En Arabie Saoudite: Voici où étaient les femmes inexistantes sur cette photo du Conseil des filles

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QASSIM GIRLS COUNCIL
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Quand l'image résume, à elle seule, les conditions des femmes saoudiennes. Il s'agit de la photo du Conseil inaugural pour les filles dans la province d'al-Qassim, une initiative qui prétend discuter des problématiques des femmes dans le royaume wahhabite. Petit bémol: aucune femme n'est présente dans ce Conseil. Le comble de l'ironie quant à la visée réelle d'une telle assemblée.

La photo a interpellé les médias internationaux ainsi que les internautes.

Dirigé par le Prince Faisal bin Mishal bin Saud, le gouverneur de la province, ce "Conseil des filles" est considéré comme "fierté" par ce dernier. "Dans la région de Qassim, nous voyons les femmes comme des sœurs pour les hommes, et c'est une responsabilité pour nous de nous ouvrir à plus d'opportunités qui serviront le travail des femmes et des jeunes filles", rapporte le BBC.

Intrigué par la photo en question, le Washington Post a mené son enquête à la recherche des femmes de ce Conseil masculin. Le résultat: "Les femmes étaient dans une autre salle, connectées via la vidéo" conformément à la règle qui interdit la mixité entre les hommes et les femmes dans le royaume.


Une photo qui reflète une réalité dégradante pour les femmes

Un récent rapport accablant de l'ONG Human Rights Watch (HRW) dresse un bilan alarmant de la situation des femmes saoudiennes, prises au piège d'une démarche théocratique via le système du tutelle.

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En effet, pour pouvoir se rendre à l'étranger, travailler, bénéficier de soins de santé, se marier ou être libérée de prison après avoir purgé sa peine, les Saoudiennes ont besoin de l'autorisation explicite d'un tuteur, qui peut être leur père, leur frère, leur mari et même leur fils.

Confrontée à des appels aux réformes émanant au sein du royaume et de l'extérieur, l'Arabie Saoudite, un Etat théocratique, a amorcé quelques mesures en faveur des femmes. En effet, la Saoudienne a désormais le droit de vote et de représentation aux élections municipales, 30 femmes sont au conseil consultatif le plus haut de la monarchie et une loi punissant les violences domestiques. Des réformettes qui sont loin d'établir l'égalité face au dogmatisme sévissant mis en exergue constamment à travers des polémiques comme celle de ce "Conseil des filles".

Face à l'inertie de la monarchie, on tend à convaincre les autorités saoudiennes des ravages du système du tutelle en surfant sur des arguments économiques: "Que les Saoudiennes soient encore contraintes de demander la permission d'un tuteur masculin pour voyager, travailler ou mener d'autres activités constitue une violation de longue date des droits des femmes et un obstacle aux objectifs de relance de l'économie visées par le gouvernement", a avancé Sarah Leah Whitson, directrice de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord du HRW.

Et les appels semblent être entendus par les autorités saoudiennes, mises en péril face à la la chute de ses pétrodollars. Le ministère du Travail a mis ainsi en place un programme visant le développement du télétravail pour les femmes. 141.000 postes sont à pourvoir pour les femmes à l'horizon de 2020. Le royaume vise à augmenter la proportion des femmes au travail pour atteindre 28%, contre 23% en 2016.

Selon des statistiques citées par la banque Jadwa Investment, au quatrième trimestre 2016, le taux de chômage parmi les Saoudiennes s'élevait à 34,5%, contre 5,7% pour les hommes.

Une initiative pour permettre aux femmes de travailler mais elles devront être toujours cantonnées à la maison afin des respecter les us et coutumes du royaume: Travailler oui mais cela doit être "décent et convenable" particulièrement pour les femmes et les handicapés, a expliqué le ministère du Travail dans un communiqué, le 8 mars dernier à l'occasion de la Journée internationale de la femme.

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