Un périple parfumé: Mohamed Ali Kammoun parcourt, musicalement, les 24 gouvernorats tunisiens

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MAK
Facebook/Mohamed Ali Kammoun
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Mohamed Ali Kammoun, pianiste, compositeur et arrangeur tunisien a lancé, en janvier 2016, le projet "La caravane des 24 parfums", une découverte des 24 gouvernorats du pays à travers ses artistes autour de la sauvegarde et le développement du patrimoine musical tunisien. C’est, à quelques jours du départ pour Kesra, que le HuffPost Tunisie est allé à sa rencontre. Interview.

HuffPost Tunisie: D’où vous est venue l’idée de lancer cette caravane des 24 parfums?

Mohamed Ali Kammoun: Ce que j’ai remarqué, aux Instituts Supérieurs de Musique ou aux conservatoires, c’est la prédominance de la musique arabe dite classique au niveau des programmes. Pourtant le malouf, en l’occurrence, ne représente qu’une infime partie du patrimoine musical local. Le but principal de la caravane est donc d’aller à la rencontre de la mémoire musicale tunisienne, dans sa diversité. D’une région à l’autre, une douzaine d’artistes, entre jeunes et maîtres, travaille sur la composition d’un nouveau "parfum". Loin d’une carte postale, cette quête essaye d’allier tradition et modernité, authenticité et créativité.

Pourquoi avoir choisi "les 24 parfums" comme appellation?

Les 24 parfums sont un clin d’œil aux 24 préludes de Chopin, à 24 nûbas populaires anciennes en voie de disparition, etc. En tant que compositeur arrangeur, mon équipe et moi prenons ce qui est existant et nous le développons dans une conjoncture musicale et orchestrale. C’est de là qu’est venu le mot parfum: composer à partir de quelque chose qui sent déjà très bon. Le répertoire musical tunisien est tellement riche qu’on s’est limités à un terrain de travail bien particulier: les chansons d’amour. On s’inspire de l’authenticité des mélodies d’amour interprétées par les voix et les âmes de chaque région.

Votre mois de mars semble être bien parfumé...

Oui, il en résultera un portrait sonore et visuel de la femme tunisienne telle que chantée par nos ancêtres. Du 6 au 11 Mars, nous avons découvert les chants populaires Kefois à Dar Al-Kehia avec une semaine consacrée à des textes mettant en avant la femme kefoise et un spectacle clôturant le semaine en question. Nous serons du 25 au 31 Mars à Kesra, dans un cadre idyllique en plein air, et le périple continue, à Bnimtir et Sbeitla, à l’ouest tunisien.

Quels sont les artistes qui vous ont le plus marqué, tout au long du projet?

Nos vieilles femmes sont les plus porteuses de notre culture musicale. Elles sont moins exposées aux influences exogènes d’Orient et d’Occident. Les convaincre de faire partie du projet est très difficile mais nous avons eu la chance de rencontrer au sud Fatma Zakoum qui, à 84 ans, porte en elle une authenticité emblématique sans égal. Au Kef, d’un côté Mohamed Saleh Isaoui nous a fait rêver avec sa voix lyrique héritée de sa grand-mère et de l’autre Mondher Jbebli, dont la voix virile, exprime toute la majesté des montagnes du Kef. À Kerkannah, le ton musical est donné par Fathi Gharfallah, le Tabel et Mohamed Ali Warda, Zakar, à Tataouine par Motassem Lamir, au Djérid par le maître Mahmoud Arfaoui, etc.

Avez-vous eu des difficultés durant le projet?

Heureusement que nous avons le soutien du Fonds d’encouragement à la création du ministère des Affaires culturelles pour pouvoir continuer cette aventure. La Tunisie manque carrément d’industrie culturelle, particulièrement dans le domaine musical. Les investisseurs ne trouvent pas que le projet est rentable car ils n’y voient pas d’intérêt immédiat. En revanche, ils apportent tout leur soutien au business musical néo-oriental et néo-occidental. Notre mémoire est ainsi en voie de disparition. Il faut donc la chercher, la préserver, la pratiquer et pourquoi pas l’intégrer dans des processus innovants tels que nous essayons de faire.

Est-ce que vous comptez développer une création orchestrale à partir de parfums?

"Parfum" change constamment. Après son avant-première de Parfum qui a eu lieu aux Journées Musicales de Carthage le 9 Avril 2016, nous avons rajouté de nouvelles "saveurs", grâce notamment à l’introduction de la Zokra et l’aventure continuera jusqu’à la fin d’année. En 2018, mes partenaires et moi espérons réaliser un premier Opéra tunisien interprété par des voix du terroir ainsi qu’un film documentaire racontant la Caravane des 24 parfums.

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