Ces saisonniers tunisiens qui partent travailler en France grâce à l'Office français de l'immigration et de l'intégration

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SEASONAL WORKER FRANCE FARM
GEORGES GOBET/AFP/Getty Images
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Installé en Tunisie depuis 1969, l'Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) est un établissement public à caractère administratif français ayant pour rôle de mettre en œuvre les dispositions administratives relatives à l’introduction des étrangers sur le territoire français, mais aussi celles relatives au retour et à la réinsertion des migrants dans leur pays d’origine.

Ainsi l'OFII s'occupe de 3 volets principaux: la migration de travail, la migration familiale et la migration de retour.

Le HuffPost Tunisie vous propose de revenir sur le travail de l'OFII en Tunisie à travers ces 3 volets en commençant par la migration de travail et principalement les travailleurs saisonniers, majoritaires en nombre.

CDI, CDD ou saisonniers?

L'OFII en Tunisie gère 3 procédures migratoires dites de travail, soit les Tunisiens acceptés pour un CDI, un CDD ou un travail de saisonnier en France.

Pour ce faire, c'est aux Directions régionales des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi dans chaque région de donner leur accord au recrutement conformément à la législation française. C'est donc là-bas que tout commence.

Depuis 2013, le nombre de travailleurs tunisiens partis en France à travers l'OFII a largement augmenté, passant de 1566 travailleurs en 2013 à 2375 en 2016.

Pour les Contrats à durée indéterminée, le nombre de travailleurs tunisiens partis en France a presque triplé passant de 298 à 880 travailleurs entre 2013 et 2016.

Idem pour les Contrats à durée déterminée dont le nombre a presque quadruplé passant de 23 en 2013 à 95 en 2016.

Mais là où l'OFII reçoit le plus de demandes, c'est en matière de saisonniers. Ainsi ils étaient déjà 998 travailleurs saisonniers à aller en France via l'OFII en 2013. Ce chiffre est passé à 1096 en 2016.

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Être saisonnier en France: Un gain?

Les Tunisiens qui sont acceptés en tant que saisonniers obtiennent des titres de séjours valables pour 3 ans et ce après une visite médicale gratuite offerte par l'OFII. De plus, le billet d'avion ainsi que les billets de trains vers les destinations où ils travailleront seront aussi pris en charge par l'OFII.

Pour Makram, le travail de saisonnier est un bon parti: "Je vais travailler là-bas pour quelques mois, gagner des euros puis je rentre ici. C'est plus bénéfique pour moi. Ce que je gagne en 1 mois en tant que saisonnier là-bas, je ne le gagnerais pas en 3 mois de travail ici" affirme-t-il au HuffPost Tunisie.

Selon les chiffres de l'OFII, sur les 1096 saisonniers partis de la Tunisie en 2016, 1026 travaillent dans le secteur agricole et 70 dans le secteur hôtelier.

Pour près d'un saisonnier sur deux, la durée du contrat est de 6 mois (48% des saisonniers) ou de 4 mois (36,5% des saisonniers).

Géographie des saisonniers

Selon les statistiques de l'OFII en Tunisie, il existe une certaine géographie du flux des saisonniers. Ainsi près d'un saisonnier sur deux vient de la région de Mahdia (540 sur 1096), et 24% viennent de la région de Jendouba (260 saisonniers).

Idem pour les régions de destination des saisonniers: 61% d'entre eux sont recrutés dans le Vaucluse (673 saisonniers), le reste se dispersant entre la Drôme et les Bouches-du-Rhône.

Pour Ourida C., qui s'occupe des travailleurs saisonniers à l'OFII, cette géographie du travail saisonnier a une explication: "Quand ils arrivent, on se rend compte qu'en général, les saisonniers se connaissent. Ils en parlent les uns aux autres et autour d'eux. Ce qui fait que l'on retrouve de nombreuses personnes d'une même région qui partent pour un travail saisonnier. En plus quand l'employeur cherche d'autres saisonniers, les Tunisiens qui sont déjà là-bas vont recommander des proches...".

