Quand l'Algérie porte l'ambition de vendre de la bande passante pas cher en Afrique

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L’Algérie s’est résolument tournée vers l’Afrique en matière de développement des télécommunications, après l’installation en février dernier du Comité de liaison de la dorsale transsaharienne à fibre optique (CLDT). Mais pour revendre de la bande passante internationale, l’Algérie doit renforcer ses capacités à l’international.

La réactivation de ce projet désormais rattaché à la route transsaharienne, en vue de connecter toutes les concentrations de populations sur son trajet par voies routières aux autres régions du pays et, au-delà, se veut une occasion pour affirmer une nouvelle stratégie pour le secteur qui compte s’exporter, en vendant de la bande passante au pays africains enclavés.

La dorsale transsaharienne à fibre optique constituera un tournant pour le secteur des télécoms dont le modèle économique va épouser une nouvelle démarche consistant à générer des devises.

Dans un long exposé présenté au mois de mai dernier devant la Commission des finances et du budget de l’Assemblée populaire nationale (APN), la ministre de la Poste et des Technologies de l’information et de la communication, Houda-Imane Faraoun a détaillé la stratégie à l’international de ce secteur, estimant que l’Internet " doit générer des devises pour l’Algérie" grâce au projet de la dorsale transsaharienne à fibre optique qui va dans premier temps interconnecter le Niger, Mali, le Tchad et le Nigéria à l’Algérie avant de l’étendre au Bénin et au Burkina Faso.

L’Algérie a réussi à vendre l’idée d’accès à la bande passante Internet internationale à des "prix concurrentiels" pour des pays comme le Niger, le Mali et le Tchad dont les marché des télécommunications large bande recèlent un vaste potentiel inexploité au regard de la demande non encore satisfaite et, d’une façon générale, du faible développement des TIC.


Bande passante internationale à des "prix concurrentiels"

Ces pays sont parmi ceux qui ont un faible taux de pénétration d’internet mais aux tarifs exorbitants. A titre d’exemple, au Mali, les 384 kbps sont vendus à 36.000 FCFA équivalent à 60 euros par mois. Les débits allant de 1 à 2 mégabits sont hors portée des usagers. Ces marchés constituent une aubaine pour l’Algérie qui a réussi le pari de fédérer les pays de la région pour réactiver ce projet de dorsale à fibre optique, initié en 2003 dans le cadre du Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD), mais resté lettre morte depuis.

Une rencontre spéciale lui a été consacrée à N’Djamena en juillet dernier où les ministres en charge des télécommunications et technologies de l’information et de la communication d’Algérie, du Mali, du Niger et du Tchad se sont réunis pour discuter et valider un document détaillant la nature de ce projet. Le problème de financement s’est vite imposé. Si l’Algérie a réalisé un câble reliant Alger à In Guezzam, de même pour le tronçon qui traverse le Nigeria, ce n’est pas le cas du Niger, du Mali et du Tchad qui connaissent des difficultés financières.

L’Algérie a plaidé leur cause auprès de la Banque Africaine de Développement (BAD) qui a finalement approuvé le financement du projet. Le deal que Algérie Télécom, qui est l’acteur principal de ce projet, accompagnées d’autres entreprises, investira dans le déploiement de la fibre optique, puis vendra les capacités.

Renforcer les capacités en amont

Mais pour revendre de la bande passante internationale, l’Algérie à travers l’opérateur historique doit, en amont, renforcer ces capacités à l’international. C’est pourquoi plusieurs projets de câbles sous-marins ont été lancés. Il s’agit notamment du câble Oran-Valence et Alger-Valence, en plus de ceux déjà existant ; en l’occurrence Alger-Palma et Annaba-Marseille.
Pour encore renforcer les liaisons internationales d’Algérie Télécom qui se sont révélées insuffisantes après la rupture du câble sous-marin de fibre optique reliant Annaba à Marseille par un navire battant pavillon étranger, survenue en octobre 2015 plongeant l’Algérie dans une panne générale d'internet, le gouvernement a manifesté un intérêt pour l’utilisation du câble Med Cable de Djezzy.

Selon Mme Houda Imane Feraoun, le gouvernement est en négociations avec l’opérateur Djezzy pour l’utilisation du Med Cable afin d’augmenter les capacités de la bande passante internationale. "L’Algérie est en train de négocier avec Djezzy pour utiliser son câble sous-marin, qui est actuellement hors service", avait indiqué la ministre en mai dernier à l’Assemblée populaire nationale. Le câble en question relie Alger et Annaba à Marseille sur une distance de 1300 km. Il a été réalisé en 2005 par l’équipementier français Alcatel pour le compte de Lacom, la filiale de téléphonie fixe d’Orascom.

Pour gérer toutes ces capacités, l’opérateur historique devrait effectuer une mue prochainement, à l’occasion de la promulgation de la nouvelle loi sur les communications électroniques qui a été approuvée lors du dernier conseil des ministres. L’avant projet de loi prévoir d’ailleurs plus de prérogatives pour Algérie télécoms sur la bande passante. "Le trafic international au départ ou à destination des réseaux de communication électroniques ouverts au public autres que satellitaires, doit être acheminés en intégralité à travers les infrastructures internationales établies et exploitées par un opérateur détenteur de licence d'établissement et d'exploitation d'un réseau de communications électroniques fixe ouvert au public", stipule l’article 120 de l’avant-projet de loi relatif au code des postes et des communications électroniques.

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