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Qui sont les électeurs du Front National au Maroc?

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MARINE LE PEN
Marine Le Pen, French National Front (FN) political party leader and candidate for French 2017 presidential election, attends a political rally in Chateauroux, France, March 11, 2017. REUTERS/Christian Hartmann | Christian Hartmann / Reuters
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Suite aux résultats du Premier tour de la présidentielle française, ce 23 avril, nous republions cet article partagé par le HuffPost Maroc mi-mars dernier:

POLITIQUE - Peut-on voter pour le parti d'extrême droite français, le Front National (FN), quand on vit au Maroc? Bien que rare, la démarche n'est pas si exceptionnelle que cela. Souvenez-vous: lors du premier tour de la présidentielle française de 2012, Marine Le Pen avait obtenu 569 voix de Français vivant au Maroc, soit 3,65 % des électeurs installés au Maroc. Ces électeurs étaient arrivés premiers en nombre parmi les électeurs de la 9e circonscription, talonnés par leurs compatriotes installés en Tunisie (240 électeurs) et au Sénégal (216).

Si le chiffre n'est pas élevé (30.104 expatriés au Maroc inscrits au 1er tour), il surprend au vu des discours du parti de la flamme tricolore souvent taxés de xénophobes. Les expatriés préfèrent alors rester discrets et n'évoquer leur sympathie pour les idées du FN qu'en huis-clos.

Nous avons rencontré quatre électeurs qui voient en Marine Le Pen un espoir pour redresser la France. Tous vivent à Casablanca (avec 205 voix accordées au parti de la flamme tricolore en 2012, la capitale économique du Maroc comptait alors le plus d'électeurs du FN au premier tour, devant Marrakech, Agadir, Rabat, Tanger et Fès). Si leurs arguments diffèrent, tous font prévaloir un certain patriotisme dans leurs discours et s'accordent sur le fait qu'ils "aiment la France". Témoignages.

Philippe, 55 ans, originaire du sud de la France

"J'ai commencé à adhérer au Front National quand Nicolas Sarkozy était au pouvoir. Sous François Hollande, mon engagement s'est renforcé. J'en ai tout simplement assez de ces politiques de merde (sic) qui, depuis des lustres, vivent sur notre dos. J'en ai aussi marre de ceux qui viennent mettre le bazar en France. Dans les cités, la police ne peut plus rentrer. Dans la cité du Mirail à Toulouse, j'ai vu des jeunes casser des voitures. C'est sûrement un problème de génération. Je ne suis pas raciste, j'ai des amis marocains qui ont aussi honte de ces gens-là. Ils ne viennent en France que pour faire du business en vendant de la drogue, et en volant. À côté, si on sort le drapeau français dans notre pays, on se fait traiter de raciste. Il faut remettre tout ça en place. Le service militaire était un bonne chose: il recadrait les têtes brûlées."

Jean, 70 ans, né au Maroc

"Je suis un ancien électeur de droite. J'adhère aux idées du Front National depuis peu, depuis que je vois l'état économique de la France se détériorer. J'aime ce pays et je souhaite qu'il soit dirigé différemment. Je ne suis pas d'accord avec la politique d'immigration de la droite et de la gauche. Pourquoi ouvrons-nous nos portes alors qu'on en n'a plus les moyens? Pour avoir des futurs Français qui voteront à gauche et profiteront des avantages sociaux ? Pour moi, tout individu qui n'a pas de carte de séjour en règle doit être reconduit à la frontière. À cause de cette immigration, il y a aussi un manque de sécurité, parce que nos services de renseignement sont mal informés. Le Maroc est un exemple pour ça : tout le monde est indicateur et il n'y a pas de problème. Autre point noir de l'économie française : le secteur de l'industrie dans lequel je travaille. Il y a trop de charges et on ne sait pas dans quelles poches elles atterrissent. Pour moi, seul le Front National peut remédier à tout ça. Je suis d'accord avec toutes leurs idées."

