Akila, la sage et souriante battante

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AKILA
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Elle s'appelle Akila. C’est un nom qu’elle incarne parfaitement dans sa vie. Elle est la sagesse même. Discrète, travailleuse et astucieuse, Akila n'est pas une simple employée dans une entreprise de communication. Cheville ouvrière de l'entreprise, elle n’hésite pas à conseiller ses collègues et même ses supérieurs sur la manière de gérer les événements. " Une vraie fourmi", disent-ils d'elle pour souligner sa pugnacité et son apport généreux.

Rien ne prédisposait ce petit bout de femme à avoir cette position particulière au sein de son entreprise et, surtout, dans le cœur de ses collègues.

"J'étais une petite fille très timide. Je restais souvent à la maison et même quand j'ai quitté le CEM, je me suis plu à rester chez-moi" dit-elle pour parler de son enfance et de son adolescence. Dans son chez-soi, dans un quartier d’Alger, entourée de ses cinq autres sœurs, sa nièce et ses parents, elle était protégée.

Le cocon familial la mettait à l'abri des méchancetés sociales qui la renvoyaient constamment à son handicap que la plupart de ses collègues ne remarquent même pas. "Ah oui? Vous n’avez jamais vu que je boitais? Pourtant j'ai un handicap à 80%" dit-elle avec un sourire malicieux.

C’est en quittant son cocon familial algérois pour le sud du pays qu’elle va être amené à en sortir et à se frotter aux gens, à affronter le «dehors ». L’épouse de son oncle y est allée de sa pression amicale en la poussant à faire partie de la société, à être une femme et apprendre des choses pour pouvoir subvenir à ses besoins.

akila

Une métamorphose. Dans cette boite de communication où elle travaille depuis huit ans, elle s’est constituée une nouvelle famille, un nouveau cocon, mais ouvert. Akila a réussi à gérer sa timidité. Elle s’implique, fait des remarques, lance des traits d’humour. Le tout enveloppé d’une grande gentillesse qui la rend – le mot n’est pas très fort – l’amie indispensable de tous.

A 46 ans, ce petit bout de femme à la frimousse souriante et malicieuse est de bon conseil pour ses collègues souvent bien plus instruits qu'elle. Sa philosophie est celle d’un ascétisme bon enfant, celui qui amène à se contenter de ce que Dieu nous donne. Elle a commencé à travailler pour une rémunération modique, aujourd’hui elle a un salaire de 26 000 da et contribue de manière essentielle aux besoins de la famille.

"L'argent n'est pas tout dans la vie. Ni il achète la santé ni le bonheur. Pour moi la justice est la base de tout" dit-elle. Elle sait de quoi elle parle. Son entrée dans le monde du travail lui a fait découvrir que l’injustice est souvent au rendez-vous.

"Certains ont vraiment la chance d'être mieux considérés pour vraiment pas grand-chose alors que d'autres triment en silence sans que l'on se rend compte du travail qu'ils accomplissent ; C'est injuste", dit-elle avec une pointe d’amertume. "Les patrons devraient apprendre à évaluer plus leurs travailleurs pour les tâches qu'ils accomplissent plutôt que pour ce qu'ils font semblant de faire".

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Le poids des apparences, Akila a découvert à quel point il masque les choses. "Dans les familles aussi cela se passe de la même manière, si vous avez des comptes bancaires bien remplis on vous respecte bien plus et vice versa. Il y en a que pour le matériel dans cette vie".

Akila est un peu plus sévère envers les femmes qu’elle trouve excessivement matérialistes. "Libres, émancipées, les femmes qui travaillent devaient être contentes des acquis qu'elles ont arrachés mais à bien regarder, il n'en est rien. Elles veulent tout maintenant et à la fois".

Cette vision un peu sévère du monde qui l'entoure n’en fait pas une pessimiste. Pour elle, il y a déjà du bonheur quand on est en bonne santé et entouré des siens.

L'avenir? "Il faudra que chacun apprenne à compter sur soi. La vie va être de plus en plus difficile et tout le monde doit endosser sa part de responsabilité pour pouvoir faire face aux difficultés qui s'annoncent", soutient-elle avant d'ajouter " le tout est dans la bonne conduite. Savoir se conduire avec les gens peut vous ouvrir des portes que l'on croyaient fermées à tout jamais".

C’était la fin de sa pause-café, aussi sacrée qu'une prière du jour. Akila se lève et se remet au travail, non moins sacré. Ce n’est pas chez elle qu’on trouvera le syndrome de Caliméro si répandu dans le monde du travail. L’ascète ne fait pas dans les chikayate. Elle bosse et sourit à la vie.

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