Jugement d'anciens ministres de Ben Ali dans l'affaire "Mariah Carey": Plusieurs partis appellent à la réconciliation nationale

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Après la condamnation de nombreux ministres de Ben Ali pour l'organisation du concert de Mariah Carey en Tunisie en 2006 par la justice tunisienne, de nombreux partis et personnalités politiques ont vivement critiqué ce jugement.

Dans un communiqué publié sur sa page Facebook, le parti Afek Tounes a appelé a la promulgation d'une loi qui mettrait fin aux poursuites dont seraient sujets des fonctionnaires pour des faits commis dans le cadre de leur fonction avant la révolution.

Selon le parti, ce jugement démontre que "la justice transitionnelle dans notre pays dévie des ses nobles objectifs et est devenue une menace à l'unité nationale".

Intervenant sur la radio RTCI, le député Afek Tounes Karim Hellali a également indiqué que: "Cela fait longtemps qu'Afek Tounes parle de ce sujet. Il y a des centaines voire des milliers de commis de l'État (...) qui ont occupé (...) des fonctions au sein de l'administration qui se retrouvent aujourd'hui poursuivis par la justice (...) parce qu'accidentellement ils se sont retrouvés à un poste de responsabilité bien déterminé à l'époque de l'ancien régime".

En utilisant le terme "accidentellement", Karim Hellai explique que c'est lorsque ces personnes "ont eu à traiter un dossier administratif où il y a eu une intervention d'un baron de l'ancien régime".

Selon lui, si ces personnes se retrouvent aujourd'hui poursuivis, c'est à cause de l'article 96 du Code Pénal, "un article bateau qui devrait être supprimé de suite, de l'avis de tous les juristes et pénalistes du pays" a-t-il indiqué.

Article 96 du Code pénal: "Est puni de dix ans d'emprisonnement et d'une amende égale à l'avantage reçu ou le préjudice subi par l'administration tout fonctionnaire public ou assimilé, tout directeur, membre ou employé d'une collectivité publique locale, d'une association d'intérêt national, d'un établissement public à caractère industriel et commercial, d'une société dans laquelle l'État détient directement ou indirectement une part quelconque du capital, ou d'une société appartenant à une collectivité publique locale, chargé de par sa fonction de la vente, l'achat, la fabrication, l'administration ou la garde de biens quelconques, qui use de sa qualité et de ce fait se procure à lui-même ou procure à un tiers un avantage injustifié, cause un préjudice à l'administration ou contrevient aux règlements régissant ces opérations en vue de la réalisation de l'avantage ou de préjudice précités".

Le parti Al Moubadara (l'initiative), dont le président est Kamel Morjane, ancien ministre de la Défense et des Affaires Étrangères sous l'ancien régime, a également fait le lien entre ce jugement et le processus de justice transitionnelle.

Dans un communiqué publié samedi, le parti affirme "être profondément préoccupé concernant cette situation (...) dont les répercussions peuvent engendrer la haine et la rancoeur dans un moment où nous avons besoin d'unité nationale".

De son côté le Parti Destourien Libre a exprimé son étonnement indiquant "refuser les jugements politiques" et être prêt à participer à des mouvements de protestations contre ces jugements. Par ailleurs, le parti appelle "à enraciner l'unité nationale" tout en évitant de "diviser le peuple tunisien".

Si le parti Nidaa Tounes ne s'est pas officiellement exprimé, son dirigeant Hafedh Caid Essebsi a, quant à lui, réagi sur sa page Facebook indiquant que "la maison Nidaa est ouverte" à ceux qui ont été ciblés par ce jugement. Il a en outre affirmé que "Nidaa Tounes refuse l'acharnement politique sur les hommes et les femmes honnêtes de Tunisie" appelant dans un second post à reprendre "les discussions concernant la loi de réconciliation économique nationale dans les semaines à venir et à l'adopter (...) afin de tourner la page du passé".

Enfin, sur sa page Facebook, le président du parti Al Machour' Mohsen Marzouk a affirmé que les jugements rendus sont "des jugements politiques" reprochant à la majorité parlementaire de n'avoir pas su mettre en place le projet de réconciliation national, indiquant que celle-ci "doit avoir lieu immédiatement afin de pouvoir se tourner vers l'avenir".

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