Jacques*, 29 ans, adhérent depuis toujours

"J'ai commencé à avoir une conscience politique à partir de 15 ans mais j'ai été convaincu par les idées du Front National quand j'ai habité dans les pays arabes. En discutant avec les habitants, j'ai découvert le sens du patriotisme. La France veut donner des leçons de démocratie dans les autres pays, comme lorsqu'elle prône une intervention en Syrie, mais fait des pactes avec l'obscurantisme, comme l'Arabie Saoudite où les droits des femmes, la liberté de religion, de conscience, la liberté sexuelle, n'existent pas. Concernant les problèmes de religion en France, je comprends un peu cette troisième génération issue de la migration. Elle se tourne vers l'islam radical, car la France, son pays d'accueil, ne lui donne plus rien. Aujourd'hui, le système droite-gauche fonctionne de moins en moins bien en France. Aucun des deux partis n'arrive en tête des sondages pour le moment."

Frédéric*, 49 ans, installé à Casablanca

" J'ai découvert au Maroc une priorité nationale: le pays s'occupe de ses ressortissants. C'est ce que j'aime ici et c'est ce que veut faire le Front National en France. J'aime la France car c'est un pays de libertés. Le problème de la migration en France, c'est que les gens qui viennent veulent imposer leur idéologie. Pendant le ramadan au Maroc, je respecte et je ferme ma porte. En France, nous sommes un pays laïc, et il faut que ceux qui viennent y vivre respectent ça. Marine Le Pen mène ce combat, celui des libertés. Et le Front National se tient toujours droit dans ses bottes malgré la perte de toutes ses batailles."

*Les prénoms ont été modifiés à la demande des intéressés pour préserver leur anonymat.

En marge de l'élection présidentielle française de 2017, le Front National votera d'ici peu pour désigner un nouveau responsable pour la 9e circonscription, dont le Maroc fait partie. Des conférences thématiques seront organisées pour fédérer les électeurs du parti dans les 16 pays que compte la 9e circonscription.

Si d'après les derniers sondages français, Marine Le Pen arriverait en tête du premier tour, les expatriés seront-ils plus nombreux à voter pour elle, 5 ans après 2012? Réponse au premier tour, le 23 avril.

3 questions à Olivier Deau, responsable communication de l'École de Gouvernance et d'Économie (EGE) de Rabat et membre de la Fédération des Français à l'étranger du Parti Socialiste.

olivier deau


HuffPost Maroc: Quel est le profil des électeurs du Front National au Maroc ?

Olivier Deau: Quand on regarde les résultats des élections de 2012, on remarque que les Français installés au Maroc sont très peu nombreux à voter Front National. S'il n'y a pas encore d'étude sociologique sur leurs profils, on constate au vu des chiffres qu'une écrasante majorité de Français au Maroc sont des binationaux ou des Français(e)s qui ont épousé des Marocain(e)s et fondé des familles mixtes. Il y a une surreprésentation du vote FN dans les régions du Sud, même si cela reste faible, à Agadir et un peu à Marrakech par rapport à Casablanca ou à Rabat. Dans ces régions, il y a une plus grande proportion de populations de retraités français, relativement peu sociabilisés dans leur environnement marocain.

Pourquoi vote-t-on Front National quand on vit au Maroc?

C'est un peu un paradoxe de soutenir un parti qui veut changer l'accueil des étrangers. Les électeurs du Front National au Maroc sont peut-être persuadés que le clivage identitaire existe réellement ou ils ressentent la nostalgie de la période franco-française ou de la période impériale. Ce sont peut-être aussi quelques Français qui ne vivent pas leur intégration correctement au Maroc. Après, il y a quand même une construction de discours chez le Front National qui met en logique ce vote. Le Maroc est un pays profondément nationaliste, c'est un peu ce que le Front National met en avant.

Quelles sont les tendances politiques des Français établis à l'étranger?

On est loin de l'image du Français raciste, colonialiste. Historiquement, le vote des Français à l'étranger était plutôt à droite. Mais aux élections de 2012, le Maroc est passé à gauche avec 52% de votes. Rabat est très à gauche et cette année-là, Casablanca a été gagnée de peu. Marrakech et Agadir sont restés à droite. Les Français établis en France sont pour une véritable insertion dans la société marocaine, la favorisation de la migration, l'acceptation des différentes religions. Ils ont du mal avec les candidats qui ne mettent pas cela en avant.

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