme repart dans sa voiture."

"J'ai aussi fait cette marche pour délier les langues. Des parents, des adolescents en ont profité pour venir me parler. Tous me disent que des prédicateurs comme Olivier Corel, il y en a énormément en France. Ils travaillent en toute impunité."

De Toulouse à la Normandie

Abdelghani Merah continue de marcher pendant l'entretien. La respiration est saccadée mais le verbe est clair.

L'autre événement incroyable pour moi, c'est ce Normand qui est venu me parler sur Messenger [la messagerie de Facebook]. Il impute à l'émir blanc le 'vol' de son frère, parti en Syrie. J'y repense souvent parce que la distance entre Toulouse et la Normandie est énorme, les prédicateurs ratissent très large."

La vie d'Abdelghani tourne autour de son nom de famille, qu'il le veuille ou non. Au cours de l'entretien, il répète qu'il aimerait que "les gens se réveillent".

"Ils sont nombreux à aimer la France mais ils n'ont pas le courage de se lever. Je leur dis: 'sortez de votre silence, de votre ghetto, de vos quartiers, montrez votre attachement à votre pays d'accueil ou de naissance, et vous verrez, la France ne vous sera pas indifférente'. Nous devons prendre conscience du danger réel des extrémismes religieux et nationalistes. Que nos amis ne se fassent pas voler leur cœur et leurs idées par ces prédicateurs et ces prêcheurs de haine. La France n'est pas xénophobe, ni intolérante."

Abdelghani Merah a fini les dernières étapes de sa marche sur les rotules.

"S'il n'y avait pas eu toute cette fraternité depuis mon départ de Marseille, tous ces gens qui me soutiennent, via Facebook notamment, je me serais écroulé depuis longtemps. Certains jours, j'ai fini les derniers kilomètres presque à quatre pattes. J'ai les pieds remplis d'ampoules, certaines se percent, pour se reformer aussitôt. Mais je ne veux décevoir personne. Je veux être fier de moi. Les 18 kilos de mon sac à dos, je les porte jusqu'au bout."

LIRE AUSSI:

Sur le web