Les professionnels du secteur du textile contre toute augmentation salariale: Ça chauffe à l'UTICA

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TEXTILE FACTORY TUNISIA
Nicolas Fauqu��/Corbis via Getty Images
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Le secteur du textile-habillement, un secteur stratégique reconnu autrefois comme étant la pierre angulaire de la croissance et le fleuron de l’industrie tunisienne de par sa contribution dans l’exportation et dans la création de l’emploi -"le secteur des 50%-, connaît ces dernières années des difficultés structurelles et conjoncturelles. Le secteur est aujourd’hui à la croisée du chemin. Entre perte de compétitivité, ralentissement du rythme de la production et de l’exportation, une concurrence acharnée et des difficultés conjoncturelles corrélées à la révolution.

Face à une conjoncture économique difficile, à la contraction de la demande outre les facteurs socio-politiques, plusieurs entreprises opérant dans le secteur ont mis la clé sous le paillasson. Le secteur du textile-habillement qui emploie près de 175.000 personnes est considéré aujourd’hui comme secteur sinistré. Sur le plan gouvernemental, un conseil ministériel restreint sera tenu incessamment autour du secteur du textile-habillement, du cuir et des chaussures, un secteur en perte de vitesse voire en chute libre. Des mesures d'urgence seront entreprises surtout après le retard observé par la Tunisie en matière d’exportation passant du 5ème au 9ème fournisseur de l’UE.

Au sein du patronat, les industriels tirent la sonnette d’alarme, c’est la détonation. La Fédération nationale du textile (FENATEX) a annoncé samedi dernier sa scission de l’UTICA.

Après leur réunion du samedi 11 mars tenue à Hammamet, les membres du bureau exécutif de la FENATEX et les présidents des chambres nationales et régionales ont décidé à l’unanimité leur divorce de l’UTICA considérant que l’accord portant augmentation salariale portera préjudice au secteur et menacera la pérennité des entreprises et des dizaines de milliers de postes d’emplois.

La FENATEX claque la porte de l’UTICA

Le torchon brûle aujourd’hui entre l’UTICA et les fédérations nationales sectorielles dont principalement la fédération nationale du textile qui a annoncé samedi dernier son divorce de l’organisation patronale sur fond d'accord sur les augmentations salariales dans le secteur privé récemment signé entre le gouvernement et l’UTICA.

Belhassen Ghrab, président de la FENATEX a affirmé en début de semaine sur Express Fm que "cet accord à des conséquences désastreuses et fera perdre au secteur textile 100.000 emplois et causera la faillite de plusieurs entreprises outre l’augmentation de la masse salariale qui atteindrait 12,36% en mai 2017".

Des déclarations qui rejoignent ceux de Nafaa Naifer, président des affaires économiques au sein de l’UTICA qui a affirmé sur les ondes de Mosaïque Fm l’incapacité irrévocable des entreprises à appliquer les dispositions de l’accord précité surtout que les charges salariales représentent 70% des charges totales des entreprises du secteur.

Le recours au dialogue

D’ailleurs lors de la tenue mardi du conseil des fédérations nationales sectorielles, "les présidents ont confirmé la gravité des difficultés auxquelles font face certains secteurs et en particulier les secteurs du textile et du cuir et chaussures.

Les présidents des fédérations ont exprimé, également, leur solidarité entière avec les professionnels du secteur du cuir et chaussures et leur appui inconditionnel aux demandes et recommandations issues de leur réunion tenue lundi 13 mars 2017 au siège de l’UTICA.

Ils ont affirmé, par ailleurs, que la Fédération nationale du textile est, et demeure, une partie intégrante de l’UTICA, tenant à ce qu’elle y reste et appelant à recourir au dialogue afin de résoudre les problèmes existants. Les présidents des fédérations nationales sectorielles ont souligné, en outre, que les récentes négociations collectives se sont déroulées dans une conjoncture nationale très sensible faisant de la paix sociale une priorité absolue, considérant que les entreprises auront à faire beaucoup de sacrifices pour pouvoir mettre en œuvre ce qui a été conclu. Les présents ont réaffirmé leur appui aux efforts de l’UTICA visant à inciter le gouvernement à traiter le dossier des secteurs sinistrés et en particulier le textile et le cuir et chaussures et le transport".

La CONECT appelle à de nouvelles négociations

Hormis la FENATEX et autres professionnels qui ont affirmé leur soutien au secteur et aux revendications des industrielles, le bureau exécutif du groupement professionnel de la confection et de l’habillement relevant de la CONCET a affirmé dans un communiqué rendu public hier: “l’impossibilité d’appliquer l’accord signé entre l’UGTT et l’UTICA, relatif à la majoration des salaires sur 2017 de 6%, et rétroactivement sur l’année 2016, après consultation de nos adhérents qui lancent un cri d’alarme”.

Le bureau exécutif du groupement professionnel de la confection et de l’habillement appelle à la révision des négociations en tenant compte de la fragilité du secteur et de la gravité de la situation et en impliquant toutes les structures syndicales, patronales et ouvrières.

Va-t-on vers un nouveau round de négociation salariale dans le secteur privé surtout si l’on croit à l’effet de contagion ou d’imitation?

Le secteur du textile-habillement en chiffres

Selon les chiffres officiels de l’APII (agence de promotion de l’Industrie et de l’Innovation): le secteur des industries du textile et habillement est subdivisé en 6 branches d’activités, réparties comme suit: L’industrie de la filature; l’industrie du tissage; l’industrie de finissage, l’industrie de la bonneterie, l’industrie de la confection et les industries diverses du secteur.

Le secteur compte 1.852 entreprises industrielles, employant chacune 10 personnes et plus. 1.548 d’entre elles produisent totalement pour l’exportation (soit 84%). 577 entreprises sont à capitaux 100% étrangers et 279 sont à capitaux mixtes.

Les industries du textile et de l’habillement occupent plus 179.000 postes d’emploi, soit 34% de l’effectif total des industries manufacturières. Le secteur des ITH continue à être de loin le premier secteur industriel employeur du pays. La part des entreprises exportatrices a représenté 91% des emplois du secteur des ITH. L’industrie du textile et de l’habillement est le secteur où le partenariat euro- méditerranéen est le plus développé. Parmi les 1.548 unités totalement exportatrices du secteur, 820 sont en partenariat avec des entreprises principalement européennes. La France occupe la 1ère position avec 299 unités, suivie de l’Italie avec 227 unités. Viennent ensuite la Belgique et l’Allemagne avec respectivement 99 et 77 unités.

La valeur ajoutée est passée de 1.777,2 MTND en 2008 à 1.826,6 MTND en 2012, soit une croissance annuelle moyenne de 1%. Les exportations du secteur ITH ont régressé de 5.183 millions de dinars en 2008 à 4.916 millions de dinars, en 2012.

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