Delphine Borione parle des projets de l'UPM pour l'égalité homme-femme dans 20 pays euro-méditerranéens

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Delphine Borione est Première Secrétaire Générale Adjointe de l’Union pour la Méditerranée (UpM) pour les affaires sociales et civiles. Elle est à la pointe des actions de l’UpM en matière du renforcement du rôle des femmes en Méditerranée et la mise en valeur des projets qui peuvent les sortir de la précarité.

L’UpM, comme le veut ses promoteurs, soutient des projets de coopération régionale qui bénéficient à plus de 50 000 femmes dans une vingtaine de pays euro-méditerranéens. Ces projets concernent des domaines variés tels que l’amélioration de l’accès des femmes au monde du travail, la promotion de entrepreneuriat et la prévention de la violence dans les écoles.

Dans cet entretien avec le HuffPost Algérie elle parle des projets destinés aux femmes en méditerranée, les actions entreprises, les ambitions des projets UpM concernant le Maghreb et l'Algérie mais aussi du dialogue inter-régional.

HuffPost Algérie: Depuis sa création quels sont les projets de l'UpM exclusivement dédiés aux femmes?

Delphine Borione: Au sein des 47 projets labellisés par l’Union pour la Méditerranée, 26 projets concernent le développement socio-économique avec une attention particulière portée à leur portée en terme d’égalité homme-femme, et 8 d’entre eux ciblent spécifiquement l’autonomisation des femmes et le renforcement de leur participation socio-économique et accès aux postes de responsabilité.
Parmi les huit projets déjà labélisés figurent le projet "Femmes d’Avenir en Méditerranée", promu par Sciences Po–Paris, qui vise à développer un réseau euro-méditerranéen de jeunes femmes leaders dans différents domaines et les accompagne dans leurs efforts de promotion de l’égalité homme-femme.
Le projet "Compétences au Service de la Réussite", promu par AmidEast, offre aux femmes défavorisées et sans emploi l’opportunité d’acquérir les compétences, les connaissances et les ressources nécessaires pour s’intégrer au marché du travail.
Je mentionnerais également le projet réalisé avec l’association Ideaborn, "Former des citoyens responsables", qui vise à prévenir la violence à l’égard des jeunes filles et des femmes par le biais d’un nouveau programme d’éducation civique dans les écoles.

Y-a-t-il une différence entre les projets destinés aux femmes de la rive Nord et celles de la rive Sud? Les problèmes identifiés d'une rive à l'autre sont-ils si différents?

Les analyses sont unanimes : il n’y a pas de pays au monde où l’égalité femme- homme est pleinement réalisée. La plupart des problématiques sont communes même s’il y a des différences d’ampleur selon les pays. La question de la violence exercée à l’encontre des femmes est hélas par exemple un phénomène global. Sur une note positive, on note partout des progrès dans l’accès aux droits, en matière d’éducation ou de santé. L’accès des femmes à la vie politique et économique ainsi qu’aux postes de responsabilités reste un domaine où il y a encore beaucoup de progrès à faire, même s’il y a bien sûr des différences selon les pays.

Au niveau de la région du sud de la Méditerranée, des progrès notables ont été enregistrés au cours des dernières années en matière des dispositifs juridiques et constitutionnels, ainsi qu’en matière de participation politique et économique des femmes. Toutefois, ces progrès restent de loin en deçà de ceux réalisés dans les autres régions du monde. La participation économique des femmes est l’une des plus faibles du monde, avec un taux de 25 %. Au cours des douze dernières années, les taux de chômage dans les pays d’Afrique du Nord ont été très élevés, en particulier chez les femmes et les jeunes.
Les taux de chômage des femmes dans la plupart des pays sont supérieurs de 1,7 fois par rapport à ceux des hommes. En Europe, la situation est meilleure (64% des femmes dans le marché de travail), mais ce taux est encore de 11.5 points inférieur à celui des hommes.

Sur le plan politique, la situation varie d’un pays à l’autre. Par exemple, l’Algérie et la Tunisie ont fait de grand progrès, et ont un taux de 31 % de députés femmes au parlement, un taux plus élevé que beaucoup de pays européens.
Les projets labélisés par l’UpM destinés à l’autonomisation des femmes sont en majorité mis en œuvre dans la rive Sud de la Méditerranée afin de contribuer à réduire l’écart qui existe. Mais, l’UpM constitue également une plateforme régionale de dialogue et d’échange autour des politiques relatives au genre et au renforcement de la participation politique et économique, à laquelle participent l’ensemble des 43 pays membres de l’UpM des deux rives.

Quels sont les projets parrainées au Maghreb en général et ceux concernant les Algériennes en particulier?