Travaillant à l'OFII depuis plus de 30 ans, Ourida trace, elle-même, une certaine géographie des saisonniers entre la France et la Tunisie: "Il y a des liens très forts entre certaines régions comme par exemple l'axe Mahdia - Vaucluse ou encore Tabarka- Annemasse. Généralement c'est un groupe d'individus qui va d'une région en Tunisie vers une autre région en France".

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Pas d'évolution du profil des saisonniers

Le profil des saisonniers n'a pas forcément évolué depuis 29 ans affirme Ourida C.: "Il n'y pas eu d'évolution. En moyenne, nous avons un saisonnier diplômé tous les 3 ans" avant d'ajouter: "En général, ce sont des personnes venant de zones rurales qui ont des compétences agricoles, ouvrières...".

La durée du contrat d'un saisonnier en France ne doit pas dépasser 6 mois par an. Ainsi un saisonnier devra passer au minimum 6 mois par an en Tunisie.

Une fois le contrat terminé, le saisonnier devra rentrer en Tunisie et signaler son retour à l'OFII pour avoir l'accord de travail pour la prochaine année. "Il existe une nécessité de revenir pour repartir".

Si certains saisonniers sont tentés de rester en France à la fin de leur contrat, ce chiffre est très faible indique Ourida C.: "Nous avons entre 87% et 92% de taux de retour pour les saisonniers. Ceux qui s’établissent finalement sur le territoire français le font en situation régulière, c'est à dire, qu'ils ont trouvé un CDI ou qu'ils se sont mariés".

Si ces saisonniers ne sont pas tentés d'immigrer illégalement, c'est pour plusieurs raisons. Mourad qui travaille souvent en tant que saisonnier en France explique pourquoi: "D'abord, on connait tous dans notre entourage des gens qui ont tenté le coup en France ou ailleurs et qui sont retournés la tête basse en Tunisie. Et aujourd'hui avec les terroristes qui salissent notre image, si on est en situation irrégulière c'est l'expulsion directe avec peut-être même en bonus intimidation, coups, insultes...on prendra surement pour les autres".

Si la peur d'échouer est une raison, elle n'est pas la seule: "En plus, c'est une relation de confiance. Ils ont besoin de moi, j'ai besoin d'eux. Alors pourquoi aller me mettre dans une situation inconfortable, illégale et irrégulière alors que je peux aller travailler en France à chaque fois qu'un employeur a besoin de moi? Non seulement je gagne ma vie mieux qu'ici mais en plus de façon légale et régulière et je ne paye que mon billet d'avion retour", affirme-t-il.

En effet, comme l'indique Mourad, c'est l'OFII qui prend en charge quasiment tous les frais: visite médicale, demande de visa au niveau du consulat, services de TLS contact, billet d'avion aller, coupon de bus, billet de train: "Seul le billet d'avion retour n'est pas pris en charge" confirme au HuffPost Tunisie Ourida C. . "Pour celui-ci soit c'est à eux de le payer avec le salaire qu'ils auront gagné, soit ils arrivent à convaincre leur employeur, mais ça ne fait pas partie de nos prérogatives".

Le bouche à oreille plus fort que l'ANETI

"Ma première expérience en tant que saisonnier en France? J'en ai entendu parler dans un café près de chez moi" affirme Lotfi au HuffPost Tunisie.

"Je venais de rentrer au bled après quelques mois à travailler dans un café à Tunis. Je venais de me faire virer. Un groupe d'habitués parlaient d'un travail de moissonneur en France". De là, il suit toute la démarche de l'OFII, et se retrouve saisonnier dans le sud de la France.

Des histoires pareilles, elles sont légions. Pourtant, selon Ourida C., beaucoup passent également à travers d'autres moyens: "Généralement, les saisonniers trouvent les offres d'emplois tous seuls" affirme-t-elle avant d'ajouter que "certains passent par le référent international de l' l'Agence Nationale pour l'Emploi et le Travail Indépendant (ANETI)".

En effet, l'ANETI a signé plusieurs conventions avec notamment Pôle Emploi, le pendant français de l'ANETI et peut ainsi proposer aux Tunisiens à la recherche d'un emploi un poste de saisonnier en France.

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