Récit des derniers jours en liberté de Larbi Ben M'hidi

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UNSPECIFIED - CIRCA 1945: Algerian Revolutionary Larbi Ben M'Hidi When He Is Arrested (In 1945 Or 1957). He Was The Founder Member Of Action And Unity Revolutionary Comitee (Crua), Before He Was Arrested By Bigeart'S Men. Officially His Death Was Due To A Suicide, Unofficially To Torture. (Photo by Keystone-France/Gamma-Keystone via Getty Images) | Keystone-France via Getty Images
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60 ans après l’assassinat de Larbi Ben M’hidi, les doutes sur les conditions de son arrestation continuent de planer. Sa sœur Drifa, l’écrivain Belaïd Abane et le réalisateur Bachir Draïs ont tenté de reconstituer le puzzle lors de l’hommage qui lui a été rendu samedi 04 mars 2017.

Les circonstances de l’arrestation de Larbi Ben M’hidi à l’appartement de Benyoucef Benkhedda, à l’avenue Claude-Debussy à Alger, n’ont jamais été élucidées. Certains affirment détenir la vraie version. Seulement, sans preuves qui les attestent, elles restent des théories, font-ils remarquer.

Donné par un de ses frères, coup de malchance, résultats d’une enquête approfondie des parachutistes ... ce sont là de nombreuses mises en scène de ce fait historique.

Remontant le temps, après la grève des 8 jours, l’armée française arrêtait en masse. Certains membres du Comité de coordination et d'exécution (CCE) ont décidé de quitter Alger. D’autres ont préféré rester et Larbi ben M’hidi en faisait partie, racontent les intervenants à cet hommage.

Larbi Ben M'hidi habitait dans l’appartement de Benyoucef Benkhedda avec Mohamed Ouamara. Deux personnes étaient au courant que des Algériens louaient dans ce quartier européen, à savoir l’agent immobilier et le courtier. Notons que ce dernier ne connaissait pas l’identité de ces locataires.

L’écrivain Belaïd Abane revient sur le témoignage de Benkhedda, à l’époque membre du CCE. Ce dernier avait aperçu des parachutistes, une liste à la main en train d’identifier les appartements. Il s’est enfuit pour rejoindre Abane dans un café et l’informer. Les deux ne savaient pas où était Larbi Ben M’hidi. Ils en ont déduit qu’il était à l’appartement et qu’il a été arrêté.

"Je tiens à rappeler que les parachutistes n'avaient négligé aucune piste. Ils avaient mené une enquête des plus rigoureuses au niveau des agences immobilières et avaient fini par obtenir la liste des Algériens qui louaient dans ce quartier, les menant à Ben M’hidi", affirme-t-il.

La thèse selon laquelle il a été "trahi" par un des Moudjahidines a fait couler beaucoup d’encre. Une "trahison" qui a longtemps porté le nom de Brahim Chergui. Ce dernier a réfuté cette accusation jusqu'à sa mort.

Le colonel Jacques Allaire, lieutenant quand il a arrêté Larbi Ben M’hidi, a innocenté Brahim Chergui mais a souligné que l’adresse de l’appartement a été donné.

Drifa Hassani a indiqué se souvenir que des Moudjahidines avaient dit à son père que Larbi Ben M'hidi a été donné par un de ses amis. Et si les preuves démontrent aujourd’hui que Brahim Chergui est innocent, elles montrent qu'il a failli à répondre à la dernière volonté de Larbi Ben M’hidi.

"Larbi avait confié à Brahim une montre. Il lui avait demandé de la remettre à notre mère et si elle était décédée, la montre devait me revenir, seulement nous n’avons jamais reçu cette montre", se désole-t-elle.

Le réalisateur du film sur Larbi Ben M’hidi, Brahim Drais, a quant à lui expliqué qu’il s’était entretenu avec Brahim Chergui avant sa mort. Il lui avait justement demandé pourquoi il n’avait jamais remis ce présent de valeur à la famille du martyr.

"Brahim Chergui est revenu sur cette histoire dans un entretien que j’ai eu avec lui. Il m’a dit: qu'il a remis la montre à la direction du FLN afin qu’ils la remettent à la famille. Il m'a également dit qu’il n’a pas pu le faire lui-même car à l’époque Yacef Saadi a commencé à répandre la rumeur qu’il était derrière l’arrestation de Larbi. Il devait donc s’enfuir", a rapporté le réalisateur.

Il ajoute que Brahim Chergui racontait qu’il a été arrêté deux jours après Larbi Ben M’hidi contrairement à ce qui est indiqué sur les rapports.

Les conférenciers ont par ailleurs défendu la théorie d’un complot du colonisateur pour semer les troubles dans le FLN.

Le 23 février 1957, c’est menotté que Larbi Ben M’hidi quitte l’appartement du Télémly. La France lui réservait un sort effroyable, celui d’une exécution déguisée en suicide.

Drifa confie qu’avant sa mort, son père, lui avait demandé de réhabiliter l’image de son frère. Celle d’un homme qui a donné sa vie pour son pays et non pas d’un homme qui s’est donné la mort.

Elle ira donc rencontrer Bigeard, qui avoue lors de cet entretien que Larbi Ben M’hidi a été exécuté par pendaison, conclut-elle.

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