Les pays du Maghreb sont très actifs dans tous les processus de dialogue régionaux portés par l’UpM et en particulier ceux qui se rapportent au renforcement du rôle des femmes. L’Algérie bénéficie de plusieurs projets labélisés dédiés à l’égalité des genres. Le projet "Promouvoir l’autonomisation des femmes pour le développement industriel inclusif et durable dans la région MENA" géré par l’ONUDI contribue ainsi à améliorer l’inclusion économique des femmes en exploitant l’immense potentiel des femmes entrepreneurs en Algérie, en Égypte, en Jordanie, au Liban, au Maroc, en Palestine et en Tunisie, et crée des conditions favorables à une croissance inclusive et durable.
Le projet "Développer l’autonomie des femmes" développé par la Fondation des femmes de l’euro-méditerranée adopte une démarche stratégique à long terme pour promouvoir l’égalité des droits entre les femmes et les hommes dans la région, à travers le développement d’un centre de connaissances sur la recherche en matière de genre, l’établissement d’un réseau de réseaux et la mise en œuvre de projets de proximité ciblés.
Le projet "Femmes d’avenir" animé par Sciences PO Paris s’adresse aux jeunes femmes originaires des pays du sud de la Méditerranée qui présentent un fort potentiel et vise à renforcer leurs compétences en leadership grâce à un programme de formation intense portant sur des questions concernant l’égalité homme-femme.
L’Algérie participe également très activement au processus de dialogue régional pour la préparation de la quatrième réunion ministérielle sur le renforcement du rôle des femmes dans les sociétés prévue en 2017. Ce dialogue réunit à la fois les représentants des pays membres mais également les acteurs de la société civile, des organisations internationales et du secteur privé.
Les projets de l’UpM se doivent être à la fois concrets et transversaux et capables de toucher le quotidien des populations de cette région, en impliquant également le secteur privé et en favorisant les coopérations à géométrie variable. De ce fait, la porte reste ouverte aux pays membres, afin qu’ils puissent bénéficier de nos projets actuels ou futurs conformément à leurs priorités nationales.

Quelle évaluation faites vous des résultats obtenus?

Les résultats à ce jour sont encourageants. Les projets de l’UpM ont permis de renforcer les capacités et d’accompagner à la fois des étudiantes désireuses de créer leur propre entreprise ou des jeunes femmes d’affaires pour le développement de leurs entreprises ainsi que l’accompagnement de plusieurs réseaux de jeunes femmes leaders agissant dans un large éventail de domaines.
Ceci est le résultat de plusieurs projets tel que le projet "Femmes créatrices d’emploi" et le projet "Renforcer le potentiel des femmes chefs d’entreprises dans la région MENA" qui visent essentiellement le renforcement du rôle des femmes dans les sphères économiques.

En dépit de leur succès, les femmes sont souvent réduite à un statut de "femme" que l'on voudrait inférieur ce qui les soumet à des inégalités salariales notamment en Europe, ou subissent les violences d'une rive à l'autre. Que fait l'UpM pour améliorer cet état des lieux?

Forte du mandat de renforcer la coopération et le dialogue au niveau de la région euro-méditerranéenne, l'Union pour la Méditerranée fournit un cadre intergouvernemental unique pour faire avancer les trois priorités pressantes et interdépendantes de la région: la stabilité, l'intégration régionale et le développement humain inclusif. Notre conviction est que l’on ne pourra pas répondre à tous ces défis sans la pleine participation de toutes les forces vives de nos pays, et en particulier les femmes, qui sont, avec les jeunes, cet espoir de la Méditerranée qu’il est impératif de valoriser.

C’est dans cet esprit que l’UpM organise chaque année une Conférence de haut niveau pour fournir une plateforme de dialogue entre les acteurs clés de la région, pour identifier les solutions et des pistes concrètes pour accroître et renforcer le rôle vital des femmes en tant qu'agents de changement. En octobre 2016, nous avons ainsi traité du rôle essentiel des femmes pour relever quatre enjeux fondamentaux: le développement durable, la création d’emploi, la lutte contre l’extrémisme et la radicalisation, les mobilités et défis migratoires.

Nous travaillons aussi à préparer la prochaine conférence ministérielle sur le renforcement du rôle des femmes dans les sociétés, qui adoptera un plan d’action concret sur les mesures à prendre pour renforcer l’égalité dans les textes comme dans la pratique. Des avancées ont été réalisées aux niveaux législatif et politique mais l’enjeu reste la mise en œuvre effective sur le terrain qui continue à être entravée par les stéréotypes et les préjugés sociaux. Afin de changer les mentalités, il est nécessaire d’investir dans l’éducation et la sensibilisation à l’égalité, à la fois à l’école mais aussi vis à vis du grand public. Et les media ont un rôle essentiel à jouer à ce niveau.

J’aimerais enfin souligner que la démarche de l’UpM se base sur les principes d’appropriation de la part de chacun des pays concernés et de géométrie variable. A travers les dialogues régionaux pluri-acteurs, l’UpM permet de faire converger les efforts dans le but de maximiser l’impact sur les populations locales et de favoriser l’échange d’expérience et l’apprentissage mutuel entre les pays et les acteurs. Et l’Algérie constitue l’un des acteurs clefs de ce processus.

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